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À Shanghai, on ne plaisante (vraiment) plus avec le tri des déchets

Temps de lecture : 2 min

Des amendes pour les mauvais·es élèves et des heures à respecter, la métropole chinoise met les bouchées doubles en matière de recyclage.

Déchets humides (nourriture), déchets secs (résiduels), déchets toxiques et déchets recyclables, voici la répartition pour le tri sélectif dans la ville. | Paweł Czerwiński via Unsplash
Déchets humides (nourriture), déchets secs (résiduels), déchets toxiques et déchets recyclables, voici la répartition pour le tri sélectif dans la ville. | Paweł Czerwiński via Unsplash

«Quelle genre d'ordure êtes-vous?» Ce n'est ni une réplique de film, ni une agréable invective à quelques présidents de la République, mais bien la question que se posent tous les jours les habitant·es de Shanghai devant les quatre poubelles installées suite à la nouvelle réglementation sur le tri séléctif instaurée le 1er juillet.

Ils sont quatre: déchets humides (nourriture), déchets secs (résiduels), déchets toxiques et déchets recyclables. Simple, non?

Quelques complications toutefois: un os de poulet ira dans le bac humide, quand un os de cochon ira dans le bac sec. Les horaires strictes de dépôt des ordures, sous l'œil vigilant de sentinelles, ne facilitent pas non plus la tâche.

Et gare aux mauvais·es élèves: 200 yuans d'amende (environ 25 euros) pour les individus, 500.000 (65.000 euros) pour les entreprises et pour les récidivistes, en plus de la possibilité de voir son image sociale impactée.

Cette actualité a été le sujet le plus commenté ces deux dernières semaines sur Weibo –le Twitter chinois: «Les résidents de Shanghai deviennent fous avec le tri des ordures.» Et c'est peu dire: une femme aurait tenté d'étrangler une volontaire qui lui expliquait comment trier.

Écologie totalitaire

«Écolo-dictature», «despotisme environnemental». C'est en ces termes que Geoffrey Chun-fung Chen, professeur au département des énergies renouvelables à l'université de Suzhou, désigne au Guardian cette nouvelle réglementation sur le tri sélectif. Il faut dire aussi que la Chine excelle dans ce genre de réforme venue d'en haut.

À Shanghai, en la matière, il y a de quoi faire. Dans la ville, on compte 22.000 tonnes de déchets par jour –à titre de comparaison, ce chiffre s'élève à 3.000 tonnes à Paris. La réglementation adoptée par la métropole chinoise a le mérite d'avoir un impact positif sur le long terme dans ce pays qui jette 80 milliards de baguettes par an.

Geoffrey Chun-fung Chen affirme que cette dictature écologique est «une étrange forme de gouverner, mais quelque part très efficace». C'est d'ailleurs le président Xi Jinping lui-même qui a exhorté les gouvernements locaux à agir sur la gestion des déchets, dans la veine de «la nouvelle mode» du tri analyse le professeur.

Mais c'est loin d'être l'apanage de l'ensemble de la population. «De nombreux habitants ont peur d'être punis par ces nouvelles mesures. Mais on ne leur a pas expliqué que c'était mieux pour l'environnement», poursuit Geoffrey Chun-fung Chen.

En attendant, pour éviter la sanction, les habitant·es de Shanghai ont trouvé une infaillible méthode: la règle du cochon. Si un cochon peut manger le déchet, c'est la poubelle humide. S'il ne peut pas, direction poubelle sèche. Et, si l'animal a des chances de mourir en l'ingurgitant, c'est poubelle toxique.

Quant à vous, si vous pouvez revendre votre déchet et acheter un cochon avec l'argent récupéré: poubelle recyclable. Faites-en bon usage.

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