Parents & enfants

La plupart des parents ont un enfant préféré (et ce n'est pas grave)

Temps de lecture : 5 min

L'essentiel est de ne pas faire comme si ça n'était pas vrai.

Les parents doivent déculpabiliser d'avoir une complicité particulière avec l'un des enfants. | Sandy Millar via Unsplash
Les parents doivent déculpabiliser d'avoir une complicité particulière avec l'un des enfants. | Sandy Millar via Unsplash

Imaginons que vous vous ennuyiez lors du réveillon du 24 décembre passé auprès de votre belle-famille. Pour animer un peu l'ambiance, vous pouvez ingénument poser aux parents et à la fratrie de votre compagne ou compagnon la question suivante: «Alors, est-ce qu'il y a un enfant préféré dans la famille?» Selon toute vraisemblance, la tablée va s'échauffer et le ton monter. Les parents nieront en bloc, les enfants devenus adultes argumenteront âprement. Il est même fort possible que tout le monde ne reste pas pour savourer la bûche.

Et pourtant, votre question ingénue aurait tout aussi bien pu appeler une réponse consensuelle et saine. «Dans presque toutes les familles, les parents ont des affinités particulières avec un de leurs enfants», explique Claudine Paque, coautrice avec Catherine Sellenet de L'enfant préféré – Chance ou fardeau?, paru chez Belin en 2013.

«Seulement, souvent, soit les parents n'en n'ont pas conscience, soit ils se sentent coupables d'être plus proches d'un enfant que d'un autre et nient cet état de fait.» Mais les membres de la fratrie, eux, ne sont pas dupes, et ressentent bien les différences de traitement souvent involontaires.

«Ce qui revient souvent, c'est le temps passé avec l'enfant au moment du coucher», détaille Claudine Paque. «Il y a aussi les petits noms affectueux, la place réservée à table, sur le canapé ou dans la voiture, les avantages matériels, les vêtements, les photos en nombre plus important et tout ce qui peut signifier une complicité qui exclut.» Et cela peut laisser des traces indélébiles.

«On a vu des sexagénaires être tout près d'en venir aux mains dans le cabinet du notaire au moment de la succession», raconte l'autrice, pour qui les parents doivent déculpabiliser d'avoir une complicité particulière avec l'un des enfants. «Une affinité élective, cela ne se décide pas!», nous dit-elle, reprenant le «Parce que c'était lui, parce que c'était moi» de Montaigne. Si ce n'est pas déjà fait, il faut que les parents «conscientisent cette préférence afin d'entretenir une certaine équité».

Une préférence, des explications

Comment expliquer qu'il existe des préférences? «Il est impossible de faire des généralités», explique Claudine Paque. «Tantôt c'est dû au caractère de l'enfant, tantôt à sa place dans la fratrie, à l'histoire de sa conception ou au fait qu'il soit plus fragile que les autres.»

Pour mieux comprendre la complexité de ces préférences, ou plutôt de ces affinités particulières, le mieux est sans doute de donner la parole à des parents qui sont bien conscients de l'existence de liens privilégiés avec l'un de leurs enfants.

Léa, 40 ans et mère de deux garçons, explique: «J'aime sincèrement mes deux fils, je pourrais mourir pour eux. Mais il y a une vraie compréhension mutuelle avec le cadet que je n'ai pas avec l'aîné. C'est beaucoup plus simple entre nous et il est toujours très sensible au fait que j'approuve son comportement. Avec l'aîné, c'est un peu plus compliqué. Quand on s'accroche, il a tellement confiance dans notre relation qu'il peut me dire des choses vraiment désagréables, ce que ne ferait pas le petit.»

«Ce n'est pas que je préfère le cadet à son frère, mais plutôt que je préfère cette relation-là.»
Diane, 40 ans

Difficile de saisir pleinement le lien plus complice qui allie Léa à son cadet, mais on comprend qu'il s'agit de quelque chose de réciproque qui relève d'une meilleure compréhension mutuelle. Diane, 38 ans, elle aussi maman de deux garçons, exprime un ressenti assez similaire: «J'ai des liens vraiment différents avec mes deux fils et je préfère ma relation avec le petit.»

«Je pense que cela vient de leur tempérament et du mien, détaille-t-elle. Je suis très tactile. Depuis toute petite, j'ai un fort besoin de câlins. Or, mon petit est pareil. Il est du genre à tout le temps venir se coller à moi alors que mon grand déteste ça. En général, s'il vient me faire un câlin d'une demi-seconde, c'est pour me demander quelque chose, et s'il fait un “vrai” câlin, c'est qu'il va mal… De fait, j'ai établi une très forte proximité avec le petit.»

Toutefois, Diane distingue bien deux choses différentes: préférer une relation et préférer un enfant. Elle précise ainsi: «Ce n'est pas que je préfère le cadet à son frère, mais plutôt que je préfère cette relation-là. En effet, pour le reste, ils sont tous les deux très intelligents et on a de chouettes conversations –même si forcément, à 6 et 10 ans, on n'approfondit pas les sujets de la même manière. Et, il y a certaines choses que je préfère chez mon grand. Par exemple, il est beaucoup plus altruiste, alors que le petit est encore très égocentrique –son frère l'était déjà nettement moins au même âge.»

Diane reste cependant lucide quant aux apparences: «Je sais que de l'extérieur, le petit semble être mon préféré. D'ailleurs, ma belle-mère ne se privait pas de le faire remarquer, et ce devant eux. Pour moi c'est bien plus complexe que ça.»

Nécessité fait loi

Des apparences, parlons-en. Lise, 34 ans, a bien conscience de donner l'impression de préférer son aîné, notamment en lui accordant davantage d'attention. Mais, il s'avère que le jeune garçon a des besoins spécifiques: «Mon aîné est diabétique, asthmatique, à haut potentiel intellectuel et a des difficultés de gestion des émotions. De fait, il a beaucoup de besoins que n'a pas sa sœur. Ce n'est pas tant que j'aie une préférence, mais hélas je dois lui consacrer plus de temps.»

«Il est bon de ne pas mettre les choses sous le tapis, de reconnaître qu'il peut exister une relation privilégiée, tout en donnant à chaque enfant sa dose d'amour.»
Claudine Paque, coautrice de L'enfant préféré – Chance ou fardeau?

Lise nous dit avoir le sentiment d'aimer autant ses deux enfants, mais reste objective: «Je me rends compte que j'ai donné bien plus de choses à l'aîné pour qu'il se construise, y compris intellectuellement et culturellement.» Ce que remarque sa cadette, malgré ses 4 ans et demi: «Elle commence à exprimer de la jalousie envers son frère. Elle voudrait manger du sucre comme lui, tester sa glycémie comme lui… Elle intervient pendant ses soins ou essaye de se montrer drôle quand on discute sciences avec lui pour attirer l'attention. C'est un peu compliqué en ce moment. Alors nous nous efforçons de passer du temps avec elle.»

C'est précisément ce que recommande Claudine Paque: «Il est bon de ne pas mettre les choses sous le tapis, de reconnaître qu'il peut exister une relation privilégiée, tout en donnant à chaque enfant sa dose d'amour.» Une démarche saine et profitable à tous les enfants de la fratrie afin d'éviter souffrances et jalousies.

En outre, l'enfant préféré peut aussi souffrir de son statut privilégié. «Être le chouchou ou la chouchoute est parfois une chance, mais parfois aussi un fardeau», signale l'autrice. «Souvent, il ou elle ressent une grande pression, un poids sur les épaules pour être à la hauteur de la préférence des parents. Ce n'est pas simple à vivre.» Elle conclut en rapportant que non-conscientisées, les préférences se répercutent souvent sur les petits-enfants, perpétuant ainsi rancœurs et rivalités.

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