Société

Une nouvelle technologie pour identifier l'apparence des suspects à partir d'ADN sera bientôt utilisée par la police australienne

Temps de lecture : 2 min

Quand le scénario de film rencontre la réalité. 

Le phénotypage soulève quelques inquiétudes. | Image d'illustration du National Cancer Institute via Unsplash 
Le phénotypage soulève quelques inquiétudes. | Image d'illustration du National Cancer Institute via Unsplash 

La police fédérale australienne a annoncé au début du mois de décembre 2021 sa volonté d'utiliser les échantillons ADN collectés sur les scènes de crime pour réaliser un ensemble de prévisions sur les suspects. Cette technologie appelée le phénotypage permet de déterminer le sexe biologique du suspect, son ascendance et son apparence physique.

La police australienne aurait même déjà utilisé une variante de cette technique pour identifier un suspect, mais aussi les restes d'une victime. Caitlin Curtis et James Hereward, tous deux chercheurs dans le domaine de la génétique, s'interrogent de cette avancée dans le magazine The Conversation.

Comment cela fonctionne?

La police australienne souhaite utiliser une technologie appelée «séquençage parallèle massif». Cela permet aux machines de lire des milliards de lignes de séquençage ADN très rapidement. En y ajoutant des calculs prédictifs, cela évite de se limiter aux données ADN disponibles dans les bases de la police.

Cela peut se révéler précieux dans le cas de personnes portées disparues, pour identifier des restes ou pour exclure certains suspects de sa liste. La police australienne entend l'utiliser pour déterminer la couleur des yeux d'un suspect et bientôt celle de ses cheveux. D'ici à 10 ans, elle devrait évoluer pour prédire l'âge, la masse corporelle, la taille, la distance entre les yeux, la forme des oreilles, la structure osseuse des joues…

Devrait-on s'inquiéter?

Oui, si l'on en croit les deux scientifiques, car les prévisions peuvent dépasser le simple domaine de l'apparence et s'attacher à la santé, physique et mentale des personnes. «Il sera très important de dessiner les limites de ce qui peut être prédit avec ces techniques, indiquent-ils, et quand et comment les utiliser.» Pour le moment, aucune loi australienne n'encadre clairement le phénotypage ADN.

Au-delà même des questions de vie privée, on peut aussi s'interroger sur les biais racistes que ce type de technologie entraine. En Australie, certaines ethnicités sont davantage suspectées par la police, en particulier les peuples indigènes. Une étude récente montre que trois personnes sur quatre ont des préjugés racistes, conscients ou inconscients, sur cette population. Le phénotypage reste une forme de prédiction incertaine et sujette à des interprétations.

Huit pays européens autorisent ces technologies mais la France n'en fait pas encore partie. Sur ce terrain en pleine évolution, il est nécessaire de «développer une politique claire et cohérente qui soit capable de s'adapter aux évolutions de cette technologie tout en tenant compte des inquiétudes de la population», concluent les chercheurs.

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