Culture

Lady Macbeth, la méchante la plus incomprise de la littérature

Temps de lecture : 2 min

Ce personnage, longtemps mal perçu, est enfin réhabilité dans des adaptations plus récentes.

Frances McDormand interprète une Lady Macbeth subtile dans The Tragedy of Macbeth, dernière adaptation cinématographique de la pièce de Shakespeare. | Capture d'écran Apple TV via YouTube
Frances McDormand interprète une Lady Macbeth subtile dans The Tragedy of Macbeth, dernière adaptation cinématographique de la pièce de Shakespeare. | Capture d'écran Apple TV via YouTube

Tantôt qualifiée de séductrice, tantôt de manipulatrice et de folle, l'instigatrice meurtrière de Shakespeare a été diabolisée depuis la première représentation de Macbeth, il y a 416 ans. Cette tragédie raconte l'histoire de Macbeth, un général de l'armée du roi d'Écosse, Duncan, amené à tuer ce dernier sous l'influence de sa femme, Lady Macbeth.

«Dans l'imaginaire populaire, Lady Macbeth est présentée comme l'instrument du mal, et [le personnage] est rattaché aux stéréotypes sur les femmes à travers le temps. C'est la caricature d'une femme qui cherche le pouvoir à travers son mari; quand vous combinez cela avec l'idée qu'elle devient folle, vous avez cette combinaison toxique», explique Erica Whyman, directrice artistique adjointe de la Royal Shakespeare Company, à la BBC.

Un personnage complexe

Heureusement, les lectures et les critiques féministes contemporaines ont aidé à réévaluer ce personnage. De plus en plus d'adaptations se détachent des idées reçues et proposent une interprétation de Lady Macbeth plus profonde, laissant transparaître les idées progressistes de Shakespeare sur le genre, la maternité et le patriarcat –qui sont toujours pertinentes aujourd'hui.

Vendredi 14 janvier 2022 sort The Tragedy of Macbeth sur Apple TV+, dernière adaptation cinématographique de la pièce. Le réalisateur Joel Coen présente une Lady Macbeth (interprétée par Frances McDormand) à l'autorité matriarcale. Elle n'a, ici, rien d'hystérique ou de maléfique. C'est une femme déterminée, qui ne souhaite que le bien de son mari, quitte à en venir au meurtre.

L'une des premières représentations de Lady Macbeth à se détacher du portrait habituel est celle de l'actrice galloise Sarah Siddons en 1785 au Drury Lane Theatre de Londres. Dans un essai qu'elle a écrit sur ce personnage, elle explique: «Seule une telle combinaison –respectable par son énergie et sa force d'esprit, et captivante par sa beauté féminine– aurait pu composer un charme d'une telle puissance pour fasciner l'esprit d'un héros aussi intrépide, d'un personnage aussi aimable, aussi honorable que Macbeth.» Pour Sarah Siddons, cela explique pourquoi le général Macbeth est si sensible à la suggestion de sa femme d'assassiner le roi.

Il ne faut pas oublier que Shakespeare a vécu sous le règne de la reine Élisabeth Ier et a été influencé par celle-ci. La reine a remis en question certaines assignations liées au genre, par exemple en refusant de se soumettre au mariage. Ainsi, selon Erica Whyman, «Shakespeare est constamment curieux de savoir ce que c'est que d'être une femme dirigeante et il ne cesse de mettre en scène des hommes avec des défauts profonds, puis de suggérer qu'il y a une femme proche d'eux qui aurait pu faire mieux». Peut-être que si le dramaturge lui avait consacré plus de scènes, Lady Macbeth aurait paru plus plurielle aux yeux des spectateurs étroits d'esprit.

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