Politique

500 signatures: la démocratie n'a pas à avoir peur des monstres qu'elle a engendrés

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Avec la multiplication des réseaux sociaux et des sources d'information, le système des parrainages est devenu quelque peu obsolète.

Il faut ouvrir davantage le jeu démocratique. | Lorie Shaull via Flickr
Il faut ouvrir davantage le jeu démocratique. | Lorie Shaull via Flickr

C'est un peu le marronnier des élections présidentielles. Tous les cinq ans, aux abords de l'automne, des potentiels/prétendus/probables candidats à la magistrature suprême commencent à insinuer qu'ils auront beaucoup de mal à rassembler 500 signatures. L'hiver venu, la rumeur devient une certitude: à ce rythme-là, Trucmuche ou Tartiflette manquera la future élection par faute de parrainages suffisants.

On s'insurge, on s'affole, on hurle à la mort de la démocratie, à la république des copains, à la confiscation de l'élection par un parterre d'élus aux visées partisanes. Pendant ce temps-là, en coulisse, on s'agite ferme. Le candidat et son équipe se démultiplient aux quatre coins du pays. Il serre la main à Monsieur le maire, joue du pipeau devant Madame la conseillère départementale, fait la roue sous les yeux des présidents des communautés de communes.

Il se transforme en VRP de sa propre cause, débite l'histoire de sa vie –enfance difficile, adolescence laborieuse, vie d'adulte accomplie–, sort des brochures à sa propre gloire, esquisse son projet pour la France. On lui dit oui, on lui dit non, on lui dit on verra, je dois encore en parler avec mon épouse. À la fin des fins, par je-ne-sais quels marchandages, tractations et jeux d'appareils, le candidat putatif finit toujours par réunir le quorum nécessaire et le voilà en route pour l'Élysée. Que de bruit pour rien. Que de temps perdu. Que d'énergie gaspillée.

Peut-être serait-il temps de revoir ce système de signatures qui ne répond plus aux exigences de l'époque. J'entends bien qu'il ne saurait être question de laisser le premier couillon venu se présenter à l'élection présidentielle. On se retrouverait avec autant de candidats que d'électeurs. Qui n'a jamais rêvé d'être le premier des Français? Qui ne s'est jamais dit: «Si Bayrou a failli l'être, pourquoi n'en serait-il pas de même avec moi?» Qui ne s'est jamais exclamé devant l'incurie d'untel en poste à l'Élysée: «Même moi, j'aurais fait mieux!»

En même temps, on voit bien que le système actuel a ses limites. J'ai beau éprouver pour Éric Zemmour autant de tendresse que j'en nourris pour ma belle-mère, je ne saurais admettre que pour une histoire de signatures, de parrainages, il se retrouve écarté de la course à l'Élysée. Son absence constituerait à n'en pas douter une défaite de la démocratie, un désaveu cinglant qui ne manquerait pas d'avoir des répercussions sur la vie même de la nation tant elle engendrerait colères, frustrations, amertumes, autant de sentiments capables de déboucher sur une violence issue de la rue.

Aussi nauséabondes soient ses idées, c'est au peuple qu'il revient de les désavouer et non pas à un cénacle d'élus. Quelque part, Éric Zemmour, fort de sa notoriété, de son assise populaire et de son lectorat, a conquis le droit de se présenter. Le priver de ce droit reviendrait à fausser le jeu électoral en donnant l'impression que la démocratie se dérobe à son devoir premier, celui de l'égalité des citoyens devant la loi.

La course à l'Élysée ne peut pas être l'apanage de quelques élus qui, sous prétexte d'avoir leurs entrées auprès des corps constitués, se distribueraient les rôles comme on se répartit les bonnes places entre des gens du même cercle. C'était valable au siècle dernier, cela ne l'est plus aujourd'hui où le jeu politique n'est plus l'apanage des seuls partis. L'avènement des réseaux sociaux, la multiplication des sources d'information et la possibilité de s'adresser au citoyen lambda sans passer par les canaux traditionnels rend en partie désuète la pratique des parrainages telle que conçue actuellement.

Il faudrait lui adjoindre la possibilité d'un plébiscite populaire, d'une adhésion opérée par la collecte certifiée d'un certain nombre de signatures citoyennes, un nombre significatif bien entendu, un million, deux millions... cinq millions, la traduction d'une popularité acquise autrement que par le seul truchement des appareils politiques.

La démocratie n'a pas à avoir peur de ses enfants turbulents, voire même des «monstres» qu'elle a engendrés. Elle ne doit pas donner l'impression de se cadenasser pour se préserver d'opinions qui ne seraient pas les siennes. Ce n'est pas sans risque mais c'est le seul moyen de lui permettre de continuer à exister et d'être ainsi plébiscitée par le plus grand nombre.

Et c'est donc en toute logique, après ce vibrant plaidoyer, que j'annonce ici ma candidature à l'élection présidentielle. À cette occasion, j'entends défendre une cause dont personne ne se soucie jamais, celle des romanciers chauves qui ont eu le malheur d'être nés de souche sémite. Le temps de leur ostracisme est fini, voici arrivée l'heure de la reconnaissance.

Français, Françaises...

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