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Révolte des camionneurs au Canada: quatre scénarios de sortie de crise

Temps de lecture : 2 min

La situation est complexe, mais bien que les options d'action soient minces, il en existe quelques-unes.

Les deux tiers des Canadiens s'opposent à cette manifestation, selon un sondage. | Matthew Hatcher / Getty Imges North America / Getty Images via AFP
Les deux tiers des Canadiens s'opposent à cette manifestation, selon un sondage. | Matthew Hatcher / Getty Imges North America / Getty Images via AFP

Depuis fin janvier, des camionneurs bloquent le centre-ville d'Ottawa, la capitale du Canada, pour protester contre l'obligation vaccinale désormais imposée pour traverser la frontière canado-américaine. Ils scandent le slogan «Liberté!» pour clamer leur opposition aux restrictions sanitaires. Utilisant leurs camions en guise de barrage, ils veulent pousser le gouvernement de Justin Trudeau à supprimer toutes les mesures de lutte contre le Covid. Ces camionneurs disent qu'ils tiendront «aussi longtemps qu'il le faudra pour que le Canada redevienne une nation libre».

Bloqués dans leur propre rue, des riverains s'indignent du peu de mobilisation des forces de l'ordre pour venir à bout de ce blocage. La situation est complexe, mais bien que les options d'action soient minces, il en existe quelques-unes, détaille la BBC.

Remorquer les camions

L'idée de faire appel à des sociétés de dépannage pour remorquer les véhicules qui bloquent pourrait être une première solution. Mais d'après Doug Rowland, un camionneur interrogé par la BBC, beaucoup de dépanneurs seraient réticents à s'impliquer, à la fois pour des raisons politiques et pratiques. D'une part, les dépanneurs sont proches de la profession de chauffeurs-routiers. «Beaucoup d'entreprises de remorquage se considèrent également comme des chauffeurs de camion», indique Doug Rowland.

D'autre part, le temps ne joue pas en faveur de cette option. Pour chaque camion, l'intervention de dépannage prend environ une heure, si le propriétaire du véhicule coopère. Selon Doug Rowland, «si le camionneur n'est pas coopératif, cela prend probablement une demi-heure supplémentaire et s'il se met en travers de la route, ça se transforme en dix heures».

Priver les camionneurs de revenus et de carburants

Les deux piliers qui permettent à cette protestation de perdurer sont les financements de la part des soutiens au mouvement et le carburant. Un expert en sécurité du Collège militaire royal de l'Ontario estime que les autorités espèrent probablement que les camionneurs –dont la plupart sont peu susceptibles d'être salariés et de gagner un salaire par trajet– finiront par faire leurs valises une fois qu'ils seront fatigués et à court d'argent.

Or, le mouvement a reçu un soutien financier important via une page de crowdfunding de GoFundMe créée par les organisateurs. Ils ont ainsi récolté plus de 10 millions de dollars canadiens (6,9 millions d'euros), mais seul un million a eu le temps d'être versé avant que la page ne soit fermée par la plateforme, qui s'appuie sur des rapports de police.

Ces derniers jours, les autorités ont également saisi les bidons d'essence et les bouteilles de propane des manifestants.

Faire intervenir l'armée

La police qualifie le mouvement de «brutal». En vertu de la loi sur la défense nationale du Canada, l'armée du pays peut être appelée en renfort des forces de l'ordre. C'est un processus très rare qui n'a eu lieu que deux fois au cours du siècle dernier (la crise d'octobre de 1970 et la crise d'Oka de 1990). Le risque, c'est de renforcer la colère des protestataires, et de semer le trouble au sein de la population.

Jeudi dernier, le Premier ministre Justin Trudeau s'est exprimé à ce sujet: «Il faut être très, très prudent avant de déployer des militaires dans des situations impliquant des Canadiens.»

Lancer une négociation

L'abrogation de toutes les mesures de lutte contre le Covid exigée par le mouvement des camionneurs est hautement improbable. Et Justin Trudeau n'a pas rencontré les manifestants.

Un récent sondage affirme que les deux tiers des Canadiens s'opposent à ce blocage, mais près de la moitié reconnaît que l'État a fait preuve d'une «attitude condescendante envers les Canadiens qui ne sont pas d'accord avec les mandats et les confinements en matière de vaccins».

Un compromis ne sera donc pas évident à négocier, mais cette option se tente. «Quand les gens protestent, nous attendons et essayons de négocier pour nous en sortir», conclut l'expert en sécurité interrogé par la BBC.

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