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Kamala Harris, l'avenir de l'Amérique?

Temps de lecture : 4 min

La vice-présidente des États-Unis semble en bonne voie pour devenir la candidate du Parti démocrate en 2024, mais il lui faudra réconcilier les franges progressistes et conservatrices.

La vice-présidente américaine Kamala Harris prononce un discours dans le Statuary Hall du Capitole américain, le 6 janvier 2022, à Washington, D.C. | Greg Nash-Pool / Getty Images North America / AFP
La vice-présidente américaine Kamala Harris prononce un discours dans le Statuary Hall du Capitole américain, le 6 janvier 2022, à Washington, D.C. | Greg Nash-Pool / Getty Images North America / AFP

Première femme élue à la vice-présidence des États-Unis, Kamala Harris s'impose peu à peu comme une figure incontournable du Parti démocrate et de la politique américaine. Si son profil semble idéal pour concourir à l'élection présidentielle 2024, des doutes s'installent après sa première année de mandat sur sa capacité à prendre la suite de Joe Biden.

Une ascension fulgurante

Fille d'un père jamaïcain professeur d'économie et d'une mère indienne chercheuse en cancérologie, Kamala Harris est en quelque sorte l'incarnation du «rêve américain». Après avoir grandi à Oakland, elle étudie le droit à San Francisco avant d'être reçue au barreau en 1990. Sa carrière professionnelle décolle en 2010 lorsqu'elle est élue procureure générale de Californie, État le plus peuplé et le plus puissant des États-Unis. Mais c'est en 2016, après avoir été élue sénatrice, que sa notoriété s'accroît à l'échelle nationale et lui ouvre les portes de Washington. Avec un style incisif et bien affirmé, elle est très vite considérée comme une étoile montante du Parti démocrate.

Affiliée à la «génération Obama», beaucoup d'observateurs lui promettent un avenir politique radieux. En confiance et constatant que les principaux favoris sont âgés, Kamala Harris se lance en 2019 dans la course à la primaire démocrate pour l'élection présidentielle. L'aventure sera de courte durée puisqu'elle ne parviendra jamais à créer une dynamique et se résignera à stopper sa campagne au début du mois de décembre 2019, avant même le début des hostilités.

On retiendra de cette candidature éclair une attaque frontale contre Joe Biden lors d'un débat télévisé au sujet de son opposition passée au busing, un outil de déségrégation consistant à réorganiser le transport scolaire en envoyant les enfants dans une école différente de celle de leur quartier, de façon à promouvoir la mixité sociale et raciale au sein des établissements publics. «Il y avait une petite fille qui faisait partie de la seconde génération à intégrer les écoles publiques. Et elle était emmené en bus à l'école tous les jours. Cette petite fille, c'était moi», lui assène-t-elle ce soir-là.

Vainqueur des primaires démocrates, l'ancien compagnon de route de Barack Obama ne lui en tient pas rigueur et la désigne comme colistière. Lui qui est blanc et âgé a besoin d'une personne représentant la diversité de l'Amérique pour l'accompagner dans cette aventure.

Kamala Harris est la troisième femme candidate à la vice-présidence des États-Unis, et marche dans les pas de la Démocrate Géraldine Ferraro (1984) et de la Républicaine Sarah Palin (2008). A contrario de ces dernières, elle entre dans l'histoire politique américaine en devenant la première femme à occuper cette fonction prestigieuse après la victoire de Joe Biden contre Donald Trump en novembre 2020. Dans le contexte des mouvements #MeToo et Black Lives Matter, le symbole est fort. Et le Secret Service, qui la protège, ne s'y trompe pas en lui assignant le nom de code «Pionnière».

L'héritière de Joe Biden?

Bien que son entourage laisse planer le doute, difficile d'imaginer que le président américain tente à nouveau l'aventure présidentielle en 2024 pour décrocher un second mandat à 82 ans. Kamala Harris semble donc en bonne voie pour devenir la candidate du Parti démocrate en 2024. Considérée par beaucoup comme l'héritière désignée de Joe Biden, elle dispose de plusieurs atouts pour devenir la première femme présidente de la première puissance mondiale.

Issue de la diversité, brillante, dynamique et capable de faire le pont entre l'aile gauche et l'aile centriste démocrate, l'actuelle vice-présidente semble la personne idéale pour lui succéder. À l'image de sa Californie natale, elle représente l'Amérique du futur. C'est d'ailleurs le titre de la biographie que lui consacre Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'université de Paris-Panthéon-Assas et chercheur au centre Thucydide.

Mais derrière cette façade presque parfaite, de nombreuses interrogations subsistent, notamment au sujet de sa popularité. Le très sérieux agrégateur de sondages FiveThirtyEight indique que seuls 40% des Américains approuvaient le travail de Kamala Harris au 25 décembre dernier. Ils étaient 55,2% en avril. Difficile toutefois de conclure quoi que ce soit de ces chiffres à trois ans de la prochaine messe électorale, d'autant que les missions attitrées à la vice-présidence sont très souvent secondaires. Il semble qu'elle pâtit surtout de la baisse de popularité du président récemment englué dans des négociations interminables au Congrès, et blâmé par la presse pour le retrait d'Afghanistan. Certains de ses propos lui ont aussi été reprochés notamment lors de son déplacement au Guatemala au cours duquel elle a demandé aux migrants d'Amérique centrale de «ne pas venir aux États-Unis».

Sa ligne politique, ni progressiste ni conservatrice, l'expose aux critiques des deux franges démocrates. Enfin, son profil fait d'elle une cible privilégiée des Républicains et de l'ancien président: être une femme de couleur, Démocrate, puissante et brillante irrite le réactionnariat américain et pourrait être un élément mobilisant l'Amérique conservatrice lors d'un scrutin de haute importance.

Difficile aujourd'hui de prédire l'avenir de Kamala Harris, mais une chose est sûre: son nom est d'ores et déjà gravé dans l'histoire des États-Unis. En plus d'être la première femme vice-présidente, elle est aussi devenue la première femme présidente le 19 novembre 2021, quand Joe Biden, devant effectuer une coloscopie nécessitant une anesthésie générale, lui a transféré le pouvoir pendant 1h25, le temps de l'examen.

Retrouvez l'actualité politique américaine chaque mercredi soir dans New Deal, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'IFRI et TTSO.

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