Santé

Doublement vacciné, je me sens comme immortel

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Depuis hier, je revis. J'ai comme l'impression d'être un rescapé échappé des griffes de la mort.

En moi coule un vaccin qui sera plus fort que tout. | Marisol Benitez via Unsplash
En moi coule un vaccin qui sera plus fort que tout. | Marisol Benitez via Unsplash

Sortant du centre de vaccination, le corps riche de ma deuxième dose de Moderna, j'ai senti après une année et demie d'agonie, la vie renaître en moi. M'eût-on injecté une potion de globules rouges extraite de couilles de taureaux camarguais que je n'aurais pas réagi différemment. Tout en moi frémissait. Tandis que des profondeurs de mon être, sortant de sa torpeur covidienne, mon âme palpitait comme si on venait de la ressusciter d'entre les morts.

Ah mes amis, quel bonheur, quelle ivresse ce fut! J'irradiais de joie. Un peu plus et j'arrachais mon masque avant d'embrasser à pleine bouche le premier passant rencontré. Je me sentais comme l'un de ces otages qu'une organisation terroriste, après des mois de captivité, consent enfin à relâcher. Enfin, j'étais libre! Enfin, je revoyais la lumière! Tout juste si je ne m'attendais pas à voir débarquer un président de la République ou un Premier ministre venu là m'accueillir comme une sorte de héros, un homme d'exception qui venait d'accomplir un exploit digne de figurer dans les manuels d'histoire.

J'avais triomphé de tous les maux, de la rupture de stock de rouleaux de PQ à la cohabitation forcée avec ma femme sans oublier le gavage forcé de séries et autres téléfilms d'une bêtise consternante. Et malgré des prises de risques inconsidérées –un jour, j'avais marché une heure entière avec un masque qui laissait à découvert ma cavité nasale gauche; une autre fois, rentrant des courses, je m'étais mis à table sans même me récurer les ongles au gel hydroalcoolique– j'avais tenu la maladie à distance avec une obstination qui forçait le respect.

J'étais un survivant, un rescapé. Probablement, sans même m'en rendre compte, à de multiples occasions, avais-je dû frôler la mort. Ainsi avais-je découvert un jour que la secrétaire médicale avec qui je m'étais entretenu au téléphone à propos d'un renouvellement d'ordonnance avait été cas contact d'une personne dont la sœur –la sœur!– avait passé la semaine de Noël en réanimation. J'en tremble encore d'effroi.

Et que dire de ce dîner consenti après moult hésitations avec ma belle-mère où cette dernière, toute à la joie de retrouver sa fille, au mépris des règles sanitaires de base, prise par l'émotion de me revoir, penchant son visage vers le mien, fut à deux doigts de me faire la bise. Que fus-je devenu si à cet instant-là je n'eus pas la lucidité nécessaire de la ramener à la raison par le jet d'une coupe de champagne dont le contenu se déversa sur son masque avant de dégouliner le long de son chemisier de satin noir? Ce jour-là, la mort avait le visage de ma belle-mère et il en fallut de peu, de très peu même, pour qu'à mon tour, je ne vins grossir le flot de ces malheureuses victimes dont la vie s'acheva dans les couloirs sinistres d'un hôpital livré à lui-même.

Encore quinze jours à attendre –le temps au vaccin de donner la plénitude de son génie– et je serai comme éternel. Intouchable. J'irai dans la ville comme un seigneur dans son royaume. Je regarderai les variants s'agiter autour de moi avec la condescendance du vainqueur qui n'a plus à se soucier des velléités de ses opposants. La peur aura changé de camp et je pourrai rire de leurs mines déconfites quand ils s'apercevront que leur virus glisse sur moi comme l'eau sur les galets. Variant indien, britannique, brésilien, que sais-je encore, je ris de vous savoir bientôt inoffensifs, tout juste bon à martyriser le corps d'un de ceux assez fous pour avoir refusé la bénidiction d'un vaccin.

Bientôt, à n'en pas douter, je retrouverai ma vie d'avant. De mes masques, je ferai un autodafé géant auquel je mêlerai mes gels hydroalcooliques, mes réserves de papier toilette, mes visières et autres plexiglas qui encombrent mon salon. Mes mains, je ne les laverai plus pendant une année. Mes nuits, je les passerai au dehors, à la belle étoile. Et le jour venant, j'irai retrouver Belle-maman pour lui claquer des bises à n'en plus finir.

Ce que j'ai hâte!

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