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Ron DeSantis, le nouveau rival de Donald Trump

Temps de lecture : 3 min

Ancien poulain du président déchu, il plaît aux Républicains les plus conservateurs et réactionnaires, et pourrait représenter une nouvelle opportunité pour le parti.

Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, lors d'une conférence de presse tenue à l'armurerie Robert A. Ballard de la Garde nationale de Floride, le 07 juin 2021, à Miami. | Joe Raedle / Getty Images North America / AFP
Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, lors d'une conférence de presse tenue à l'armurerie Robert A. Ballard de la Garde nationale de Floride, le 07 juin 2021, à Miami. | Joe Raedle / Getty Images North America / AFP

«Il est comme Trump mais un peu plus classe, plus discipliné et brusque mais sans être trop brusque.» Ces quelques mots de Dan Eberhart, donateur régulier du Parti républicain, au New York Times, décrivent parfaitement le nouveau chouchou de Fox News et des conservateurs américains.

Gouverneur de Floride depuis 2018, Ron DeSantis devient chaque jour un peu plus incontournable dans le paysage politique et médiatique américain, au point que Donald Trump le voit désormais comme un sérieux concurrent pour l'élection présidentielle 2024. Un temps élève de l'ancien président, l'homme fort de Floride pourrait bien devenir le nouveau maître du Grand Old Party, et peut-être même le prochain président des États-Unis.

L'étoile montante du Parti républicain

Après avoir passé plusieurs années dans la marine, Ron DeSantis se lance en politique en 2012 avec le Parti républicain. Élu la même année représentant du sixième district de Floride à la Chambre des représentants, il voit sa notoriété s'accroître localement. Réélu à deux reprises, il tape dans l'œil de Donald Trump, alors président, qui lui offre un grand coup de pouce en 2017 via un tweet élogieux: «Ron DeSantis ferait un excellent gouverneur».

Fort de ce soutien, le jeune élu de 39 ans remporte l'élection pour ce poste, battant le candidat démocrate Andrew Gillum. Ce nouveau mandat lui offre une visibilité nationale, et fait de lui un homme politique important de la sphère conservatrice.

Mais c'est en 2021, avec la pandémie de Covid-19 et l'arrivée des Démocrates au pouvoir, qu'il crève l'écran en devenant l'étendard des anti-mesures sanitaires, et en incarnant le renouveau républicain. Intelligent et malin, il a su rester suffisamment en retrait de la théorie fumeuse de son mentor sur la fraude électorale, s'évitant ainsi les problèmes et les polémiques inutiles.

Surtout, Ron DeSantis n'a pas hésité à faire dans l'ultra-conservatisme tout au long de l'année dernière pour attirer les caméras et flatter la droite américaine: attaque contre le droit à l'avortement, remise en cause des recommandations des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), chasse aux sorcières contre les enseignants et les écoles publiques, récompenses pour attirer les policiers antivax en Floride, ou encore volonté de créer une police électorale. Un corpus idéologique qui plaît beaucoup aux trumpistes ainsi qu'à l'ensemble des militants républicains, et qui provoque la colère des progressistes.

Trump/DeSantis: meilleurs ennemis?

La montée en puissance de Ron DeSantis au sein du Parti républicain et de l'électorat conservateur semble désormais irriter Donald Trump. S'il n'a pas encore attaqué frontalement le gouverneur de Floride, l'ancien président l'a récemment ciblé de façon indirecte lors d'une interview pour le média d'extrême droite One America News (OAN), en qualifiant de «lâches» les hommes et les femmes politiques qui refusent de révéler s'ils ont reçu la troisième dose de vaccin contre le Covid-19, ce qui est le cas de Ron DeSantis.

Mi-janvier, c'est le média Axios qui indiquait que Donald Trump critique ouvertement et régulièrement son ex-poulain en privé pour ne pas avoir dit publiquement qu'il ne se présenterait pas en 2024, allant même jusqu'à le décrire comme «ingrat et sans personnalité».

Dans la foulée de la publication de cet article, Roger Stone, un proche du milliardaire, est entré dans la danse via un message publié sur les réseaux sociaux et ponctué d'un «#FuckRonDeSantis». Ambiance! En guise de réplique, le gouverneur a remis en cause la politique sanitaire de la Maison-Blanche au début de la pandémie, évoquant trop de restrictions et de contraintes. Réponse timide mais suffisamment explicite pour comprendre l'arrière-pensée politique de DeSantis: avec lui, la sacro-sainte «liberté sanitaire» sera toujours respectée, quel qu'en soit le prix en vie humaine. Une sorte de contre-pied aux positions pro-vaccination tenues récemment par Donald Trump et qui lui ont valu de très nombreuses critiques de la frange la plus radicale de ses supporters.

Depuis, le milliardaire new yorkais tente d'éteindre ce début d'incendie en qualifiant toutes ces interprétations et révélations de «fake news». Il semble surtout avoir compris qu'exposer sur la place publique des divisions et se mettre à dos DeSantis, qu'il envisageait en avril dernier comme colistier pour 2024, pourrait lui être préjudiciable pour la suite.

Toujours en deuxième position dans les différents sondages pour la prochaine primaire républicaine, DeSantis est un réel danger pour Trump, et un espoir pour l'establishment du parti, qui aimerait bien se débarrasser d'un ancien président devenu trop encombrant.

Retrouvez l'actualité politique américaine chaque mercredi soir dans New Deal, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'IFRI et TTSO.

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