Sciences

La solitude et l'anxiété sociale sont cérébralement très différentes

Temps de lecture : 2 min

Une étude alliant jeu vidéo et imagerie cérébrale indique que ces deux maux méritent des thérapies spécifiques.

Des relations amicales de mauvaise qualité peuvent exacerber la symptomatologie de l'anxiété sociale. | Iz zy via Unsplash
Des relations amicales de mauvaise qualité peuvent exacerber la symptomatologie de l'anxiété sociale. | Iz zy via Unsplash

La pandémie de Covid-19 en aura été un triste rappel: la solitude est un mal qui tue en silence. Catalyseur de stress, elle est associée à des effets néfastes sur la santé mentale et physique et a été identifiée comme un facteur de risque de mortalité prématurée comparable au tabagisme ou à l'obésité. La solitude est donc un problème majeur de santé publique.

Comme les manifestations de la solitude sont très proches des symptômes de l'anxiété sociale, les thérapies comportementales et cognitives ont tendance à les cibler de la même manière. Sauf qu'une étude publiée le 14 février souligne comment ces deux maux n'ont pas les mêmes soubassements neurologiques et gagneraient donc à être traités de manière spécifique.

Mécanisme de défense

Reste que cette comparaison ne tombe pas du ciel. Plusieurs travaux mettent effectivement en évidence un lien étroit entre la solitude et les symptômes d'anxiété sociale –l'anxiété sociale étant même considérée comme un facteur prédictif de future solitude. Par exemple, il est documenté que l'anxiété sociale est systématiquement associée à l'isolement social, à un soutien social perçu comme dégradé et à une moindre satisfaction relationnelle.

De plus, des relations amicales de mauvaise qualité ont tout pour exacerber la symptomatologie de l'anxiété sociale, et la perception d'une divergence entre la qualité et la quantité des relations réelles et souhaitées constitue à son tour une caractéristique fondamentale de la solitude. Enfin, des comportements de protection tels que l'évitement des situations sociales sont connus pour favoriser la persistance de l'anxiété sociale, comme ils semblent relever d'un mécanisme de défense privilégié par les individus pathologiquement solitaires.

Or, l'étude dont il est ici question, publiée dans JNeurosci et menée par une équipe de chercheurs en psychiatrie et neurosciences allemands et israéliens, montre notamment que la solitude se caractérise par une réactivité émotionnelle biaisée aux événements négatifs, là où l'anxiété sociale est faite d'évitement.

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques, dirigés par Jana Lieberz du département de psychiatrie et psychothérapie de l'hôpital universitaire de Bonn, ont comparé le comportement d'individus souffrant d'anxiété sociale et de solitude (à un niveau élevé et faible) jouant à un jeu vidéo. Dans celui-ci, les volontaires pouvaient faire un pari sûr et gagner une petite somme d'argent ou faire un pari plus risqué pour une somme plus importante. Dans ce cas, ils devaient regarder la vidéo d'un humain virtuel manifestant son approbation ou sa désapprobation.

Il en ressort que les personnes souffrant d'anxiété sociale optent plus souvent pour le pari sûr afin d'éviter cette réaction sociale. Un évitement qui n'apparaissait pas avec les sujets les plus affectés par la solitude. Et en mesurant l'activité cérébrale des participants durant l'exercice, les chercheurs ont constaté que les personnes souffrant d'anxiété sociale présentaient une activation accrue de l'amygdale pendant la phase de décision –un signe d'anxiété accrue– et une activation réduite du noyau accumbens lorsqu'ils faisaient face à leur juge virtuel –indiquant une récompense sociale amoindrie. Aucun de ces deux patterns cérébraux n'est apparu chez les personnes souffrant d'une grande solitude, ce qui laisse entendre qu'il s'agit bien d'un trouble spécifique nécessitant des interventions du même acabit.

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