Société / Culture

La surprenante technique de drague de l'époque victorienne

Temps de lecture : 2 min

L'aristocratie britannique utilisait le collage pour contourner les règles de bienséance.

Le photo collage de Lady Filmer, la mettant en scène entourée de son mari, ses sœurs et son frère ainsi que du prince de Galles. | Lady Filmer via The Art Institute of Chicago
Le photo collage de Lady Filmer, la mettant en scène entourée de son mari, ses sœurs et son frère ainsi que du prince de Galles. | Lady Filmer via The Art Institute of Chicago

Dans l'histoire de l'art, on attribue l'invention du collage –une méthode de copier-coller pour créer une œuvre nouvelle– à Picasso ou Braque. Cependant, cette technique artistique existait bien avant le début du XXe siècle et était utilisée comme distraction par des femmes de la haute société victorienne.

Vers 1860, la Grande-Bretagne a connu un engouement pour les cartes de visite. Ces dernières prenaient la forme de petits portraits photographiques. L'aristocratie britannique avait pour habitude d'échanger ces cartes, qui finissaient alors dans des albums mais sous formes de collages photo. Les portraits étaient découpés et placés dans des décors peints à l'aquarelle, souvent amusants, parfois surréalistes et même suggestifs. Cette pratique est devenue si à la mode qu'admirer les albums constituait un passe-temps populaire dans les salons.

Les mèmes de l'époque

À l'époque, le collage de photos n'était pas considéré comme un art, mais davantage comme une source de divertissement et une compétence sociale. Patrizia Di Bello, professeure d'histoire et de théorie de la photographie à Birkbeck, Université de Londres, explique qu'après la suppression des bals et des danses à la cour par la reine Victoria, «les jeunes femmes qui possédaient des albums [...] étaient prisées parce qu'elles donnaient à la cour des choses à faire. Cela vous donnait une monnaie sociale.»

Cette fonction de divertissement des collages de photos a poussé certains aristocrates à être créatifs et drôles afin d'impressionner leurs pairs. Beaucoup de ces collages contiennent des jeux de mots visuels, des blagues privées et des messages codés. C'était en quelque sorte les mèmes de l'époque. Patrizia Di Bello note qu'ils étaient aussi utilisés pour flirter, à la fois parce qu'ils pouvaient implicitement révéler une attirance, et parce que les moments autour de l'album étaient une excuse pour s'asseoir ensemble.

Les albums représentaient également un moyen pour les propriétaires d'afficher leur rang, en montrant leurs connexions sociales via les cartes de visite récoltées mais aussi en faisant preuve d'audace dans leurs montages. Lady Filmer, épouse du député Sir Edmund Filmer, excellait dans ce domaine.

L'un de ses collages la met en scène entourée de son mari, de sa famille et du prince de Galles. À l'époque, ce dernier correspondait régulièrement avec elle par l'envoi de photos. Une rumeur suggérait même qu'une des filles de Lady Filmer était en réalité de lui. Le sens de l'image devenait ainsi beaucoup plus provoquant. Cependant, le montage était suffisamment habile pour ne pas être explicite ni poser problème. Le photocollage bouleversait ainsi les règles de la bienséance victorienne.

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