Le sexe est un aussi grand mal que la cigarette, voudrait faire croire aux jeunes l'association des Droits des Non Fumeurs avec sa nouvelle campagne anti-tabac. Les trois affiches montrent un(e) adolescent(e), a genoux devant un adulte habillé, une cigarette en bouche. La cigarette presse contre l'entrejambe de l'homme, suggérant que fumer équivaut a pratiquer une fellation. De l'homme, on ne voit qu'un bout de costume ou de pantalon, et une main, qui appuie sur la tète de l'adolescent(e) pour l'encourager a la fumette/la pipe.
Au cas où comparer la cigarette à la pipe n'était pas assez absurde, le slogan annonce que «Fumer, c'est etre l'esclave du tabac». Apparemment, donc, pas de fellation sans domination.
Cette assimilation n'a pas plu aux Chiennes de Garde, qui se sont plaintes de l'analogie entre le sexe et une addiction nuisible. L'agence de pub a l'origine de l'affiche a répondu dans le JDD que la campagne ne comparait pas «les registres. Le but est simplement de dire: 'Vous êtes en train de vous soumettre à la cigarette'. Il n'y a pas d'analogie entre le sexe et le tabac».
La pub fait immédiatement penser qu'il s'agissait de soumission sexuelle: le costume de l'homme, l'air jeune et pas tout a fait rassuré des adolescents - tout évoque un viol. Dans une interview à 20 Minutes, l'agence de pub a cette fois assuré qu'il ne fallait pas y voir de démonstration de force. «Ce que nous montrons n'est pas un viol, c'est une fellation», a-t-il dit. Le jeune est majeur et «accepte docilement de se soumettre à l'adulte, comme lorsqu'il fume», a-t-il affirme, avant d'ajouter que «rien ne prouve qu'il accomplit cet acte contre son gré».
Récapitulons. Les publicités montrent des jeunes pratiquant une fellation avec une cigarette en guise de pénis. Mais il n'y a pas d'analogie entre le sexe et le tabac. Les adolescents semblent jeunes et innocents, et une main appuie sur leur tête tandis que le slogan parle soumission et esclavage. Mais, hé, il n'y a pas d'analogie entre viol, fellation, et tabac. Ça mérite bien une pause clope, non?
Cécile Dehesdin[Lu sur Slate.com]