Politique / Monde

Gerald Ford, le président que les États-Unis ont oublié

Temps de lecture : 4 min

Pourtant loin d'être un homme sans qualités, le trente-huitième président de l'histoire américaine, disparu le 26 décembre 2006, n'aura guère marqué les esprits.

Gerald Ford fut président des États-Unis du 9 août 1974 au 20 janvier 1977. | GPA Photo Archive via Flickr
Gerald Ford fut président des États-Unis du 9 août 1974 au 20 janvier 1977. | GPA Photo Archive via Flickr

Quand la présidence américaine est évoquée dans une conversation, les pensées se tournent immédiatement vers les locataires les plus connus qui ont occupé la Maison-Blanche. Les plus anciens d'entre nous auront en tête Franklin D. Roosevelt, Richard Nixon, John F. Kennedy ou encore Ronald Reagan, tandis que les plus jeunes évoqueront sans doute Barack Obama ou Donald Trump.

Des quarante-six présidents qui se sont succédés à la tête des États-Unis depuis 1789, beaucoup n'ont pas marqué les mémoires. Parmi eux, le Républicain Gerald Ford, qui a dirigé la première puissance mondiale deux ans et demi entre 1974 et 1977. À l'occasion du quinzième anniversaire de sa mort, retour sur l'histoire et le parcours d'un homme qui ne se destinait pas à s'installer un jour dans le Bureau ovale.

NFL, études de droit et Seconde Guerre mondiale

Après un début d'enfance chaotique, marqué par le divorce de ses parents, celui que l'on nomme affectueusement Gerry fait ses classes à Grand Rapids, dans l'État du Michigan. Force de la nature, le jeune garçon se révèle être un excellent joueur de football américain, à tel point qu'il est repéré par des sélectionneurs des quatre coins du pays.

À son entrée à l'université, il rejoint l'équipe des Michigan Wolverines, avec laquelle il remporte plusieurs fois le championnat. Après avoir obtenu son diplôme, Gerald Ford décline des offres d'équipes de NFL afin d'intégrer la prestigieuse université de Yale dans le but de devenir avocat.

Il consacre la suite de sa carrière à la politique au sein du Parti républicain avec, dès 1948, un premier mandat à la Chambre des représentants.

À cette époque, la Seconde Guerre mondiale commence à ravager l'Europe, et les États-Unis regardent les affrontements de loin. Mais l'attaque des Japonais contre Pearl Harbor en décembre 1941 change la donne et entraîne le pays dans le conflit. Cet évènement tragique modifie le cours de la vie du jeune diplômé, qui décide alors de s'engager dans l'US Navy.

Envoyé dans les eaux du Pacifique, il échappe de peu à la mort en 1944 lorsque son navire est ravagé par un incendie après le passage du typhon Cobra. Miraculé, Gerald Ford quitte l'armée à la fin de la guerre et retourne à la vie civile dans la ville de son enfance. Il consacre alors la suite de sa carrière à la politique au sein du Parti républicain avec, dès 1948, un premier mandat à la Chambre des représentants.

Un concours de circonstances improbable

Après vingt-cinq ans en tant que représentant, Gerald Ford est un homme politique respecté et apprécié à Washington. Personne n'imagine pour autant qu'il puisse un jour accéder à la Maison-Blanche. D'ailleurs, il n'a jamais fait état d'une quelconque envie de diriger son pays. Il semble plutôt se satisfaire des prestigieuses fonctions qu'il a obtenues à la Chambre des représentants: membre actif entre 1963 et 1964 de la commission Warren chargée de faire la lumière sur l'assassinat de JFK et chef de file des Républicains de 1965 à 1973.

Il rentre dans l'histoire politique américaine comme le premier à occuper ce poste sans avoir été élu.

Mais tout bascule en octobre 1973 quand Spiro Agnew, vice-président de Richard Nixon, démissionne à la suite d'accusations de fraudes fiscales et de corruption. Gerald Ford est alors nommé par le président pour occuper cette fonction prestigieuse mais peu palpitante. Parallèlement, le scandale du Watergate prend de l'ampleur à la suite des investigations et révélations des journalistes du Washington Post.

Peu avant l'élection de 1972, Nixon aurait piloté, avec de proches conseillers, une opération de mise sur écoute du Parti démocrate. À mesure que les mois passent, la pression s'accentue et pousse le Congrès à déclencher une procédure de destitution à son encontre. Ne voulant pas subir cette humiliation, le président démissionne et laisse sa place à son vice-président, comme le veut le vingt-cinquième amendement de la Constitution.

Gerald Ford prête serment le 9 août 1974 et devient le trente-huitième président des États-Unis. Ayant accédé à l'exécutif par nomination, il rentre dans l'histoire politique américaine comme le premier à occuper ce poste sans avoir été élu.

Un mandat raté

En s'installant dans le Bureau ovale, Gerald Ford a pour mission principale de restaurer la confiance des Américains en la fonction présidentielle. Il choisit cependant d'accorder une grâce à Richard Nixon, stoppant ainsi toutes les procédures à son encontre et s'attirant une pluie de critiques.

À peine désigné président, sa cote de popularité plonge. Durant son mandat, rien ne lui sera épargné: choc pétrolier, inflation à un niveau très élevé, explosion du chômage, grippe porcine qui fait craindre une pandémie, et chute de Saïgon aux mains des communistes du Nord-Vietnam.

L'aventure de Gerald Ford à la Maison-Blanche n'aura donc duré que deux années et demie, et ne restera pas dans les annales.

Pire encore, Gerald Ford est victime de deux tentatives d'assassinat. La première a lieu en Californie, à Sacramento, le 5 septembre 1975. Ce jour-là, Lynette Fromme, adepte de la secte de Charles Manson, tente de l'abattre, mais échoue grâce à l'intervention in extremis d'un agent des services secrets. La seconde survient deux semaines plus tard, le 22 septembre, à San Francisco. Une autre femme, Sara Jane Moore, s'apprête à tirer sur lui, mais est stoppée par un spectateur. Pour la troisième fois de sa vie, Gerald Ford échappe à la mort.

Candidat à sa réélection en 1976, il est défait par le Démocrate Jimmy Carter de quelques centaines de milliers de voix. Le Parti républicain n'est plus en odeur de sainteté et la présidence Ford n'a pas convaincu. L'aventure de Gerald Ford à la Maison-Blanche n'aura donc duré que deux années et demie, et ne restera pas dans les annales.

Oublié par les livres d'histoire et les Américains, il n'en reste pas moins un personnage intéressant. Cet homme aux capacités physiques et intellectuelles supérieures à la moyenne aurait pu devenir joueur professionnel de football américain, a frôlé la mort dans le Pacifique, est devenu président par accident et a échappé à deux tentatives d'assassinat. Gerald Ford mériterait un biopic. Si Oliver Stone passe par là...

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