Santé / Sciences

Non, le porno ne détruit pas les érections

Temps de lecture : 2 min

Par contre, des excès d'alcool, de puritanisme et une méconnaissance de la physiologie masculine ne font pas bon ménage avec une fonction érectile satisfaisante.

Avoir baigné dans un environnement assimilant la masturbation à une activité immorale est un facteur de troubles de l'érection. | Jakob Owens via Unsplash
Avoir baigné dans un environnement assimilant la masturbation à une activité immorale est un facteur de troubles de l'érection. | Jakob Owens via Unsplash

Parmi les critiques opposées à la consommation de pornographie, l'idée qu'elle serait responsable de troubles de l'érection fait partie des plus courantes et des plus effrayantes. Comme le confesse Michael Castelman sur son célèbre blog «All about sex», qu'il tient depuis une quinzaine d'années sur le site Psychology Today, l'angoisse est partagée par bon nombre de ses lecteurs qui ne cessent de lui demander de l'aide pour des érections prétendument «détruites» par leurs habitudes masturbatoires.

Mais comme il le développe dans un article posté le 1er janvier, la recherche scientifique est loin de confirmer ces craintes et mieux vaut se tourner vers d'autres causes pour expliquer cette flaccidité malheureuse.

Trois études démontrent le contraire

Dans une première étude citée par Castelman, des chercheurs de l'Université d'État de Bowling Green (Ohio) avaient analysé les liens entre visionnage de pornographie et risque de dysfonction érectile parmi un échantillon représentatif de 877 hommes, âgés de 18 à 60 ans. Dans ce travail publié en 2019, les scientifiques n'avaient trouvé «aucune donnée prouvant que la simple consommation de pornographie soit associée à des changements dans la fonction érectile». Ils montraient que les «hommes sexuellement actifs consommant de la pornographie présentaient des niveaux très élevés de fonction érectile», avec des troubles de l'érection «rares», et en concluaient que leurs résultats allaient «à l'encontre des idées reçues voulant que la pornographie soit à l'origine d'une épidémie de troubles de l'érection».

Dans une seconde étude publiée en 2020 et menée exclusivement sur des homosexuels, des chercheurs avaient interrogé 211 hommes pour évaluer l'intensité de leur activité sexuelle. Ensuite, en recourant à l'objectivité de tests phallométriques, les scientifiques avaient pu observer que la consommation de pornographie n'avait pas d'incidence sur la capacité érectile. Pour preuve, les 38% d'hypersexuels de leur cohorte –ceux dont l'activité était très supérieure à la moyenne et qui, pour certains, frôlait même la «compulsivité»– n'avaient aucun mal à la lever en regardant des images explicites.

Enfin, dans la dernière étude citée par Castelman et cosignée par la neuroscientifique Nicole Prause (déjà présente parmi les auteurs de la seconde), 280 hommes (dont 127 en couple) avaient dû tenir le compte de leur consommation de porno plusieurs mois durant. La variabilité des réponses était considérable, puisque que certains n'en regardaient pour ainsi dire jamais, quand d'autres atteignaient les vingt-cinq heures par semaine. Mais une fois la fonction érectile de tout ce beau monde analysée, Prause et son collègue James Pfaus n'allaient détecter «aucune relation entre le visionnage de films sexuels et les dysfonctionnements érectiles».

Trois coupables et une bonne nouvelle

Vers quels autres coupables de la «destruction» des érections faudrait-il donc se tourner? Castelman en isole trois: l'alcool et autres substances que les hommes consomment en excès, leur méconnaissance de leur physiologie (la période réfractaire rendant impossible une érection après un orgasme est parfaitement naturelle, et celle-ci augmente avec l'âge) et leur éducation.

Ainsi que le montre l'étude de Bowling Green, avoir baigné dans un environnement culturel assimilant la masturbation à une activité immorale, voire pécheresse, est un facteur significatif de troubles de l'érection face à du porno. Et comme le commente Castelman, ce genre de négativité sexuelle «déclenche la libération de l'hormone du stress, le cortisol» qui «rétrécit les artères du pénis et diminue le flux sanguin dans le pénis».

La bonne nouvelle, c'est que lorsque les hommes élevés dans un environnement «sexuellement négatif» se voient rassurés par des sexologues sur la parfaite normalité de leur activité masturbatoire, ceux-ci réussissent le plus souvent à retrouver une fonction érectile satisfaisante, et ce même s'ils continuent à se masturber devant du porno.

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