Santé / Société

Vouloir stopper vos règles ne fera pas de vous une anti-féministe notoire

Temps de lecture : 2 min

Vous pouvez prendre la pilule en continu, sang peur et sang reproche.

Le maintien d'une semaine de règles entre deux prises de pilule a été instauré pour plaire à un homme bien particulier. | Tim Marshall via Unsplash
Le maintien d'une semaine de règles entre deux prises de pilule a été instauré pour plaire à un homme bien particulier. | Tim Marshall via Unsplash

En mai 2019, est réédité l'éloquent Ceci est mon sang d'Élise Thiébaut. Combinant leur dimension mythologique –naturelles mais cachées, elle purifient notre corps tout en restant impures–, scientifique –l'endométriose est toujours sous-diagnostiquée– et politique, l'autrice accuse une vision des règles qui a toujours eu pour objectif d'exclure les femmes de la société et montre qu'il est temps de se réconcilier avec elles. Comment envisager, dans ce contexte d'acceptation des menstruations, la volonté de certaines de s'en débarasser totalement?

En janvier, la Faculté de santé en matière de sexualité et de reproduction du National Health Service (NHS) britannique avait dévoilé que la pause de sept jours pendant laquelle vous avez vos règles n'est en réalité pas nécessaire. Ne pas la respecter n'aura aucune conséquence sur votre santé. En revanche cette interruption diminuera vos règles parfois même jusqu'à les arrêter. Si certaines femmes le faisaient déjà pour éviter de souffrir de symptômes prémenstruels, c'est désormais officiel: il n'existe pas de contre-indication à prendre la pilule en continu.

Adieu la gêne et la douleur

Les raisons ne manquent pas. Selon un sondage du gouvernement britannique, les règles incommodent la moitié des femmes entre 16 et 64 ans et les trois quarts de celles qui sont âgées de 16 à 24 ans. Arrêter ses règles hormonalement semble aller à contre-courant d'une certaine culture féministe.

Nicola Davis, journaliste au Guardian, met les choses au clair: il est essentiel de lever le tabou sur les règles, de les afficher fièrement comme la coureuse Kiran Ghandi ou de rendre les protections plus accessibles pour lutter contre la précarité menstruelle. Ces actions ne font pas pour autant oublier la douleur, les ballonnements, les migraines voire l'endométriose, maladie chronique qui, rappelons-le, touche une femme sur dix.

«J'avais des règles extrêmement abondantes. [...] Ne plus les avoir a été une bénédiction.» «Mes règles n'étaient pas particulièrement douloureuses. C'était juste gênant et un beau bordel. Comme les produits hygéniques sont chers, c'était un beau bordel hors de prix.» Les témoignages abondent pour souligner les bénéfices qu'il y a à arrêter ses menstrues.

D'autant que la pilule a été conçue pour faire plaisir à un homme. En imitant le cycle naturel, l'inventeur de la pilule combinée John Rock a pensé que le pape l'accepterait mieux. Comme le souhaite Élise Thiébaut, il faut nous réconcilier avec nos règles. Pourquoi pas en s'en passant purement et simplement?

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