Société

Ode à la Toussaint, car nos ancêtres sont la preuve que la vie continue

Temps de lecture : 3 min

On est peut-être un peu moins démuni·es quand on sait appartenir à une longue histoire.

Il y a quelque chose qui continue, qui s'appelle sans doute simplement la vie... | Jill Dimond via Unsplash
Il y a quelque chose qui continue, qui s'appelle sans doute simplement la vie... | Jill Dimond via Unsplash

Je ne crois pas que, chez moi, on n'ait jamais fêté la Toussaint. On allait peu au cimetière. Ou peut-être que ma mère y accompagnait ma grand-mère, pour qu'elle se recueille sur la tombe de la petite-fille qu'elle avait perdue quand elle était toute jeune. Mais, dans ce cas, je n'étais pas là.

Pourtant, j'ai le souvenir de reportages à la télé sur les gens qui allaient au cimetière. Pas les reportages actuels, où on voit une petite femme seule au milieu d'un grand cimetière désert. Non, des reportages où des familles se retrouvaient pour aller se recueillir ensemble. J'ai même l'impression de me souvenir des vitrines de fleuristes, des chrysanthèmes un peu partout.
La fête de la Toussaint existait. Je grandissais dans une famille totalement athée mais les vacances de la Toussaint, je savais que c'était les vacances avec le truc du cimetière.

Et puis, des années plus tard, il y a eu l'arrivée de Halloween que j'ai mis un point d'honneur à fêter dès 1996 –fascination pour les États-Unis oblige. J'aimais cette idée d'une fête des fantômes, une célébration du monstrueux. Depuis que j'ai des enfants, je dois avouer que je me suis lancée dans le piège du toujours mieux. Chaque Halloween monte d'un cran. L'année dernière, je leur ai organisé une sorte d'escape game dans le salon sur le thème des sorcières. Je sentais bien que j'étais en train de me piéger toute seule. Comment tenir la corde d'année en année?

Mais j'adore sentir leur excitation. Le droit de manger des bonbons pour le dîner, sortir quand il fait nuit pour sonner chez la voisine, et raconter l'histoire de Jack-o'-lantern à la lueur d'une bougie. Comme je suis une vraie mère reloue, j'insiste pour qu'ils situent cette fête dans le temps. Pas le temps du calendrier, mais le temps de la course de la Terre autour du soleil. La fête des morts, le début du froid, les ténèbres qui s'épaississent. Ensuite, il y aura le solstice d'hiver, mon préféré. Pour moi, c'est avant tout une fête des saisons.

Mais cette année, j'ai décidé d'ajouter un volet. Après l'orgie de bonbons et les déguisements du samedi de Halloween, il y aura la Toussaint, dimanche. J'aurais beaucoup aimé les emmener dans un cimetière, mais ceux de la famille sont trop loin.

Le chaos des événements

Alors, j'ai commencé à demander autour de moi des photos des ancêtres. Je les colle sur des feuilles vierges que je vais scotcher entre elles. L'idée est de pouvoir déplier l'ensemble, assez conséquent, pour leur montrer leur arbre généalogique, en remontant sur les générations pour lesquelles on dispose de photos. Il y aura des trouées blanches bien sûr. Et ces trous disent autant de choses que les branches qui regorgent de photos.

Elles disent pour certains l'assistance publique, pour d'autres, la fuite lors de persécutions. Et puis, les dates. Et tiens, regarder qui a connu la Deuxième Guerre mondiale. La première. Qui avait quel âge à ce moment-là. Les déplacements à travers la France et l'Europe. Tous ces visages en noir et blanc qui leur sont inconnus et qui les précèdent. Je n'aurais pas envisagé de le faire les autres années parce qu'ils étaient trop petits.

Mais cette année, il y a aussi l'idée, l'envie, le besoin d'inscrire ce que nous vivons dans une histoire. Parce que ce que nous vivons est exceptionnel et que l'histoire ordonne le chaos des événements marquants. J'ai envie et besoin de mettre notre présent dans l'histoire et dans leur histoire familiale. Parce que s'inscrire dans cette histoire est rassurant. Parce qu'on est moins seul·es et peut-être moins démuni·es quand les ancêtres existent. Parce que tout cela n'est qu'un moment et qu'il passera.

Malgré la pandémie, malgré les attaques, il y a quelque chose qui continue, qui s'appelle sans doute simplement la vie, et dont leurs ancêtres sont la preuve. Ils ont participé à des guerres, vécu des épidémies, fait tourner la ferme, le magasin, ils ont bossé, rigolé, aimé, désaimé, et ils ont eu des bébés qui ont fait pareil, et je trouve cela intensément réconfortant.

Je ne sais pas si mes enfants comprendront tout cela. Je sais déjà qu'ils vont jouer avec ces grandes feuilles collées. Qu'ils vont faire des blagues sur des têtes ou des prénoms bizarres. Mais peut-être qu'ils se coucheront un peu plus légers ensuite, un peu plus conscients d'appartenir à une longue histoire et que tout cela finira par passer.

Bref, j'ai envie de fêter la Toussaint.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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