Santé / Sciences

Une épidémie de maladie rénale pourrait se propager avec le changement climatique

Temps de lecture : 2 min

Les reins sont responsables de l'équilibre hydrique de l'organisme, ce qui les rend particulièrement sensibles aux températures extrêmes.

Les coupeurs de cannes à sucre font partie des travailleurs les plus exposés au risque de maladie rénale liée au changement climatique. | Karl Wiggers via Unsplash
Les coupeurs de cannes à sucre font partie des travailleurs les plus exposés au risque de maladie rénale liée au changement climatique. | Karl Wiggers via Unsplash

Un consortium de médecins sur l'éducation au climat et à la santé de l'Université Columbia s'inquiète de l'impact de la hausse des températures sur les maladies rénales chroniques. Le stress thermique sur le corps provoqué par le changement climatique pourrait générer une épidémie majeure pour la santé rénale de millions de travailleurs à travers le monde, alertent-ils.

Après avoir effectué plusieurs études, le consortium a pu établir un lien entre les zones exposées aux températures extrêmes et une forme d'insuffisance rénale chronique (IRC) dont la cause est inconnue. Elle provoquerait le décès de travailleurs agricoles dans des pays comme le Salvador ou le Nicaragua, ce qui fait dire aux médecins que d'autres recherches sur les relations entre la chaleur et l'IRC doivent être menées de toute urgence pour évaluer l'ampleur du problème.

Les scientifiques mettent en lien cette possible épidémie de maladie rénale avec les travaux manuels lourds: un grand nombre de personnes effectuant ces tâches sous des températures élevées sont concernées par l'infection en Amérique centrale, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique ou encore en Inde. Les reins sont responsables de l'équilibre hydrique de l'organisme, ce qui les rend particulièrement sensibles aux températures extrêmes, écrit le Guardian.

L'insuffisance rénale chronique devrait être reconnue comme maladie liée au stress thermique mettant les travailleurs en danger chaque jour lorsqu'ils sont sur le terrain. Cependant, il est aujourd'hui difficile pour les médecins d'affirmer qu'une épidémie sévit actuellement: les symptômes sont souvent invisibles jusqu'à ce que les individus souffrent d'une insuffisance rénale terminale, déplore Cecilia Sorensen, directrice du consortium mondial.

Les travailleurs vulnérables sont les plus touchés

Les études conduites jusqu'à maintenant montrent des caractéristiques similaires chez les individus touchées par l'IRC d'origine indéterminée. Ils ont tendance à travailler dans des conditions chaudes à l'extérieur et viennent de milieux particulièrement vulnérables –socialement et économiquement– avec un accès limité aux soins médicaux ou à une couverture maladie. Ces travailleurs vivent généralement dans des zones avec des infrastructures de santé modestes. Pour Cécila Sorensen, la gravité des lésions rénales s'intensifie à mesure que le travailleur est vulnérable. Les cueilleurs de baies et les coupeurs de cannes à sucre seraient les plus touchés.

Ce constat n'est pourtant pas nouveau. Il y a vingt ans, le directeur médical du Centre d'hémodialyse du Salvador remarquait pour la première fois le nombre inhabituel de patients atteints d'insuffisance rénale chronique. Il était étudiant à l'époque et ces patients avaient saturé l'hôpital. Il affirme que «c'étaient des jeunes hommes et ils mouraient parce que nous n'avions pas le budget ou la capacité pour leur donner un traitement de dialyse». La situation l'a poussé à conduire des recherches sur des épidémies similaires au Mexique, au Nicaragua, au Costa Rica et au Panama. «Si vous jetez un œil aux cartes des températures maximales dans la région d'Amérique centrale, vous remarquerez qu'elles correspondent aux régions où nous décrivons la maladie.»

Certains scientifiques pensent que l'exposition aux produits agrochimiques et aux agents infectieux rend les travailleurs plus vulnérables. La constitution génétique, la pauvreté, la malnutrition sont également des facteurs clé susceptibles de jouer un rôle dans la maladie, notent-ils.

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