Covid-19: le défi de la gestion des déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI)
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Covid-19: le défi de la gestion des déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI)

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Slate.fr

Conséquence de la crise actuelle, le nombre de déchets produits par les structures médicales et paramédicales n'a jamais été aussi important.

C'est l'une des conséquences méconnues de la crise sanitaire: le nombre de déchets produits par les structures médicales et paramédicales n'a jamais été aussi important. Masques, charlottes, blouses, gants, draps, matériels et matériaux piquants ou coupants, tests virologiques… Autant de déchets à la fois dangereux –parce que potentiellement infectieux ou blessants– et polluants, dont la gestion spécifique relève d'enjeux sanitaires, écologiques et économiques. Tous ces déchets sont regroupés sous le sigle générique de DAS pour «déchets d'activités de soin» et font, en France, l'objet de réglementations strictes.

Ceci est particulièrement vrai pour ce que l'on appelle les DASRI (déchets d'activités de soins à risque infectieux). L'article R1335-1 du Code de la Santé Publique les définit ainsi: «Déchets issus d'activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire.»

En outre, même en l'absence de risques infectieux, sont également considérés comme des DASRI tous les matériels et matériaux piquants ou coupants, destinés à l'abandon, qu'ils aient été ou non en contact avec un produit biologique; les produits sanguins à usage thérapeutique incomplètement utilisés ou arrivés à péremption; les déchets anatomiques humains non facilement reconnaissables par un non professionnel. La crise du Covid-19 a ajouté à la liste déjà longue les produits d'incontinence dans les EHPAD, dans la mesure où le virus est présent dans les selles.

Ces déchets concernent bien sûr tout particulièrement les établissements de santé (CHU, cliniques privées), les établissements médico-sociaux comme les EHPAD, les professions libérales de santé (infirmiers…), mais aussi les laboratoires d'analyse, les pharmacies et les centres de vaccinations.

Une attention toute particulière pour limiter les risques

On devine aisément que leur gestion doit reposer sur des dispositifs stricts et sécuritaires, car ces déchets représentent des risques à plusieurs niveaux: biologique (risque d'infection, risque sanitaire…) et écologique (risques de pollution des sols, de l'eau ou du réseau trophique, de participation à l'antibiorésistance, de contamination de l'environnement).

Compte tenu de ces risques inhérents à leur statut, les déchets à risques infectieux doivent donc faire l'objet d'une attention toute particulière, du bout à l'autre de la chaîne, depuis le moment où ils sont jetés jusqu'au moment où ils sont incinérés. Il en va en effet de la sécurité et de la santé des soignants, des agents de services hospitaliers, des agents de collecte et de traitement et, bien sûr, du grand public.

«Dès le début de la première vague de Covid-19, nous avons dû affronter une augmentation importante du volume des DASRI.»
Nathalie Deloffre-Bonnamour, responsable grands comptes santé chez Veolia

Cela soulève donc des défis en termes de conditionnement, de stockage, de transport, de tri et d'élimination accrus par la crise sanitaire qui, depuis mars 2020, a mis les professionnels de la gestion des déchets sous tension et a fortement impacté leurs méthodes de travail.

Nathalie Deloffre-Bonnamour, responsable grands comptes santé chez Veolia, qui collecte et élimine des DASRI depuis plus de quarante ans au service de tous les professionnels de santé (hôpitaux, cliniques, laboratoires, EHPAD, professions libérales, etc.), témoigne: «Dès le début de la première vague de Covid-19, nous avons dû affronter une augmentation importante du volume des DASRI. Cela nous a surpris, car nous pensions que les déprogrammations des soins allaient faire la balance… Or, si certaines régions ont été épargnées, le Grand Est et l'Île-de-France ont rapidement risqué d'être saturées.»

À partir de là, il a fallu s'adapter et gérer l'urgence face à cette situation inédite: «Afin d'assurer la continuité de service et d'éviter l'engorgement, aussi bien dans les établissements que dans les usines d'incinération, nous avons dû faire preuve d'une grande réactivité et nous nous sommes efforcés d'être encore plus proches des établissements afin de connaître leurs besoins en contenants, et augmenter le nombre de tournées lorsque cela était nécessaire», explique Nathalie Deloffre-Bonnamour.

Adaptation et sensibilisation

Et cela a été nécessaire –tout comme aujourd'hui, alors que nous affrontons une troisième vague. Les agences de collecte et les centres de traitement se sont rapidement adaptés, et des emplois ont été créés de manière à pouvoir travailler tous les jours, 24 heures sur 24 si nécessaire.

Tout comme dans d'autres secteurs, la synergie et l'entraide entre régions plus ou moins touchées par le virus fonctionnent à plein régime, nécessitant une logistique très précise et soigneuse: en matière de gestion des DASRI, rien ne saurait être laissé au hasard. «Nous opérons un suivi hebdomadaire et nous travaillons également de consort avec le ministère de la Santé et la Direction générale de la prévention des risques afin d'opérer une coordination et d'éviter l'engorgement», signale Nathalie Deloffre-Bonnamour.

La rigueur passe également par le sensibilisation, la formation et l'équipement adapté à tous les maillons de la chaîne. Ainsi, Veolia emploie plus de 120 chauffeurs, qui sont formés au transport des matières dangereuses, sensibilisés aux problématiques et au respect des règles d'hygiène et de sécurité, vaccinés au même titre que le personnel hospitalier et équipés de protections individuelles. Veolia dispose également d'une flotte de plus de 110 véhicules répondant aux obligations réglementaires en vigueur pour la collecte des DASRI. En outre, l'entreprise propose de la sensibilisation au tri des DAS au sein des établissements de santé où certains de ses employés sont parfois conseillers sécurité.

En bout de course, les DASRI sont incinérés dans l'une des douze usines Veolia qu'il convient d'appeler «unités de valorisation énergétique adaptées et dimensionnées pour le traitement des DASRI». En effet, tous les déchets incinérés sont revalorisés pour produire chauffage et électricité, et le traitement de la fumée en vapeur évite tout rejet négatif sur l'environnement.

Cet article vous est proposé par Slate.fr et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

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