Culture

Le meilleur des pires comédies françaises de 2017

Daniel Andreyev, mis à jour le 22.12.2017 à 11 h 29

«Problemos» restera à jamais gravé dans nos coeurs.

Blanche Gardin dans le film Problemos l Capture d'écran

Blanche Gardin dans le film Problemos l Capture d'écran

Sept ans. Voilà sept années que je regarde, archive et me remémore les comédies françaises. Sept ans que je vois défiler la quasi totalité des comédies produites en France.

C’est aussi la première bougie que souffle le podcast MDR que j’anime avec une bande d’amis et camarades de jeux. On y parle, analyse et finalement très souvent on se marre avec les comédies françaises. C’est hebdomadaire, je vous recommande d’écouter, on s’amuse toujours, même quand la comédie n’est pas bonne. C’est le principal.

Retour à notre meilleur du pire de 2017, soit une cinquantaine de films pour en sélectionner 25 pour cet article (aussi en podcast ci-dessus). Salut à vous Mes trésors, Mon poussin ou encore Sous le même toit, portés disparus, jamais arrivés au panthéon des comédies françaises. C’est une année riche en nouveautés puisqu’il y a finalement peu de suites. Le cru 2016, c’était quand même les Camping 3, le comeback des Visiteurs et autres multiples de Tuche. On distingue quelques tendances.

Mention spéciale pour Christian Clavier

Tout d’abord les comédies axées autour du mensonge ont toujours la cote. Faut pas lui dire, l'Embarras du choix, Jour J, Loue-moi, Baby Phone ou encore Alibi.com dont le titre même est dédié au pipeau. La deuxième, c’est la disparition progressive des romcom au profit d’autres styles. Il y a désormais les «vanity projects» comme on les appelle aux USA. Des projets basés peu ou prou sur la vie de leurs auteurs, comme Bad Buzz d'Éric et Quentin, Rock’n Roll de Guillaume Canet ou C’est tout pour moi de Nawell Madani. Dans le genre comédie dramatique douce amère qui essaye de pomper les twists à la Woody Allen, Monsieur et madame Adelman qui commence par les funérailles larmoyantes de son auteur Nicolas Bedos est le pompom de l’égo transposé sans filtre à l’écran. «Tu vois quand j'ai commencé, j'avais la tête d'un acteur qui écrivait des livres. Maintenant j'ai vraiment la tête d'un type qui écrit des livres.» On pleure, parce que c’est beau.

Une spéciale pour Johnny, deux films au compteur cette année. Car le vainqueur de cette édition, c’est sans conteste Christian Clavier. Quatre films en 2017, cinq en 2018, il est inarrêtable. Franchement, à ce niveau, je crois qu’il pense qu’il a attrapé l’étoile dans Mario, il se croit invincible. Alors en hommage à cet acteur formidable qui va finir par imploser, voici un petit montage pour saluer sa dithyrambique année.

 

 

Merci encore à l'inénarrable Stéphane Bouley, mon partenaire de podcast à Super Ciné Battle pour avoir une fois de plus mis en images nos pires angoisses.

Voici donc le bilan, il se lit du meilleur film au pire (et pour relire les tops des années précédents, voici ceux de 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016). Merci de me lire depuis un septennat. Et maintenant, place aux meilleurs du pire.

25.Problemos

Futur film culte

Problemos, comédie de l’année, bide au box-office: il y a comme une injustice qui va lui coller à la peau pour toujours. Film maudit, après tout, c’est un cas de figure finalement assez classique. Il serait criminel de ne pas reconnaître la fraîcheur de l’écriture de cette comédie et sa volonté de prendre à bras le corps des sujets compliqués. L’histoire d’un mec qui emmène sa famille dans une ZAD, menacée par la construction d’un parc aquatique. Loin de Babylone, les hippies, les profs de yoga bio et les alter-quelque chose y refont la société jusqu’à ce qu’un évènement les bouleverse.

L’humour d'Éric Judor (qui réalise) est presque en retenue face à la griffe implacable de Blanche Gardin (qui co-écrit avec Noé Debré). Le timing méticuleux de l’un, les textes hilarants des autres et un miracle se produit. Ce qui aurait pu n’être qu’une banale charge anti-bobo de Valeurs Actuelles devient une satire mordante. Certains disent qu’il y a une cassure dans le film et c’est vrai, Problemos embarque sa deuxième moitié sur un rythme différent. Mais l’ensemble de ses qualités va bien au-delà de la somme de ses défauts. Et puis Blanche Gardin pourrait lire le bottin tant elle est désopilante. C’est non seulement la meilleure comédie française de l’année mais aussi un des meilleurs films français de 2017.

24.La Colle

 

 

 

Le bijou caché de 2017

Deux étoiles «presse», trois de la part des spectateurs, voilà ce qui s’appelle un headshot d’Allociné. C’est vrai que l’idée de mélanger Breakfast Club et Un jour sans fin pouvait énerver et d’ailleurs, la bande-annonce ne joue pas vraiment en sa faveur. Benjamin se retrouve puni. Le problème, c’est que ses heures de colle se transforment en boucle temporelle qui reprend à chaque fois au début. Simple, déjà vu et pourtant bien efficace. La plupart des jeunes acteurs du casting, plein de nouvelles têtes, sont parfaits et même Thomas VDB est étonnamment touchant en pion délétère et sadique. Il y a aussi dans La Colle la volonté d’utiliser la bande dessinée d’une manière originale et pointue, comme un véritable vecteur narratif et pas seulement comme une passion pour geeks, comme c’est souvent le cas dans les comédies qui ne maîtrisent pas le sujet. De toute évidence, La Colle est justement très travaillé, maîtrisé et finalement assez attachant.

23. Santa et cie

In Chabat we trust

Si un jour on nous avait dit qu’on reverrait une référence à Red is dead dans une comédie sur le Père Noël.

Les lutins fabriquant les cadeaux des enfants à Noël tombent tous malade. Face à cette épidémie, Santa se rend d’urgence sur Terre. Mais là, il a un petit problème de rennes. Il se gare à côté du Moulin Rouge où il va découvrir une petite famille et finalement «les gens réels». Il y a quelque chose de génial de faire une comédie de type «fish out of the water», à la Visiteurs mais avec le Père Noël. Il ne sait pas ce qu’est l’argent ou n’a jamais vu d’enfants qui ne soient pas endormis. Quand on sait que ce Père Noël à la tête de Karl Marx n’est autre qu’Alain Chabat, c’est encore mieux.

 

Alain Chabat décide de faire un film de Noël qui soit à la fois accessible par les plus petits et aux parents. Avec son deuxième niveau de lecture, Santa et Cie peut être regardé par les plus grands. C’est un peu l’esprit d’un Pixar mais avec l’attitude du magazine Pilote. Ce film confirme, une fois de plus que Chabat est le digne héritier de l’humour de Goscinny et de Gotlib. Et puis heureusement qu’il est là pour penser aux films pour enfants, comme ça les parents s’évitent au moins une diffusion des Minions cet hiver.

22. Aurore

La ménopausexploitation

Une des tendances de l’année, c’est les comédies sur la crise de la ménopause. Cela permet à de grandes actrices de se lâcher dans des rôles pas forcément évidents. On a eu l’innocent Marie-Francine de Valérie Lemercier, avec tellement peu d’intrigue qu’on l’oublie aussitôt. Il y a eu aussi Jalouse des frères Foenkinos où Karin Viard incarne une mère atroce, presque criminelle. On lui préfèrera Aurore de Blandine Lenoir avec Agnès Jaoui. Ce n’est pas évident de faire une comédie douce amère sur une femme qui perd son emploi, qui voit les années passer et que la société pousse petit à petit à la porte. Jaoui est parfaite, toujours drôle face à l'oppression et solidaire de ses filles, ce qui fait d’Aurore un portrait croisé de plusieurs générations. C’est vraiment touchant.

21. Coexister

Baptise-moi, mon pote

Un rabbin, un prêtre et un mec qui se fait passer pour un imam sont réunis par un producteur opportuniste pour un album et une tournée. Tous les ingrédients sont là pour tourner mal, c’est sans compter la puissance de ses acteurs. Jonathan Cohen, fabuleux en rabbin cocaïné à son insu, Guillaume de Tonquédec et Ramzy Bédia ont l'air de se faire plaisir dans cette comédie multi-communautariste. Le sujet est bien évidemment super casse-gueule et le film s’en sort avec beaucoup de panache et quelques entourloupes (Ramzy n’étant pas un vrai imam, la caricature n’est pas frontale dans ce cas-là). Les meilleurs passages, bien trop courts malheureusement, sont les pastiches des chansons à la mode.

Je suis assez nostalgique des parodies façon Les Inconnus et tout ceux qui essayent d’aller dans ce sens méritent notre soutien. Oui, Fatal inclus.

 

20. L’un dans l’autre

Le bodyswap qui fonctionne

En 2017, il est possible de faire du body swap rigolo. Il faut deux acteurs en osmose et des situations enlevées. C’est compliqué: il ne faut pas que ça soit dégradant pour les femmes et généralement les bandes-annonces laissent présager du pire. Le sujet a été vu et revu, depuis Dans la peau d’une blonde jusqu’à l’habile Your Name sorti l’année dernière. Mais entre Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt, il se passe un truc. Ils jouent tous les deux vraiment bien et les situations font qu’on ne tombe pas dans les clichés éculés tout en permettant quelques twists intéressants. Une bonne surprise.

19. Ouvert la nuit

Egotrip nocturne réussi

Au lieu de réaliser un film irregardable et adulé par une poignée d’originaux, Edouard Baer s’est dit que, pour une fois, il allait faire quelque chose de normal, compréhensible et, osons le dire, plus mainstream. Cela ne l’empêche pas d’écrire une comédie où littéralement tout Paris tourne autour de lui et de son alter ego Luigi, le temps d’une nuit. À le voir s’épuiser à essayer de sauver sa pièce de théâtre, on ne peut qu’être impressionné par autant d'énergie et de talent, si souvent mal utilisés. L’egotrip, il y va au moins aussi fort qu’un rappeur. «Oh, il est complètement barré et insupportable mais tellement génial» semble dire avec beaucoup d’indulgence ce film de son auteur. Mais pour une fois qu’il va jusqu’au bout de son entreprise sans s'auto-saborder à mi-chemin, on ne peut qu’applaudir.

18. Le sens de la fête

Tour de force en pointillé

Qui aurait cru que Le Sens de la Fête serait, avec Au revoir là-haut, un des films français les mieux réalisés de 2017? Toledano et Nakache ont fait leur propre révolution et deviennent ici des scientifiques de la comédie, tout du moins de la manière de la filmer. Sans rire, à ce niveau, c’est même trop d’effort. Formellement, c’est assez dingue de faire tenir autant de personnages dans un huis-clos, un mariage dans un château, tout en restant fluide. Mais il s’agit également d’un film choral dont les personnages utilisent à peu près tous un registre différent de vannes qui s'entrechoquent.

Le sens de la fête, capture d'écran

Tels des mondes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, Vincent Macaigne promène son aura lunaire et désinvolte face à un Jean-Paul Rouve 100% parasite et un Gilles Lellouche admirablement bien choisi en gros lourdingue, son meilleur rôle, à tout jamais. Tout n’est pas toujours très marrant, certains gags sont un peu répétitifs et usants, mais l'ensemble est maintenu par un Jean-Pierre Bacri en post-sarkoziste désenchanté. Si vous êtes un Bacri-sexuel, allez-y sans crainte. De là à dire que c’est la comédie parfaite de l’ère Macron...

17.Le manoir

La Justice League des YouTubeurs

Les acteurs ont à peu près 683 millions de followers cumulés sur YouTube, mais ça n’a pas suffi à toucher les cimes du box-office, loin de là. Le manoir est certes un produit un peu opportuniste essayant de surfer sur la popularité de cette Justice League de YouTubeurs, mais il est nettement moins honteux que des escroqueries comme Pas très normales activités, avec Norman. Mieux que ça, c’est clairement une comédie d’épouvante, un genre trop absent des salles ces dernières années. À défaut de proposer quelque chose de nouveau, le film de Tony T. Datis joue avec les capacités et possibilités de chacun. Évidemment, ils sont tous inégaux, jouent parfois un peu comme devant un caméscope dans leur salon, mais certains talents s’en sortent vraiment bien. Yvick Letexier dit «Mister V» ou encore Vincent Tirel ont clairement des univers, des personnalités qu’on aimerait revoir plus souvent au cinéma. Le spectacle est beaucoup plus maitrisé qu’il n’y paraît et, par moments, il fait presque oublier la machine commerciale qui se cache derrière l’alibi d’un film de série B.

16. Boule et Bill 2

Dark Franck Dubosc

Attention mini-pépite cachée. Il y a, d’abord, la suite des origines de la famille du petit Boule et de son chien Bill. Ça, à la rigueur, c’est presque rigolo pour les enfants, les blagues de pipi sur les rosiers. Mais ce qui est complètement fou, c’est la prestation complètement jusqu’au-boutiste de Franck Dubosc dans le rôle de M. Roba. Oui, puisqu’il s’agit toujours d’un biopic imaginaire du créateur de Boule et Bill. Son art est complètement chamboulé quand son éditrice (Nora Hamzawi, 5 minutes à l’écran, absolument fabuleuse) lui intime l’ordre de rendre ses bédés plus noires. Dubosc va donc jouer le wanabee dépressif qui doit saccager le bonheur familial pour devenir un artiste maudit. C’est aussi bête que ça en a l’air et c’est vraiment hilarant. Je ne suis pas certain que le Gaston Lagaffe à venir ou le futur Spirou et Fantasio feront aussi bien. Boule et Bill 2 n’a que deux étoiles sur Allociné mais bon sang, toutes proportions gardées, c’est le Dark Knight Returns du Franco-belge Cinematic Universe.

15. Cherchez la femme

La comédie «Ça va être compliqué»

C’est l’histoire d’un garçon d’origine iranienne joué par Félix Moati qui tombe amoureux d’une fille dont le frère revient radicalisé de Syrie et veut empêcher le couple d’exister. Du coup, le garçon va revêtir un voile intégral pour voir sa copine. Ah et Anne Alvaro interprète une réfugiée politique iranienne. Sur le papier comme en bande-annonce, Cherchez la femme s’annonçait comme suicidaire. Après visionnage, il est hyper maladroit, pas toujours très drôle et pourtant, Cherchez la femme n’en reste pas moins le film le plus véhément et antiraciste de l’année. Passée du documentaire à la comédie, Sou Abadi marche sur des œufs. Elle va même jusqu’à offrir au personnage du frère radicalisé une voie de rédemption. Tout se termine en course-poursuite un peu absurde, dans une ambiance pas très éloignée d’un film des seventies. Cherchez la femme propose, et c’est assez rare pour le souligner, une vision tendre sur la communauté iranienne arrivée en France à la chute du Shah.

 

14. Garde alternée

 

Le film le plus important de l’année

Pour la première fois, je ne sais pas si j’ai en face de moi la pire des comédies de tous les temps ou bien la comédie française la plus hallucinante de ces dernières années. Cette nouvelle comédie d’Alexandra Leclère, habituée aux pires places de ce classement, nous donne exactement tout ce que personne n’avait pas demandé: deux belles femmes qui se battent pour l’amour d’un vieux prof. Dans l’affrontement Isabelle «Luke» Carré Vs Darth Valérie Bonneton, cette dernière se laisse complètement aller du côté de la Force obscure, devenant la meilleure méchante du cinéma français. Ce pauvre gars, c’est Didier Bourdon, plus soixantenaire, lâche et veule que jamais. Il est ex-tra-ordinaire et je pèse mes mots. Didier Bourdon est tout simplement ce qui arrivé de mieux à la comédie française, renvoyant Christian Clavier aux écoles de cabotinage. Leclère aligne les scènes surréalistes qui pourraient passer pour obscènes si les comédiens ne se donnaient pas à 200%. Évidemment, à force de partir en roue libre, on fait aussi n’importe quoi. Par exemple les deux rôles gay du film tenus par Laurent Stocker et Michel Vuillermoz, ça, ce n’est plus possible. Comme si les deux sociétaires de la Comédie-Française s’étaient passés le mot pour nous pourrir la fête.

Pour toutes ces raisons, Garde alternée se trouve dans une position bâtarde, au milieu de ce classement. Une chose est certaine, il y aura un avant et un après Garde alternée. Entre génie suicidaire et schizophrénie désopilante, je ne sais choisir. Un mot pour résumer la folie de ce film? Je vous en donne quatre: Didier. Bourdon. Full. Frontal.

13. Raid Dingue

Yvan Attal en roumain avec un bazooka. Kamoulox.

Alice Pol est une flic sans aucune compétence. Elle est gaffeuse, étourdie, limite dangereuse. Mais par le truchement de son ministre de père, elle entre dans le groupe d’élite du Raid. Si je vous dis qu’elle finit par coucher avec son supérieur (Dany Boon), vous allez penser que ça fait un peu trop, pourtant c’est ce qui arrive. Et cela ne fonctionne pas trop. Raid dingue est le film le plus faible de la filmo récente de Dany Boon réalisateur. Il souffre du même problème que Supercondriaque: Dany Boon ne sait pas comment le terminer. En général, cela implique des gens de l’Est. C’est à ce moment que débarque Yvan Attal dans une composition qu’on qualifiera de «slave lunaire». Surprise, il est phénoménal et joue le terroriste caricatural et fou avec un enthousiasme passionné, comme un Heath Ledger qui exploserait des châteaux de la Loire au bazooka.

Cela n’a pas énormément d'intérêt mais le réalisateur est de loin, le plus intéressant dans Raid Dingue. C’est son année puisqu’il a aussi réalisé Le Brio, une fable moraliste où Daniel Auteuil en professeur «souchien» apprend à Camelia Jordana à s’exprimer avec éloquence. C’est pas que c’est loupé, c’est juste qu’Attal est meilleur en Joker polonais.

12.Le petit Spirou

Spirou Origins

Les enfants avaient l’air de rigoler dans la salle. Plein de bons acteurs dont François Damiens, Philippe Katerine en curé et Pierre Richard en papy, ce petit Spirou fait fi de l’humour très touche-pipi de la bande dessinée de Tome & Janry. Ça devient un vrai film d’enfants, doublé d’un curieux message sur le déterminisme puisque le gamin est appelé à devenir groom, comme ses parents et toutes les générations avant lui. Ce n’est pas extra mais tout le monde a l’air d’y mettre du cœur. À la longue, ces films sont appelés à devenir des produits de consommation comme ceux de Marvel. Vite sorti, aussitôt oublié. N’oublions que nous vivons dans un monde où quelqu’un a pensé un jour qu’un film live de Benoit Brisefer est une bonne idée.

Le plus délicat, c’est la suite car ce petit Spirou dessine finalement le futur compliqué du Dupuis Cinematic Universe. Car avant Gaston Lagaffe, il y a quand même Spirou et Fantasio.

Dieu seul sait que ce qui manquait à Spirou, c’est un peu plus de Christian Clavier.

11.Rock'n Roll

Guillaume et les egos, à table

Soit la deuxième occasion que Johnny a eu de faire une blague avec «Allumez le feu», déjà dans Chacun sa vie de Claude Lelouch. Vanity project d’une année 2017 déjà lourdement influencée par le tout-à-l’ego, Rock'n Roll de Guillaume Canet commence comme un de ces autoportraits faussement irrespectueux. Et au début, l’histoire a tout d’un état des lieux de la difficile crise de la quarantaine d’un acteur, une fois de plus. D’habitude, ce genre de procédé est destiné à sacraliser l'intelligence et l’autodérision de son réalisateur. On lui touche le testicule, on se moque de lui, Yvan Attal lui conseille de réaliser plutôt un film sur sa femme. Pas toujours très marrant, avec quelques passages chantés inexplicables, Rock'n Roll est cependant le film le plus méta de l’année, jusqu’à proposer plusieurs films dans le film. Mais Canet ne sombre pas dans la complaisance à la Nicolas Bedos et va plus loin que l’on aurait imaginé. Arrive un twist qui transforme littéralement Guillaume en Bodganoff bodybuildé. C’est simple, on a l’impression que la première idée au brouillon a été passée au propre sans se poser de questions. Cela donne au film un côté suicidaire étonnant.

10. Les Nouvelles aventures de Cendrillon

Kev, reviens!

Plus gros rire du film: le flamboyant Didier Bourdon plus veule que jamais qui essaye d’assassiner un de ses fils campé par Vincent Desagnat. Bon dieu, même dans les films moyens, il est fabuleux. Mais retour au film. Marilou Berry doit garder le gamin d’un gars dont elle est amoureuse. Elle lui raconte donc l’histoire de Cendrillon, à sa sauce. Cendrillon, Marilou Berry donc, est tenue en joue par une marâtre bien dégueulasse incarnée par Josiane Balasko, jusqu’à l’arrivée d’un prince providentiel, Arnaud Ducret.

Spoiler: ce n’est pas aussi génial que Deneuve et sa fille Chiara Mastroianni dans Un conte de Noël. Le dynamisme de Balasko arrive quand même à arracher quelques rires. Le problème, c’est que la structure, complètement pompée sur Princess Bride, neutralise toute audace: dès que Marylou essaye de dévier de la structure de la pauvre demoiselle, le gamin la rappelle à l’ordre. Narrativement, c’est absurde; humoristiquement, c’est nul. Je ne pensais pas écrire ça un jour mais Les nouvelles aventures de Cendrillon rendent un peu nostalgique de celles d’Aladin avec Kev Adams.

9.Les ex

Cachetonnage de bourges

Remake d’un film italien, Les ex de Maurice Barthélémy s’attarde sur les turpitudes des uns et des autres, des petits bobos aux coeurs. Bienvenue dans cette dimension parallèle où l’argent n’est plus une donnée importante, où Maurice Barthélémy devient un tombeur de filles du Crazy Horse. Il serait facile de qualifier l’entreprise de néo-Lelouche si tout cela n’avait l’odeur de la vanité d’un très mauvais film de Danielle Thompson.

8. C’est tout pour moi 

Bouge C.K.

Vous vous souvenez de Bouge, le film basé sur la terrible ascension du monde du Dance Machine featuring Ophélie Winter? Ça y est, en 2017, on a l’équivalent en version comédie de stand-up. Adaptant avec beaucoup de liberté sa propre vie, Nawell Madani retrace son parcours depuis la dèche en Belgique jusqu’au triomphe devant les yeux de son papa. Il n’y a vraiment pas là de quoi faire toute une histoire, alors C’est tout pour moi va piocher dans la narration classique des Rocky, des Karate Kid et, bien évidemment, de Bouge. Il permet aussi de confirmer un truc qu’on savait déjà: les comiques ne sont pas très rigolos sortis de scène et le film est souvent très plombant. Une chose certaine: François Berléand en mentor taciturne est presque aussi bon que Luke dans Star Wars VIII.

7. Daddy Cool

Tout sauf sympa

Vincent Elbaz semble n’avoir qu’un seul rôle en stock, celui du «mec immature et relou», en écho parfait à celui de Gilles Lellouche. Prisonnier de ce rôle de quadra médian, il est le héros de Daddy Cool, où il est tout, sauf cool. Responsable d’une crèche improvisée à domicile, il rend invivable l’appartement qu’il partage avec son ex (Laurence Arné, vraiment pas gâtée par son rôle). Mais au fond, il l’aime. Je vous la fais en accéléré: il est horrible et adorable et craquant avec les mômes quand il ne leur fait pas tirer son skate comme une meute de huskies. Il est tellement génial qu’il inspire une nouvelle bédé plus punchy à son ex. Finalement ils recouchent ensemble. Alors qu’elle est ivre. Pratique pour faire oublier qu’il l’a menacée de diffuser leur sex-tape sur internet. En plus d’être glaçante, cette comédie faussement sympa par l’équipe de l’horrible Toute première fois est tout simplement incapable, malgré ses efforts démesurés pour nous faire aimer ses personnages. Tout sonne faux, tout y est faussement cool.

6. Gangsterdam

L'accident de l’année

Internet a fait grand bruit des vannes prononcées par Kev Adams sur «le viol sympa» mais honnêtement j’avais décroché bien avant, quand les prostituées d’Amsterdam se font tabasser par le trio de héros venu en Hollande pour passer de la drogue. À partir de cette scène atroce, toute possibilité d’affect pour Kev et ses potes était réduite à néant, même quand Rutger Hauer déboule en parrain de la mafia. La scène la plus mémorable, c’est la bande d’amis planquée dans une chambre qui textotent à l’un d’eux comment se retenir de péter alors que des mafieux sont dans la pièce. Gangsterdam est un buddy movie malade, un accident industriel pas suffisamment bien écrit ni suffisamment bien joué pour briller dans une année qui a déjà eu son Baby Driver. C’est correctement réalisé mais vraiment, tout ça pour ça...

5.À bras ouverts

La chute de Clavier, suite

Oui, À bras ouverts est le fameux film qui aurait dû s'appeler «Sivoupléééééééé». Oui, ce film où Ary Abittan incarne Babik le rom, qui devait être joué par François Damiens. Oui, ce film-là n’est même pas dans le top 3 des pires comédies de 2017. C’est vous dire le niveau du podium. En cette fin d’année où l’on parle beaucoup des déguisements de Griezmann, autant clarifier l’affaire tout de suite: Ary Abittan dans une caricature de rom est éminemment raciste, le genre de trucs qu’on ne veut plus voir. Et tant pis pour le faux BHL incarné par Christian Clavier. Le sous-texte étrange de certaines scènes comme la présence d’un vrai-faux Florian Philippot laisse à penser que la première envie de Philippe de Chauveron était de faire passer un message. On peut presque se réjouir qu’ils aient revu leur copie en cours de route à la même enseigne que le titre. La meilleure scène de Clavier, c’est quand il s’allonge aux côtés de son fils et sa copine, une très jolie rom, juste après ce qui ressemble à un coït. Ils sont gênés tous les deux mais pas le père. Il les regarde plein de malice et d’envie. «J’étais comme toi, à ton âge», lui annonce-t-il, l’air de dire «moi aussi j'enchainais les petites pépées». Du pur Clavier. Dans ces yeux, quelque part, on peut voir le dragueur des Bronzés. Ce mec-là me manque, je crois.

4. Stars 80 la suite

Mistral perdant

Soyons clairs: le fait que le nouveau film de Thomas Langmann, auteur d’un des pires films des années 2000, ne soit pas le pire de l’année 2017 est déjà une petite réussite à son niveau. Pourtant la filiation est là, dans les dernières minutes d’Astérix aux jeux olympiques, quand il n’y a plus de scénario et que le film avance en roue libre. Voilà, là, c’est pareil. Il n’y a aucune histoire dans ce trailer de concert. Rien, du vide. Au mieux, ces idées de sketchs volées à droite, à gauche comme la scène de bonnes soeurs, repompés sans vergogne sur Sister Act. «Parce que.»

Le pire, c’est que les stars ne chantent même pas. La seule fois qu’on les voit vraiment, c’est sur fond de musique Vladimir Cosma, sans doute topée pas cher par Langmann. La faillite est tout autant technique que créative. Plus étonnant encore: Jean-Luc Lahaye, complètement sabré au montage à la suite du tollé provoqué par sa pédo-joke. Il ne pipe pas un mot et ses deux seules scènes ne sont pas dans le final cut, amaigri de quelques minutes. Le pire, c’est qu’il en faisait déjà dans le premier épisode. Mais il y a plus important: on peut ironiser sur la puissance de l’indignation d’internet, on doit surtout remarquer avec quelle légèreté on lui a écrit une vanne de cet ordre sans consulter son casier judiciaire. Dans le premier opus, Jeanne Mas débarquait en star hollywoodienne. En 2017, cette star censée galvaniser les foules n’est autre que ce pauvre Renaud, ce qui donne à Stars 80 la suite une dimension crépusculaire inouïe. Ça ne s’invente pas: le film est sorti le jour de la mort de Johnny.

3. Bad Buzz

#Ericéquentin

«Tout ce bad buzz rendra peut-être le film culte», a déclaré Éric, l'un des deux animateurs du Petit Journal, aujourd’hui Quotidien sur TMC, peu après le fiasco du long-métrage. Ce n’est pas comme ça que ça marche, mais admettons. C’est l’histoire de deux potes qui tentent de lutter contre un bad buzz, toujours dépassés par la situation. N’est pas Jon Stewart, Stephen Colbert ou John Oliver qui veut. Ici tout est nul et inepte dans cette comédie faussement cool, se croyant progressiste parce qu’elle se moque des juifs, des handicapés, des chats et des vieux.

Le plus intéressant serait de savoir comment on en est arrivé là. Comment ces deux gus, habitués des sketchs ultra-rapides façon Snapchat pour masquer leur peu de fond, ont eu carte blanche pour un film entier? À peine une heure, pas un rire, pas un seul. Est-ce la télé qui donne autant la confiance? Serait-ce parce qu’ils ont cru, devant les écueils des comédies françaises, que c’était facile?

Bad Buzz n’est toujours pas sorti en DVD ni en Blu-Ray. Il n’est disponible qu’en VOD sur le site de TF1. Un jour peut-être, il disparaîtra. Ce jour-là, Éric et Quentin, vous ne serez pas seulement cultes. Vous serez des légendes.

2. Épouse-moi mon pote

120 gags homophobes par minute

Comment expliquer le succès effronté de la bande à Fifi, enchaînant les films et légitimant totalement son existence? Qu’ils travaillent sur un long métrage Nicky Larson joué par Fifi lui-même? Comment en est-on arrivé là? J’aurais pu parler de Jour J, la jolie romcom de Reem Kherici. Il y a aussi Alibi.com qui, comme d’habitude avec cette clique, essaye cinquante vannes à la minute pour en réussir peut-être une ou deux. Épouse-moi mon pote est, de loin, la pire de toutes. Il y a quelque chose de fascinant dans ces films fabriqués par pure vanité, avec à chaque fois le même schéma du réalisateur/acteur qui séduit la belle fille complètement transparente. Dans celui-là, une petite vieille viole Fifi, le pote en question. Vous êtes prévenus.

Premier film de Tarek Boudali parce que visiblement c’était son tour dans la bande, il met en scène un étudiant marocain qui, pour rester en France, va convaincre son meilleur pote, joué par Philippe Lacheau, de l’épouser. D’où le titre. Sauf qu’ils sont pas gays, hé ho non. Ils jouent aux homos. Dire que rien ne fonctionne est un euphémisme. On dirait qu’à force de se balancer des «mon poteau» et des «mon frérot», les deux lascars ne savent pas du tout ce que c’est, d’être amis. Plus étonnant encore, ils n’ont aucune idée de ce que c’est qu’être homosexuel. Du coup, on se retrouve, une fois de plus, devant des hétéros qui jouent à la folle pendant UNE HEURE. Qui donne l’impression d’en durer douze. Épouse-moi mon pote est comme le traitement du canal radiculaire d’une dent infectée. L’expérience ne devient pas plus agréable simplement parce qu’on sait que ça s’arrête un jour.

1. Si j’étais un homme

La gêne absolue, à nouveau

Trois ans après le calamiteux Sous les jupes des filles, Audrey Dana does it again. Elle arrive une nouvelle fois au sommet de ce classement du meilleur du pire de la comédie française. Dans Sous les jupes des filles, Dana avait réussi à foutre la honte à tout le monde et pas qu’aux femmes. Cette fois-ci, elle a décidé de mettre mal à l’aise les femmes, les trans, les homos et, tant qu'à faire, les hommes aussi. Entre les intentions et le résultat, cette comédie de genderswap s’enfonce complètement dans la bêtise crasse. Divorcée, acculée par le travail et l’autorité, Jeanne, incarnée par une Audrey Dana hystérique, se réveille avec une bite. Imaginez tous les gags faciles qu’on puisse faire dans ce cas, hé bien ils y sont. Gêne. Sur gêne. Sur gêne.

Si j'étais un homme, capture d'écran

Équipée de ce pénis, elle se découvre de l’autorité, remet de l’ordre dans sa vie et finalement, couche avec des hommes et des femmes. Aucune bêtise ne nous est épargnée, pas même un improbable laïus sur la difficile condition d’homme. Les «va te faire faire opérer à Bangkok» sont là aussi. On est face à une comédie où les scènes avec le gynéco joué par Christian Clavier sont accueillies comme un soulagement, ce qui veut tout dire. Comment Christian Clavier s’est-il retrouvé dans cette catastrophe? Pourquoi la formidable Alice Belaïdi ne choisit-elle pas mieux ses films? A quel moment Éric Elmosnino est-il devenu le bellâtre idéal et rêvé de tant de comédies? Le plus dingue reste quand même Audrey Dana qui, j’en suis certain, est sans doute très sympa dans la vie, mais qui en arrive à faire un film aussi idiot qu’insultant. Audrey, tu sais, y'a pas que la comédie dans la vie. Quand ça veut pas, ça veut pas. Essaye la rando ou le macramé.

Daniel Andreyev
Daniel Andreyev (14 articles)
Journaliste
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