Culture

«Spider-Man: No Way Home», une toile bien emmêlée

Temps de lecture : 3 min

La trilogie Spider-Man du MCU s'achève avec un film qui mélange l'héritage des précédents opus du héros, dont le premier est sorti depuis bientôt vingt ans. Avec ce gros projet aussi joyeux que crépusculaire, Sony tient là un sujet en or pour les fans.

Notre héros du jour se retrouve une fois de plus confronté à un danger qui n'est pas le sien. | Capture d'écran Sony Pictures Entertainment via YouTube
Notre héros du jour se retrouve une fois de plus confronté à un danger qui n'est pas le sien. | Capture d'écran Sony Pictures Entertainment via YouTube

Article garanti sans spoiler.

Spider-Man n'a vraiment pas de chance. Il s'est fait méchamment «outer» son identité secrète dans les médias et ce nouveau film, No Way Home, reprend à ce moment précis, là où on l'a laissé. Pourchassé (pas longtemps) par la police et les autorités, lui et ses amis galèrent en essayant de retrouver une vie normale. Le troisième refus d'une université essuyé par la bande va mettre le feu aux poudres. Ils sont tricards. Spider-Man se rend donc chez son allié Dr Strange pour qu'il trouve une solution magique. Évidemment, le sortilège chargé de faire oublier son identité au monde entier tourne mal. Débarqués dans son monde, tous les méchants du multivers au courant de son identité vont tour à tour l'affronter.

Amy Pascal et Kevin Feige, respectivement patrons de Sony Pictures et de Marvel Studio, ont sorti leur carnet d'adresses pour rappeler tous les comédiens qui ont incarné les méchants des précédents films Spider-Man qu'on a vus en salle depuis 2002. Doc Octopus, le Bouffon vert, l'Homme-sable, le Lézard et Électro, tous reviennent, incarnés par leurs acteurs respectifs. Ils sont à peu près dans l'état dans lequel ils se trouvaient juste avant leur mort dans les films de Sam Raimi et de Marc Webb et personne ne reconnaît le Peter Parker joué par Tom Holland. Une fois le problème identifié, Spider-Man va essayer de rectifier le tir, guérir tout le monde et tout remettre en ordre.

Un fan-service platement exécuté

C'est surprenant de voir à quel point les Spider-Men ont toujours tué leurs adversaires par accident sur grand écran. C'est vraiment la distinction entre les films où c'est monnaie courante et dans les comics, où le meurtre est un interdit. Avec les multivers, ça y est, on est affranchi de cette règle, on peut faire revenir qui on veut, gentils comme méchants, au prix d'une galipette scénaristique. Ou comment, d'un tour de passe-passe, un personnage impensable débarque chez vous, entre la cuisine et la salle à manger. On se dit que plus rien ne sera jamais pareil, qu'on ne pourra plus revenir en arrière. Et c'est un peu dommage car on a rarement vu une idée aussi réjouissante utilisée de manière aussi triviale.

Imaginez: un hommage à 20 ans de blockbusters et de moments cultes, les personnages légendaires de Steve Ditko et Stan Lee, réduits à un fan-service assez platement exécuté. Sorti il y a peu, Ghostbusters: Afterlife jouait avec plus de réussite sur le souvenir, l'émotion et la nostalgie d'un passé révolu. Jamais mémorable dans ses scènes d'action ni dans ses moments intimistes, No Way Home traite ses icônes téléportées par le multivers de manière très superficielle, avec le savoir-faire d'un mauvais téléfilm.

Le malheur du Spider-Man de la génération du MCU, c'est qu'il s'agit d'un super-héros toujours dans l'ombre de quelqu'un. Sa première apparition s'est faite dans le film Captain America: Civil War sur le tarmac d'un aéroport berlinois, en tant que bras armé d'Iron Man. Dès son premier film, sa figure paternelle Tony Stark lui vole la vedette. Et dans le deuxième, même décédé, il le rabaisse encore un peu, transformant la problématique du lycéen en difficulté en «acceptera-t-il l'héritage de son mentor»? Dans No Way Home, un opus qui ne se veut pas si final que ça, Dr Strange se pose plus en autorité morale, laissant Peter Parker être enfin la vedette. Néanmoins, Stark sera toujours un peu présent via ses Spider-Armures et une très pratique machine à tout inventer qui permet de faire avancer l'histoire.

Mais en affrontant les super-vilains de tous les Peter Parker, notre héros du jour se retrouve une fois de plus confronté à un danger qui n'est pas le sien. Il doit toujours faire le ménage des autres. C'est une trilogie assez étrange, où chaque épisode se repose sur un autre film pour amener –souvent artificiellement– des enjeux et du danger. C'est peut-être le plus rageant, car l'interprétation de Tom Holland est quasi parfaite. Il a encore l'air jeune et espiègle, adorable bien que très irritant. Sa «MJ» est vraiment géniale, et tout le petit monde qui gravite autour d'eux est attachant. Mais les films en eux-mêmes sont pris dans un engrenage Marvel pas toujours réussi.

L'effet pervers des multivers

Pas plus tard que la veille de la sortie de No Way Home, on a même vu apparaître la bande-annonce d'un film «multivers» autour de la comédienne Michelle Yeoh qui a l'air assez intéressant. Les what if? et les univers parallèles ont toujours quelque chose d'excitant. Mais l'effet pervers de l'utilisation des multivers est le même que celui qui a atteint les films de super-héros depuis un bon bout de temps: la lassitude.

Depuis l'extraordinaire film d'animation Spider-Man: Into the Spider-Verse, tout le monde s'y engouffre. Même les séries comme WandaVision ou Loki y trouvent leur raison d'être. Au début on était enthousiaste, maintenant on n'est plus tout à fait certain que c'était ce qu'on voulait. Dans le lot, il y aura certainement des réussites. Mais pour la carrière cinématographique de Spider-Man, il n'y avait qu'une seule chance, une seule opportunité et elle tombe un peu à plat.

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