Ardbeg, 200 ans à défier les codes du whisky tourbé
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Ardbeg, 200 ans à défier les codes du whisky tourbé

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Slate.fr

Depuis plus de deux cents ans, la célèbre distillerie de l’île d’Islay cultive son style inimitable en explorant les multiples nuances de la tourbe… et en envoyant valser les conventions.

Entre intensité et délicatesse

Les notes fumées jaillissent pour révéler bientôt une douceur fondante sous les nuances de tourbe qui semblent se superposer à l’infini. C’est cela, Ardbeg. Un paradoxe vibrant, un whisky qui se démarque par son caractère singulier.

Un single malt qui fait le grand écart entre l’intensité et la délicatesse, et s’affranchir des limites depuis plus de deux cents ans. Deux siècles à explorer la tourbe et à en exprimer tous les possibles, au sein de la communauté des amateurs de malt.

Les Ecossais le savent bien, la géographie, tout autant que l’histoire ou les hommes, possède ce don de façonner les distilleries. Depuis 1815, Ardbeg se love au sud d’Islay (prononcer «Aï-la»), dans les Hébrides, au large de la côte ouest écossaise. Une île réputée pour le caractère tourbé si particulier de ses whiskies. En réalité, l’activité de distillation sur le site remonte à bien plus longtemps, mais chut! Disons qu’elle se pratiquait moins officiellement en ces temps reculés.

La rencontre de la terre et de l’eau

Ardbeg trône sur les récifs de granit noir déchiquetés par les vagues de la mer d’Irlande qui, en ce lieu précis, viennent se briser sur l’Atlantique. Un paysage sculpté par le vent et les embruns, une île de tourbe et de landes, de lochs et de rivières.

Le whisky puise ses arômes dans la rencontre de la terre et de l’eau, dans la fossilisation de matières organiques qui, au fil des millénaires, forme la tourbe.

Pas de demi-mesure pour Ardbeg, qui s’est toujours distinguée par ses single malts puissamment tourbés. Autrefois, quand la distillerie maltait elle-même son orge, les pagodes du toit n’intégraient pas de ventilateurs, empêchant la fumée du feu de tourbe de s’échapper trop vite pour mieux la laisser imprégner jusqu’au cœur de la céréale.

Oui, mais cette finesse, cette douceur? De fines conduites de cuivre, les «purificateurs», relient le col des alambics de seconde distillation à leur panse ventrue, y renvoyant une partie du liquide à peine condensé. Et ce reflux allège le distillat et en accroît la complexité. C’est fou comme un mince tuyau peut changer la face du whisky!

Les multiples facettes de la tourbe

Avec ses 55 ppm en moyenne, Ardbeg a toujours creusé l’écart en recherchant un niveau très élevé de phénols, ces composés responsables des arômes fumés du whisky, et issus de la tourbe. Mais attention cependant: il y a tourbe… et tourbe. Car cette matière organique, voyez-vous, recèle bien des facettes.

Différentes molécules aromatiques la composent, variant en fonction de son terroir bien sûr: sur Islay, elle est maritime, gorgée de sphaignes, d’algues, de lichens, de bruyère, et moins boisée qu’ailleurs. Mais la profondeur à laquelle les briques de tourbe sont récoltées influence elle aussi la qualité des phénols.

Oui, les choses se compliquent toujours un peu quand on creuse. Revenons donc sans plus attendre aux travaux pratiques! Certains amateurs d’Ardbeg trouvent Corryvreckan plus tourbé que Uigeadail. Ou que le Ten penche davantage vers le brûlé-iodé tandis qu’An Oa révèle des arômes herbacés-boisés et que Wee Beastie 5 ans développe des notes de goudron et de résine de pin.

La fumée est une science

Et l’on touche ici à l’expertise d’Ardbeg qui, tout en conservant l’identité qui fait sa force, puise dans l’incroyable palette organoleptique de la tourbe, dans ce nuancier sensoriel tout en puissance et en subtilité.

Les notes maritimes et salines du poisson ou du bacon fumé, de la viande au barbecue; les saveurs herbacées du thé lapsang souchong, de la mousse brûlée ou des herbes aromatiques; les touches boisées des racines humides, du feu de camp qui s’éteint, de la fumée de bois; les flaveurs médicinales de l’iode, de la créosote, de pansement parfois; et les volutes brûlées de la cendre, de la suie, du charbon…

La fumée est une science qui révèle la complexité aromatique de la tourbe. Mais c’est aussi un lieu d’expérimentation pour Ardbeg qui en redéfinit sans cesse les limites. Sans rien s’interdire.

ARDBEG DAY

Expédier du whisky dans l’espace pour comprendre les effets de la gravité sur le vieillissement du whisky? Check. Produire l’un des single malts les plus tourbés d’Islay? Check. Lâcher le distillat dans des fûts ultra-carbonisés à la chauffe alligator? Check.

Mieux? En marge de la gamme permanente, chaque premier samedi de juin depuis 2012, le whisky d’Islay proclame Ardbeg Day. Un événement où les fidèles amateurs guettent la sortie de l’édition limitée annuelle en se demandant: «Que vont-ils bien pouvoir nous inventer encore?»

Mais, heureusement, il est des questions dont on gagne à ne jamais connaître la réponse.

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L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Crédits photos et visuels: Ardbeg

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