Société

Gilets jaunes: le retour du Français moyen, très moyen

Temps de lecture : 3 min

[Blog, You will never hate alone] Cette fois c'est l'essence. La fois prochaine, ce sera le papier-cul. Ou l'abonnement au câble.

Des «gilets jaunes» à Nice le 15 novembre 2018 | Valery Hache / AFP

Ce n'est un secret pour personne mais le Français est de nature gueulard. Métaphysiquement insatisfait, philosophiquement râleur, psychologiquement malheureux, il traîne sa mauvaise humeur aux quatre coins de l'Hexagone. Rien ne va jamais. Tout part toujours en couilles: le pays, l’identité nationale, la jeunesse, les politicards, les élites mondialisées, les gens qui nous gouvernent qu'ils soient de droite, de gauche, du centre, les petits branleurs de la cité d'en face, les connards de tout bord qui empêchent les honnêtes travailleurs de vivre de leur labeur. Les étrangers qui n'en foutent pas une et s'empiffrent à nos dépends. Les assistés de tout poil qui se sucrent sur le dos des contribuables. Les glandouilleurs de travailleurs immigrés qui envoient tout leur blé au bled et vivent entre-temps des aides sociales. Alors que nous, c'est marche ou crève.

Tout pour les autres, rien pour ma gueule.

Cette fois c'est l'essence. La fois prochaine, ce sera le papier-cul. Ou l'abonnement au câble. Tous ces trucs décidés dans les ministères juste pour emmerder le peuple pendant que ces messieurs de la haute administration s'en mettent plein les fouilles. Tandis que nous, on crève debout. Oui, on crève. On n'en peut plus. On est à bout. Le frigo est vide, les moutards agonisent de faim, le clébard n'a plus à rien à béqueter, on n'arrive même plus à se chauffer, tout augmente, le coût de la vie, les prix des espadrilles, la part de pizza, la portion de Reblochon, la bouteille de rosé.

C'est la fin du monde, la fin des haricots, le début de la fin. Le matraquage fiscal, le matraquage tout court. Tout le temps. On en a marre. Marre, vous comprenez cela? Les impôts par-ci, les radars par-là, les taxes tout au long de l'année. Ras-le-bol. On veut notre mort, c'est pas possible autrement. La mort du peuple français. La strangulation du coq gaulois. La pendaison de la vache charolaise. Et pendant ce temps-là, à Paris, à Bruxelles, ces cochons de haut fonctionnaires ventripotent comme des porcs avec leur voiture de fonction, leur secrétaire particulière, leur bouteille de champagne au petit-déjeuner. Des enflures. Tandis que nous on trime, on tire la langue, on bosse nuit et jour sans que pour autant nos conditions de vie s'améliorent.

La France des aigris, des rassis, des mécontents de tout poil, de tout bord, de tout horizon. La France cocardière, la France qui rouspète comme d'autres p..ent, la France xénophobe, nationaliste, pas raciste pour un sou même si, il faut bien le reconnaître, on est de moins en moins chez nous. La France éternelle, poisseuse, ringarde, poujadiste, pétainiste, souverainiste, trumpiste. La France complotiste, zémmouriste, calculatrice. La France du repli, du chacun chez soi, du dénigrement permanent. La France du «tous pourris sauf moi et maman». La France du «c'était mieux avant».

La vieille, la très vieille France. Qui crève de peur. Qui rêve d'autorité, de rétablissement de la peine de mort, qui n'a que le mot sécurité à la bouche. Qui trouve que Poutine sait y faire. Que Trump n'a pas raison sur tout mais que quand même, sur le fond, il n'a pas complètement tort. Qui veut des barbelés, des miradors à chaque carrefour parce que les étrangers, les migrants sont là, prêts à débarquer, à nous envahir, à nous chasser de chez nous. Qui trouve qu'on leur cache la vérité. Qu'on ne leur dit pas tout. Que les journalistes, ces vendus logés dans des palaces parisiens, passent leur temps à mentir, complices des politiques parisiens qui ne comprennent rien à la réalité du pays.

La France des beaufs, des Dupont-la joie, des Bigard, de Jacquie et Michel, de Nadine Morano, la France vulgaire et grossière, la France qui au fond n'en a strictement rien à foutre de la France qui souffre vraiment, des sans-logis, des itinérants, des précaires, des enfants mal-nourris, des familles décomposées qui s'épuisent à rester dignes malgré le chômage, la pauvreté vraie, la mise à l'écart, la vie dans les taudis que personne ne veut voir.

La France sous son jour le plus blafard.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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