Monde

Un village fantôme espagnol ressurgit après l'assèchement d'un barrage

Temps de lecture : 2 min

Le village d'Aceredo avait été inondé en 1992 au moment de la création d'un barrage à la frontière hispano-portugaise.

Des ruines habituellement submergées de l'ancien village d'Aceredo sont visibles au réservoir de Lindoso en raison du faible niveau d'eau, le 26 janvier 2017, lors de l'épisode de grande sécheresse. | Miguel Riopa / AFP
Des ruines habituellement submergées de l'ancien village d'Aceredo sont visibles au réservoir de Lindoso en raison du faible niveau d'eau, le 26 janvier 2017, lors de l'épisode de grande sécheresse. | Miguel Riopa / AFP

Des grappes de touristes se massent au nord de la frontière hispano-portugaise, en Galice, pour contempler des ruines grisâtres et boueuses. Ce sont celles de l'ancien village espagnol d'Aceredo, qui en 1992 avait été inondé, et dont la population avait été expulsée lors de la création du barrage d'Alto Lindoso, afin de créer un réservoir dédié à la production électrique.

Alors que le réservoir est passé à seulement 15% de sa capacité, Aceredo est reparu à la surface: sol tantôt boueux, tantôt fissuré par la sécheresse, maisons à moitié détruites, toits effondrés, bric-à-brac d'anciennes portes, d'anciennes voitures et d'anciens objets mi-rouillés mi-enterrés… C'est tout un monde figé qui s'offre à la contemplation des curieux.

«C'est comme si je regardais un film. Je ressens de la tristesse, commente Maximino Pérez Romero, un retraité de 65 ans, originaire de La Corogne, qui a parcouru quelques 250 kilomètres pour venir voir le village désenfoui. Mon sentiment est que c'est ce qui va se passer au fil des années, à cause de la sécheresse et de tout ce qui va avec le changement climatique.»

Les ruines habituellement submergées de l'ancien village d'Aceredo, apparaissent depuis la centrale hydroélectrique du réservoir de Lindoso en raison du faible niveau d'eau, près de Lobios, dans la province d'Ourense, dans le nord-ouest de l'Espagne, le 22 novembre 2021. | Miguel Riopa / AFP

Sécheresse et exploitation

En 2017 déjà, lors de l'épisode de grande sécheresse, le village avait réapparu. Pour María del Carmen Yañez, la maire du conseil municipal de Lobios, dont fait partie Aceredo, la situation est certes due au manque de pluie qui a affecté la région ces derniers mois, notamment en janvier, mais aussi à l'«exploitation assez agressive» des ressources menée par la compagnie d'électricité portugaise EDP (Energias de Portugal), qui gère le réservoir.

Avec l'aggravation de la sécheresse, le gouvernement portugais avait ordonné à la compagnie de suspendre l'utilisation d'eau pour la production d'électricité et l'irrigation dans six barrages, dont celui d'Alto Lindoso.

En Espagne, les réservoirs d'eau sont désormais en moyenne à 44% de leur capacité, quand ils atteignaient 61% au cours de la dernière décennie. Le ministère de l'Environnement a déclaré à Reuters que si les indicateurs de sécheresse montraient une aggravation potentielle dans les semaines à venir, on ne détectait pas encore de problème généralisé dans tout le pays.

La viabilité et la durabilité de ces réservoirs d'eau revient régulièrement dans le débat public espagnol. L'année dernière, plusieurs villages s'étaient déjà plaints des pratiques des compagnies d'électricité en matière de prélèvement des ressources. EDP n'a quant à elle pas souhaité réagir aux sollicitations de Reuters.

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