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Trump a-t-il le droit de bloquer ses concitoyens sur Twitter?

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 07.06.2017 à 14 h 05

Repéré sur Ars Technica

Un compte Twitter est personnel et chaque individu a donc légalement le droit de bloquer les abonnés qu'il souhaite. Mais en est-il de même lorsque le compte concerné appartient au président des États-Unis?

Donald Trump, le 21 mai 2017, lors d'un sommet arabo-américain à Riyad en Arabie Saoudite | MANDEL NGAN / AFP

Donald Trump, le 21 mai 2017, lors d'un sommet arabo-américain à Riyad en Arabie Saoudite | MANDEL NGAN / AFP

Donald Trump a un usage assez inédit du réseau social Twitter. Avec plus de 24.000 tweets et 31.7 millions d'abonnés sur son compte personnel, @realDonaldTrump, il n'hésite pas écrire ce qu'il pense. Ainsi, fin mai, après une série de visites en Europe, il se lâche à propos de révélations faites sur son administration. Son compte Twitter est public mais, comme l'explique le site Ars Technica, de nombreux abonnés ont eu la surprise de tomber sur une page bloquée en voulant accéder au fil d’actualité du président américain:

«Le président est si faible et intolérant vis-à-vis des opinions divergentes qu'il bloque des citoyens américains qui critiquent ces dernières annonces.»

Depuis son investiture en janvier, Trump a la manie de bloquer des followers qui critiquent ses idées via @realDonaldTrump et @POTUS, son compte présidentiel. Une fois bloquées, ces personnes ne peuvent plus voir les tweets du président, y répondre, et ne peuvent plus le contacter par message privé ou l’interpeller.

Une violation de la Constitution?

 

De nombreuses personnes bloquées après avoir critiqué le président américain s’insurgent via Twitter: ils considèrent que c'est un déni de leurs droits constitutionnels et une attaque contre le premier amendement de la Constitution. Ce dernier interdit les lois visant à restreindre la liberté de religion, d’expression et de la presse.

The Knight First Amendment Institute, une organisation de la prestigieuse Université de Columbia qui vise à défendre la liberté de la presse et d’expression, a décidé de faire face à ces blocages. L’institut a envoyé une lettre à la Maison-Blanche en réclamant le déblocage des abonnés mis au ban pour la simple raison qu’ils n’adhéraient pas aux idées de Donald Trump. L’institut écrit notamment que les comptes Twitter particulièrement actifs du président «permettent aux Américains de s’informer sur ses politiques, ses actions et ce en quoi il croit».

«Un forum public»

Selon l’institut, au-delà d’être un compte Twitter personnel, celui du président Trump est avant tout «un lieu de discussion public», il est donc soumis au 1er amendement de la Constitution:

«Lorsque le gouvernement crée un espace de communication destiné au public, il crée un forum public dont il ne peut exclure les individus en fonction de leurs opinions. Cela est vrai même lorsque le forum en question est métaphysique (…), même si l’espace est détenu par une personne et pas par le public (…). Le gouvernement peut imposer des règles de temps, d’espace et de manière dans un forum public, mais il ne peut pas exclure des gens uniquement s'il n’est pas d’accord avec eux.»

Le Knight First Amendment Institute se dit prêt à aller en justice si les comptes Twitter restent bloqués par celui de Donald Trump. Un tel acte de la part du président prouve, selon Ars Technica, que les politiques exploitent au maximum le potentiel des réseaux sociaux pour faire passer leur message politique. Pour Katie Fallow, avocate au Knight First Amendment Institute, «le 1er Amendement interdit au président de bloquer des critiques sur Twitter, de la même façon qu’il interdit aux maires de rejeter les critiques à l’intérieur de leur mairie»

Un casse-tête légal

 

Dans sa lettre au président, des exemples de personnes bloquées sont donnés. Holly O’Reilly notamment, car celle-ci a posté ce gif de Donald Trump et du Pape François accompagné de la phrase «c’est comme ça que le monde entier vous voit» et en le gratifiant d’un «bloody idiot» («sombre idiot») dans un tweet précédent:

«Voilà à peu près comment le monde vous voit»

Un autre compte, @Joepabike, qui a utilisé le tag #fakeleader en parlant de Trump, a lui aussi été bloqué. Beth Kalb, scénariste pour le «Jimmy Kimmel Live!» sur ABC a affirmé que le président avait également bloqué son compte. Et la liste est encore longue.

Les pères fondateurs n’avaient probablement pas songé à une plateforme comme Twitter lorsqu'ils ont écrit la Constitution et de la Déclaration des droits américaine. Le caractère dématérialisé de Twitter risque ainsi de faire de ce problème de blocage un casse-tête légal si le Knight First Amendment Institute et ses avocats décident d'aller en justice.

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