Économie

Un prix Nobel d'économie s'inspire de Burning Man

Temps de lecture : 2 min

Paul Romer, le dernier lauréat en date, conseille de prendre le festival pour modèle afin de prévoir l'urbanisation du futur.

Le désert de Black Rock dans le Nevada, terre d'accueil du Burning Man depuis 1986. | Denys Nevozhai via Unsplash
Le désert de Black Rock dans le Nevada, terre d'accueil du Burning Man depuis 1986. | Denys Nevozhai via Unsplash

Installé en plein désert du Nevada, le festival Burning Man est unique en son genre, avec son village éphémère composé d'allées concentriques et de ronds-points symétriques. Paul Romer, économiste américain et lauréat du prix Nobel d'économie en 2018, s'y est rendu pour s'inspirer de son modèle d'aménagement urbain.

«Sa structure est comparable à celle d'autres villes. Excepté qu'à sa façon, elle ne ressemble à aucune autre», observe Paul Romer. Le festival s'y installe tous les ans pendant une semaine à cheval entre août et septembre. Le village sort de terre quelques semaines avant le début des festivités et peut accueillir environ 70.000 personnes. Un exemple tout trouvé pour anticiper une vague d'urbanisation massive.

D'ici à 2050, les métropoles des pays en voie de développement devraient accueillir au total 2,3 milliards de personnes supplémentaires. «Le monde a besoin de plus d'urbanisation à la Burning Man», affirme-t-il. Il s'appuie également sur l'exemple de Manhattan. Le plus dense des arrondissements de New York est reconnaissable à son quadrillage de rues perpendiculaires. Cet aménagement urbain a été mis en place en 1811, juste avant un bon en avant démographique.

Moment charnière

L'exode rural dans les pays développés a atteint son apogée. Durant ce siècle, la même migration de masse suivra son cours dans le reste du monde et les villes devront se préparer en amont. Sous peine de devoir dépenser plus tard beaucoup d'argent pour créer des artères, un service de transports en commun, un système de collecte de déchets, des parcs publics et une connectivité basique.

«Pour faire dans le grandiose, c'est un moment vraiment unique dans l'histoire de l'humanité. Nous sommes susceptibles de décider dans ce laps de temps l'environnement dans lequel les gens vivent pour toujours», s'enthousiasme l'économiste. Son conseil pour les gouvernements est de faire ce que Burning Man fait tous les étés: implanter le réseau routier, séparer les espaces publics des espaces privés et laisser de la place pour le reste. Le libre marché prend le relais.

Le prix Nobel est assez critique envers ses propres collègues: «J'ai bien peur que les économistes aient vraiment contribué à ce problème. Toute cette idéologie qui dit que le gouvernement est mauvais et que c'est lui le problème a, je pense, offert une ouverture aux riches particuliers et aux riches entreprises pour profiter des choses à leur propre avantage», assène Paul Romer.

Dans son discours de remerciements, le prix Nobel a enjoint avant tout aux responsables politiques de créer des villes viables. «Si nous laissons passer cette occasion, l'opportunité ne se représentera plus.»

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