Société / Monde

Le Sri Lanka oblige les familles musulmanes à incinérer leurs morts du Covid-19

Temps de lecture : 2 min

Une décision prise au mépris des directives de l'OMS et qui va à l'encontre des rites funéraires islamiques traditionnels.

Sur les quatre personnes décédées du COVID-19 au Sri Lanka, deux étaient musulmanes et ont été incinérées. | Ishara S.Kodikara / AFP
Sur les quatre personnes décédées du COVID-19 au Sri Lanka, deux étaient musulmanes et ont été incinérées. | Ishara S.Kodikara / AFP

Le 31 mars dernier, quand le ministère de la Santé du Sri Lanka a publié la procédure obligatoire à suivre pour les personnes succombant au Covid-19, la communauté musulmane du pays a été choquée. Désormais, toute victime devra être incinérée, ce qui est en totale contradiction avec les rites funéraires islamiques.

Selon la tradition religieuse, toute personne d'obédience musulmane doit avoir droit avant son enterrement à sa prière funéraire, appelée Janaza. Cette dernière s'accompagne d'un rituel précis, où le corps du défunt est d'abord lavé, la tête dirigée vers La Mecque avant d'être enveloppé dans un linceul blanc. Avec cette nouvelle directive du gouvernement sri lankais, laver la dépouille est interdit et l'incinération doit se faire dans les vingt-quatre heures qui suivent le décès.

Selon le média Al Jazeera, deux des quatre personnes décédées du Covid-19 au Sri Lanka étaient musulmanes. Elles ont été incinérées, au grand désespoir de la communauté musulmane et des organisations internationales, dont Amnesty international, qui y voit un moyen de faire pression sur cette minorité religieuse. Les tensions avec la majorité bouddhiste se sont exacerbées ces dernières années, notamment depuis les attaques terroristes islamistes d'avril 2019 qui ont fait plus de 250 morts.

À l'encontre des directives de l'OMS

Si le gouvernement justifie cette décision d'un point de vue sanitaire, pour contenir la propagation du virus qui a déjà contaminé plus de 150 personnes sur l'île, les militant·es musulman·es rappellent que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que l'enterrement et l'incinération des morts de la maladie sont tous deux possibles.

«Les directives émises par l'OMS sont appliquées par la Grande-Bretagne, la plupart des pays européens, Singapour, Hong Kong et toutes les nations musulmanes (sauf le Sri Lanka)», s'est insurgé au micro d'Al Jazeera le vice-président du Conseil musulman du Sri Lanka, Hilmy Ahamed.

Le gouvernement sri lankai a préféré suivre l'exemple de la Chine, qui a pris la décision le 1er février de ne pas enterrer les personnes décédées du virus, mais plutôt de les incinérer immédiatement.

En Europe, bien que l'enterrement soit toujours une option, l'incinération aurait de plus en plus la faveur des familles des défunt·es, de peur d'attraper le virus. C'est le cas notamment au nord de l'Italie, où les incinérations atteignent les 50 à 60% des cas, selon VOA News. Autrement dit, pour 100 décès, près de 60 incinérations sont demandées.

Dans l'Hexagone, le mode de sépulture choisi par le défunt reste respecté, mais les toilettes rituelles, juive ou musulmane ne sont plus possibles. La mise en bière doit quant à elle être immédiate en cas d'inhumation, et se faire sans cérémonie, ni passage en chambre funéraire.

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