Culture

«Ichi the Killer», le film le plus choquant de tous les temps

Temps de lecture : 3 min

Au programme: des effets spéciaux un peu cheap, des mannequins en latex ultraréalistes et beaucoup, beaucoup, de sang.

Ichi the Killer a vraiment quelque chose à raconter, que ce soit à travers ses personnages, sa musique ou sa photographie. | Capture d'écran Movieclips Indie via YouTube
Ichi the Killer a vraiment quelque chose à raconter, que ce soit à travers ses personnages, sa musique ou sa photographie. | Capture d'écran Movieclips Indie via YouTube

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Quel est le film le plus choquant de tous les temps?»

La réponse de Cedric M. Faz:

Des tortures, des yakuzas et une terrible vengeance, aujourd'hui nous allons évoquer une des œuvres les plus choquantes de son époque, je veux bien sûr parler du film Ichi the Killer.

Réalisé en 2001 par Takashi Miike (réalisateur d'Audition et Visitor Q), ce film japonais adapte l'un des mangas les plus violents de Hideo Yamamoto. L'histoire raconte la rencontre entre deux individus aussi instables que dangereux, Ichi et Kakihara. Le premier souffre d'une démence, torturé par un effroyable souvenir, lorsqu'il fut témoin du viol de sa meilleure amie au collège. Depuis, il se met à pleurer à chaque fois qu'il est témoin d'actes de violence et devient un prédateur hors de contrôle. Avec une lame fixée à ses chaussures, il donne des coups de pied pour trancher en morceaux ses adversaires.

Kakihara est membre d'une triade. Il est psychopathe, sadique et masochiste. On le reconnaît facilement avec les deux agrafes qui permettent de maintenir sa bouche béante et tailladée, les cicatrices sur sa face et ses cheveux décolorés. Sa passion est de torturer les autres mais aussi de subir la douleur. D'ailleurs, les nombreuses blessures qu'il affiche fièrement sont de sa propre main. Il est l'esclave sexuel de son patron, Anjo, un chef yakuza.

Leurs parcours se croisent lorsque Ichi surprend Anjo en train de battre et violer une prostituée et le coupe en deux. Kakihara, rongé par la colère, va poursuivre celui qui a tué son amant, en torturant chaque témoin qui pourrait le mener à Ichi.

Un coup de pied dans la fourmilière

Alors que dire de ce film? Il est incroyablement gore. Pourtant, je ne le considère pas comme l'un de ces films qui n'existent que pour choquer, comme A Serbian Film ou Human Centiped. Car Ichi the Killer a vraiment quelque chose à raconter, que ce soit à travers ses personnages, sa musique et sa photographie.

Déjà, le message de fond veut nous induire l'idée que, dans ce monde brutal dirigé par des gangs, on ne peut être que deux types, les bourreaux ou les proies. C'est presque une hiérarchie immuable. Lorsque qu'Ichi, toujours victime des moqueries et des rackets, décide de se venger, il renverse les codes établis par cette jungle, un peu comme un coup de pied dans la fourmilière.

Le terrible Kakihara, en deuil, devient alors plus brutal. N'ayant plus de mentor, plus de repère, il n'hésite pas à affirmer sa domination et devenir le leader de son groupe. Sa seule raison de vivre est d'exécuter celui qui a osé s'en prendre à lui, et rétablir l'équilibre au sein des yakuzas. La rencontre entre les deux à la fin du film est culte, car Kakihara s'aperçoit que son adversaire est un petit pleurnichard, qui n'est pas digne de sa traque. Il explose de colère et d'incompréhension, comme si l'apothéose de cette guerre se terminait en queue de poisson.

Dans le making-of, le réalisateur Miike explique qu'il y a eu une très bonne entente sur le tournage. Ayant l'habitude de mélanger des acteurs professionnels et des amateurs, mais aussi des gens de diverses origines comme le Japon, la Chine et Singapour, il offre une œuvre plutôt hétéroclite.

Il propose également un doux mélange entre réalisme et fantastique, comme lorsqu'il travaille avec des effets spéciaux un peu cheap fait par ordinateur mais également avec des mannequins en latex ultraréalistes et de grandes quantités de sang. La photographie est un croisement entre le cinéma underground aux couleurs froides, avec du grain, et la fresque soignée aux couleurs chaudes, qui rend cette dualité entre deux univers. Bref, c'est un film qui se contemple.

De plus, certains bruitages désagréables accompagnent de nombreuses scènes comme lorsque l'on entend le crissement d'une craie sur un tableau noir, pendant qu'une femme se fait arracher les tétons ou le craquement des os, quand un homme se fait arracher un bras. Alors je ne conseille pas forcément ce film à tout le monde. C'est un cinéma aussi violent dans son image que dans ses propos. Mais pour les plus braves, en recherche de sensations fortes, je vous invite à découvrir cet univers qui jongle parfaitement entre l'horreur et le drame, entre le chaud et le froid, entre l'amour et la haine.

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