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Ce panda va vous faire aimer le communisme

Daniel Vernet, mis à jour le 06.12.2017 à 9 h 03

Le bébé panda Yuan Meng a été baptisé ce lundi 4 décembre par Brigitte Macron à Beauval. Outre un enjeu financier, il est un emblème du «soft power» chinois.

Thibault Camus / POOL / AFP

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Tout va pour le mieux entre la France et la Chine. Le voyage officiel d’Emmanuel Macron à Pékin, au début de l’année prochaine, se prépare sous les meilleurs auspices. Si l’on en doutait, il suffisait de se trouver lundi à Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher. On y baptisait un bébé-panda né le 4 août au zoo de Beauval. Et la marraine n’était autre que Brigitte Macron. Celui qu’on appelait jusqu’alors «Mini Yuan Zi», du nom de son père, est devenu Yuan Meng, ce qui veut dire «réalisation d’un rêve» ou «accomplissement d’un souhait».

Le nom ne doit rien au hasard. Yuan Meng a été choisi par la «première dame» de Chine –qui, pas plus que Brigitte Macron, n’a de statut officiel à Pékin. Mais Peng Liyuan, général de l’armée nationale populaire et chanteuse renommée, accompagne régulièrement son mari, Xi Jinping, chef de l’État et du Parti communiste chinois. C’est la tradition: les gardiens du zoo où vivent les pandas sélectionnent plusieurs prénoms pour  la «première dame» qui en choisit un et le propose à son tour à sa collègue étrangère.

Thibault Camus / POOL / AFP

À Beauval, Brigitte Macron a baptisé Yuan Meng en présence d’un vice-ministre chinois des Affaires étrangères, de l’ambassadeur de Chine en France et de Jean-Pierre Raffarin, «grand ami» de l’empire du milieu. Elle a salué dans le bébé-panda «le fruit énergique et vigoureux de l’amitié franco-chinoise».

Le premier don de la dynastie Tang

Les parents de Yuan Meng, Huan Huan (Joyeuse, en français) et Yuan Zi (Rondouillard) sont arrivés en France en janvier 2012. Ils ont attiré déjà 1,5 million de visiteurs au zoo de Beauval. Le 4 août dernier, Huan Huan a donné naissance à des jumeaux. Tout de suite, elle s’est occupée de celui qui lui paraissait «le plus fort», délaissant l’autre qui est mort peu après. Il paraît qu’il en est toujours ainsi chez les pandas. Les femelles prennent soin d’un seul de leurs bébés, ce qui n’a rien à voir avec la politique de l’enfant unique imposée pendant longtemps par le régime communiste.

Le couple de pandas a été prêté au zoo jusqu’en 2022, pour une somme tournant autour d’un million d’euros par an. Quant à Yuan Meng, il gagnera la Chine, sans doute la réserve de Chengdu, quand il aura 3 ou 4 ans. Ainsi va ce qu’on appelle encore «la diplomatie du panda», même si elle a changé de nature depuis son apparition. Les historiens la font remonter au VIIe siècle, sous la dynastie Tang (618-907). Une impératrice chinoise avait fait don d’un panda, déjà considéré comme un «trésor national» à la cour du Japon. En 2012, toujours avec la Japon, on a frôlé l’incident diplomatique quand les Japonais avaient voulu baptiser un panda «Senkaku», du nom des îles de la mer de Chine disputées entre Tokyo et Pékin.

Après la diplomatie du ping-pong

 

C’est sous la Chine maoïste que la «diplomatie du panda» a été relancée. Avec les États-Unis, elle a succédé à la «diplomatie du ping-pong». En 1971, l’équipe américaine de tennis de table, de retour d’une compétition au Japon, était invitée à jouer à Pékin, alors que les États-Unis et la Chine n’avaient plus de relations diplomatiques depuis 1949. Le Premier ministre chinois Zhou Enlai voulait faire passer un message qui devait déboucher l’année suivante sur la visite de Richard Nixon à Pékin. Le président américain se vit offrir deux pandas, Ling-Ling et Hsing-Hsing, qui finirent leurs jours au zoo de Washington.

Hsing-Hsing en 1997 I JOYCE NALTCHAYAN / AFP

Depuis 1990, les pandas, de moins en moins nombreux dans la nature –on compte moins de deux mille de ces ursidés, appelés parfois «ours-chats»– sont une espèce protégée. Ils vivent essentiellement dans les provinces du Sichuan, du Shaanxi et du Tibet, entre 1.800 et 3.400 mètres. La Chine ne les donne plus en cadeaux, elle les prête. À l’occasion du G20 de Hambourg, au début de l’été dernier, elle a offert au zoo de Berlin deux pandas géants qui ont reçus la visite exceptionnelle du président Xi Jinping et de la chancelière Angela Merkel. Un signe de bonne volonté du pouvoir chinois envers un des principaux fournisseurs de voitures de luxe et de machines-outils.

Une venue compliquée

 

Les pandas du zoo de Beauval n’ont pas été épargnés par les péripéties diplomatiques. Il a fallu six ans de d’efforts et de persévérance des propriétaires de la réserve pour les obtenir. Ils devaient arriver en 2008, avant les JO de Pékin. Las! La flamme olympique est chahutée à Paris par des manifestants qui protestent contre les atteintes aux droits de l’homme en Chine. De plus, Nicolas Sarkozy envisage de rencontrer le dalaï-lama, ennemi juré du pouvoir communiste. Que la rencontre ait lieu à Gdansk en Pologne n’apaise pas le courroux des Chinois.

L’arrivée du couple de pandas en France est remise et reprogrammée pour 2011 quand éclatent les printemps arabes et la révolte en Libye. Pékin n’apprécie guère l’intervention française contre Kadhafi et ce n’est qu’après la reconnaissance du Conseil national libyen que le feu vert sera donné. À leur départ, les animaux ont été salués par l’ambassadeur de France en Chine et transportés par un vol spécial et ultra-sécurisé. Ils sont devenus les symboles du réchauffement des relations entre les deux pays que va cultiver Emmanuel Macron.

Quatre pandas sont déjà nés en Europe et vingt-deux pays dans le monde ont été honorés par le «trésor national chinois».

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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