Monde

Faut-il fondre la statue du roi Léopold II à Bruxelles?

Temps de lecture : 2 min

Un groupe d'experts a rendu son rapport sur la décolonisation de l'espace public. Il propose deux options.

Le roi Léopold II a dirigé le Congo de 1885 à 1908. | Kenzo Tribouillard / AFP
Le roi Léopold II a dirigé le Congo de 1885 à 1908. | Kenzo Tribouillard / AFP

Que faut-il faire de la statue en bronze du roi belge Léopold II érigée sur la place du Trône à Bruxelles? La question anime la Belgique, à l'heure où un groupe d'experts mandaté par le gouvernement régional de Bruxelles rend son rapport sur la décolonisation de l'espace public, et où plus globalement à travers l'Occident on s'interroge sur l'opportunité ou non de déboulonner des statues. Léopold II, le deuxième roi des Belges (de 1865 à 1909), a colonisé le Congo et y a exercé un règne brutal et meurtrier.

Dans leur rapport de 256 pages, les historiens, architectes et autres spécialistes mandatés proposent deux possibilités quant à l'avenir de cette statue: la faire fondre et utiliser le bronze pour façonner un monument aux morts de la colonisation du Congo; ou créer un parc à ciel ouvert qui regrouperait cette statue ainsi que d'autres monuments controversés des figures du passé colonial.

En 2020, alors que les manifestations Black Lives Matter balayaient la ville, la statue de Léopold II à cheval était devenue le point névralgique de rencontre des protestataires. La capitale de la Belgique compte des dizaines de monuments et de rues portant les noms d'hommes qui ont participé à la construction de l'empire colonial belge à la fin du XIXe siècle. Le roi Léopold II a dirigé le Congo de 1885 à 1908 et durant cette période, des millions de personnes sont mortes de maltraitances, de famine et de maladies.

C'est quoi, un espace décolonisé?

«Un espace public décolonisé n'est pas un espace dans lequel toutes les traces coloniales ont été effacées», peut-on lire dans le rapport. L'héritage colonial de la Belgique, y compris la violence contre les populations africaines, le vol des ressources naturelles et le racisme anti-Noirs sont «des faits historiques établis qui ne sont pas toujours reconnus et pleinement reconnus par la Belgique», est-il aussi écrit.

Le groupe de travail propose une approche au cas par cas. Certains monuments pourraient être déplacés vers des musées ou un parc de statues, d'autres pourraient être renommés ou mis en contexte avec des plaques d'information.

Pascal Smet, ministre chargé de l'urbanisme de la région de Bruxelles, estime que le groupe a adopté une approche nuancée dans la mission qui lui avait été confiée. «Le plus simple serait de se débarrasser de toutes les statues, mais ce n'est pas l'option qu'ils ont choisie», a-t-il déclaré.

«Bien sûr, nous savons que les personnes qui vivent dans notre ville aujourd'hui ne sont pas responsables de la colonisation, il n'est donc pas question de culpabilité, mais plus de responsabilité collective. Je pense qu'il est très important, surtout à l'époque où nous vivons, de ne pas être coincé dans l'histoire, mais de la comprendre», poursuit Pascal Smet.

Le ministre, chargé de la signature des permis de démantèlement, espère publier d'ici à septembre un plan d'action. Un mémorial aux victimes pourrait par exemple être financé par le secteur public belge et les entreprises qui profitaient de l'empire colonial. Il est clair que «quelque chose doit être fait» avec la statue de Léopold II dans le centre de Bruxelles, assure Pascal Smet, mais d'autres débats sont encore nécessaires pour trancher.

Newsletters

Comment le FSB a gangréné la vie politique moldave

Comment le FSB a gangréné la vie politique moldave

Différents documents du service des renseignements russe montrent comment la Russie étend son influence dans l'ancienne république soviétique pays. Plongée dans une de ces guerres hybrides que le Kremlin mène depuis des années.

«Je ne peux pas penser à autre chose qu'à l'argent»: ces Français qui songent à quitter Londres

«Je ne peux pas penser à autre chose qu'à l'argent»: ces Français qui songent à quitter Londres

Inflation monstre, augmentation des loyers, instabilité politique... Pour beaucoup, il est devenu intenable de rester vivre dans la capitale britannique. Reste une solution: rentrer en France.

En Syrie, l'hiver sonne le début de la culture des roses de Damas

En Syrie, l'hiver sonne le début de la culture des roses de Damas

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio