Monde

Instagram et Facebook lâchent Kadyrov

Léa Polverini, mis à jour le 27.12.2017 à 18 h 26

Deux jours à peine après avoir été reconnu coupable de violation des droits humains par les États-Unis, les comptes Instagram et Facebook du président tchétchène ont été suspendus. Il dénonce l'influence de Washington.

Kadyrov et un tigre | Capture d'écran de feu son compte Instagram (@Kadyrov_95).

Kadyrov et un tigre | Capture d'écran de feu son compte Instagram (@Kadyrov_95).

Les photos d'un Poutine baroudeur –ici posant avec un tigre, là traversant la Sibérie à cheval– avaient fait le tour du monde et engendré leur lot de parodies. On connaît moins celles de son poulain Kadyrov, qui se faisait pourtant fort d'exhiber sur son compte Instagram tous les attributs de sa virilité, se mettant en scène en guerrier tchétchène redoutable.

L'Obs y consacrait un article un peu plus tôt dans l'année, présentant ce chef d'État paré d'une cotte de mailles ou d'un blouson de cuir, soulevant des altères ou un crocodile, caressant un tigre ou une kalachnikov.

Las, ce temps de la propagande mi-chèvre mi-chou n'est plus. Ou du moins est-il suspendu, à l'instar des comptes Instagram et Facebook du président, depuis le 23 décembre.

Demande d'explications de la Russie

Incontinent, Ramzan Kadyrov s'est fendu d'un message sur Telegram accusant Washington d'être derrière la manoeuvre, avant de se présenter comme bon père des peuples:

«Ils voulaient provoquer mon indignation mais ils se trompaient, et c'est la seule chose qui me satisfait dans les mesures prises par Instagram et ses patrons de la Maison-Blanche. J'avais déjà prévu de quitter ce réseau. Mais je pensais que je pourrais décevoir mes amis et mes supporteurs, comme j'ai plus de 4 millions d'abonnés sur Instagram et Facebook.»

Étant resté jusque-là sans réponse de la part du support d'Instagram, sa demande d'explications a été appuyée par le Roskomnadzor (le Service fédéral de supervision des communications, des technologies de l'information et des médias de masse russe), qui a écrit à son tour à Facebook.

Leonid Levin, à la tête du comité de la politique de l'information, de la technologie de l'information et des communications à la Douma, a évoqué la possibilité d'ouvrir une enquête si ces suspensions relevaient de la «censure»:

«Nous préférerions que cela ne soit pas une restriction de la liberté d'expression et d'information, décrite à plusieurs reprises par divers activistes des droits humains et de représentants d'une communauté qui ont laissé entendre que Facebook pourrait abuser de son droit à restreindre l'accès aux pages de certains utilisateurs.»

Présent sur plusieurs réseaux sociaux (à ses plus de 3 millions d'abonnés Instagram et 750.000 Facebook s'ajoutent ceux de VKontakte, Twitter et Telegram), le président tchétchène alimente plus ou moins régulièrement ses comptes d'invectives contre les États-Unis et d'éloges de Poutine.

Sur Telegram, il a annoncé le lancement d'un nouveau réseau social, Mylistory, sur lequel il postera «toutes les actualités importantes comprenant des photos ou des vidéos»«En cela, l'accès pour les employés des États-Unis n'est possible qu'avec l'approbation du ministère russe des Affaires étrangères et la direction de Tchétchénie», a-t-il ajouté.

Aux origines des sanctions américaines

D'après Radio Free Europe/Radio Liberty, l'une des dernières vidéos postées sur Instagram par Kadyrov était au sujet de la loi Magnitsky, votée en 2012 par le Congrès américain.

Portant le nom de Sergei Magnitsky, un avocat russe mort en prison dans des circonstances obscures, la loi prévoyait des sanctions contre une liste de fonctionnaires russes responsables de violations des droits humains. En 2016, le Global Magnitsky Act passait à son tour, autorisant la branche de l'exécutif à interdire des visas et appliquer des sanctions individuelles aux personnes visées.

Deux jours avant la suspension des comptes de Kadyrov, le département du Trésor des États-Unis le reconnaissait responsable de «meurtres extrajudiciaires, torture ou autres grosses violations des droits humains reconnus internationalement», juste avant de publier une liste de 49 autres officiels sanctionnés.

Kadyrov s'est notamment rendu célèbre en couvrant la purge des homosexuels en Tchétchénie, qui se poursuit toujours. Le 1er avril 2017, le journal d'opposition Novaïa Gazeta dénonçait une forte vague de répression des personnes LGBT+, arrêtées par la police, placées en détention, torturées ou tuées, au mieux forcées de fuir.

Kadyrov déclarait alors qu'il n'y avait pas de gays dans son pays et que si tel était le cas, il s'agirait de les repousser loin de son peuple pour «purifier le sang» des Tchétchènes.

Léa Polverini
Léa Polverini (13 articles)
Journaliste
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