Société

Les boîtes de nuit vont rouvrir, quel soulagement!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Pour un fêtard comme moi, être privé de discothèques a représenté une lente et atroce agonie.

Le cauchemar est terminé, la fête peut reprendre. | Sam Mar via Unsplash
Le cauchemar est terminé, la fête peut reprendre. | Sam Mar via Unsplash

Je le dis tout net: pour le fêtard que je suis, la fermeture des boîtes de nuit a été ressentie comme une punition divine, une calamité de la pire espèce. J'étais tellement en manque que plus d'une fois, seul avec moi-même, j'ai transformé ma salle de bains en dance floor: un casque audio vissé à mes oreilles, une lampe torche coincée au fond de ma bouche, face à mon miroir, vêtu d'un pyjama phosphorescent, je me suis déhanché jusqu'au bout de la nuit, quand il me fallait céder la place à ma femme toute ébouriffée de sommeil.

La fête, le monde de la nuit, les discothèques, la musique qui fait vriller les tympans, la foule hurlante entassée sur trois centimètres carrés, les corps à corps préludes à des étreintes sauvages, la sueur qui colle au revers du slip, le visage extatique de la jeunesse éperdue de liberté, les sourires effarés de mes vis-à-vis quand je me trémousse au point de ressembler à une otarie décoiffée au moment d'atteindre l'orgasme, c'est toute ma vie.

Qui ne s'est jamais retrouvé à 5 heures du matin, à moitié dégrafé, le corps totalement relâché, la tête dans les néons, les jambes au bord de la rupture d'anévrisme, le regard ébahi, ne sait rien des plaisirs de l'existence. C'est à ce moment-là, entre deux whisky-cocas, parmi les décibels qui arrachent le plafond, qu'on prend vraiment conscience de la beauté de la vie, de la kifferie absolue d'être jeune et vaillant, au top de sa forme, prêt à toutes les aventures possibles.

D'oublier qui tu es. D'être tellement transcendé par la musique que ton cerveau se met à rugir des fulgurances qui te transpercent l'esprit comme si tu te révélais à toi-même si bien que tu peux très bien te retrouver à commander une troisième vodka –frappée ou pas– et dans le même moment, quasiment à la même seconde, penser à qui tu vas voter pour le deuxième tour des régionales tout en réfléchissant à la possibilité d'aller pisser avant de récupérer ta consommation laquelle te coûte si cher que lorsque tu reçois ton relevé de carte bleue, tu te demandes si sans t'en apercevoir, tu n'es pas parti aux Barbades en jet privé avec David Guetta.

La magie de la nuit. Le temps qui n'a pas d'heure. Le champ infini des infinies possibilités lorsque la musique s'agrippe à ton âme et la fait décoller au son de décibels qui sont comme l'expression du fracas du monde, de la naissance du cosmos. Et puis toute cette joie, cette communion, cette fusion des êtres, des sentiments, l'incandescence de la fête qui efface toutes les différences pour se sublimer en une unicité originelle –l'innocence du jardin d'Éden enfin retrouvée.

Autant dire que ces derniers mois où je me suis retrouvé orphelin de tout ce faste m'ont profondément marqué. J'ai pris conscience que sans les boîtes de nuit, ma vie ne valait pas la peine d'être vécue. Jamais je ne me suis autant ennuyé. Jamais je n'ai ressenti un tel vide, une telle absence de désirs, une sorte de désespoir qui me donnait des envies de pleurer, de maudire ce virus et son cortège de mesures sanitaires dont à chaque annonce gouvernementale j'écoutais l'énoncé comme d'autres la prière des morts.

Parfois, j'étais tellement en peine que je sortais au milieu de la nuit et, au risque de me prendre une amende, allais en pèlerinage à l'entrée de mes clubs favoris. Les rideaux étaient fermés. Longtemps, je me tenais à leurs grilles et convoquais l'esprit des lieux comme si, par la seule force de ma pensée, je voulais ressusciter ce monde disparu. Hélas, rien ne se passait et je rentrais chez moi, encore plus amer et désillusionné.

Voilà à quoi a ressemblé ma vie ces derniers temps. Une lente et atroce agonie. Et oui, je n'ai pas peur de le dire mais quand tantôt j'ai entendu que les discothèques allaient enfin rouvrir, que le cauchemar était terminé, je n'ai pu m'empêcher de verser une petite larme de soulagement: après une année et demie d'absence, la fête était de retour.

Youpi.

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