Monde

Combien y a-t-il de physiciens nucléaires en Iran?

Temps de lecture : 2 min

En assassiner quelques-uns peut-il arrêter un programme d'armement?

Le gouvernement iranien accuse les États-Unis d'avoir organisé l'assassinat d'un physicien nucléaire, Massoud Ali-Mohammadi, mardi 12 janvier à Téhéran. L'Iran accuse également les États-Unis d'avoir enlevé un autre scientifique spécialisé dans le même domaine, qui a disparu au cours d'un pèlerinage en Arabie Saoudite. Cependant, certains indices laissent à penser qu'Ali-Mohammadi a été victime d'assassins iraniens, qui l'auraient pris pour cible du fait de son soutien à l'opposition et notamment au mouvement étudiant. Partons néanmoins de l'hypothèse selon laquelle des puissances occidentales essaient réellement d'éliminer les scientifiques iraniens. En tuer ou en capturer une poignée suffirait-il à mettre fin au programme d'armement nucléaire que la République islamique est soupçonnée de mener?

C'est possible. Avant toute chose, il faut rappeler que l'on dispose de très peu d'informations sur l'organisation et le fonctionnement internes du programme iranien d'enrichissement d'uranium. Mais les spécialistes de la question s'accordent pour évaluer à plusieurs milliers le nombre de personnes impliquées à des degrés divers dans ce projet. Parmi celles-ci, seules une cinquantaine ont un rôle vital. Une bombe bien placée pourrait donc entraîner des retards importants, mais sans doute pas l'arrêt définitif du programme. Dans cette optique, la meilleure cible serait probablement Mohsen Fakhrizadeh-Mahabadi, un officier de la Garde révolutionnaire qui enseigne la physique à l'Université Imam Hussein, et que les services de renseignement occidentaux soupçonnent de diriger le programme nucléaire.

Sur les milliers de personnes évoquées plus haut, la plupart jouent un rôle secondaire. Il s'agit de techniciens, de professeurs de science ou d'ingénieurs consultés de manière ponctuelle, et peut-être de quelques ressortissants étrangers. A ce titre, en octobre, le premier ministre israélien a communiqué au Kremlin une liste de scientifiques russes soupçonnés d'aider l'Iran à fabriquer des ogives nucléaires.

Et sur la cinquantaine de personnes jouant un rôle prépondérant, la majorité doivent être des ingénieurs, plutôt que des physiciens comme Massoud Ali-Mohammadi, puisque les Iraniens rencontrent très certainement des difficultés au niveau de la conception plutôt qu'au niveau de la compréhension théorique. Ces ingénieurs pourraient travailler sur des problèmes pressants et très concrets, comme par exemple la miniaturisation des ogives, condition première à leur embarquement sur des missiles balistiques.

Cependant, même s'il est impossible de prouver l'implication des États-Unis ou d'Israël dans la mort de Massoud Ali-Mohammadi, il ne faut pas oublier qu'Israël a très probablement commandité d'autres assassinats destinés à interrompre des programmes d'armement. Avant le bombardement, en 1981, du réacteur Osirak par l'armée israélienne, trois scientifiques irakiens étaient morts dans des circonstances mystérieuses. Or il est quasiment de notoriété publique que les services israéliens sont responsables de ces décès inexpliqués.

De même, l'agence de renseignement privée Stratfor a formulé l'hypothèse selon laquelle, en janvier 2007, des agents du Mossad auraient assassiné le Dr Ardeshire Hosseinpour, un physicien qui travaillait dans une usine produisant de l'hexafluorure d'uranium et située à Isfahan, en Iran. Pourquoi le Mossad se serait-il attaqué à des scientifiques plutôt qu'à des ingénieurs? Il y a deux explications possibles. Il est bien plus facile d'identifier un physicien et de suivre ses travaux grâce à ses publications académiques. Et, en général, ce sont des scientifiques qui occupent les postes de supervision des programmes d'armement.

Juliet Lapidos

Traduit par Sylvestre Meininger

LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJET: La guerre secrète entre Israël et l'Iran.

Image de Une: La centrale nucléaire iranienne de Bushehr Reuters

Newsletters

L'appel de la forêt peut-il être une réponse à la crise écologique?

L'appel de la forêt peut-il être une réponse à la crise écologique?

Dans son livre «À l'est des rêves», l'anthropologue Nastassja Martin, qui a passé des années à étudier les peuples nomades éleveurs de rennes de l'Extrême-Orient russe, ouvre une réflexion sur les réponses à la crise et sur le récit qui en sera fait.

Un homme épouse deux femmes le même jour et relance le débat sur la polygamie en Algérie

Un homme épouse deux femmes le même jour et relance le débat sur la polygamie en Algérie

Cette pratique existe toujours dans le pays, même si elle tend, sous l'effet des nouvelles législations, à baisser.

En envahissant l'Ukraine, la Russie a commis les mêmes erreurs que l'Allemagne nazie face à l'URSS

En envahissant l'Ukraine, la Russie a commis les mêmes erreurs que l'Allemagne nazie face à l'URSS

L'opération Barbarossa, lancée en 1941, est pourtant l'une des plus étudiées dans les académies militaires russes, car elle faillit causer la perte de l'Union soviétique.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio