Monde

Geert Wilders, l'homme qui porte sa haine de l'islam en étendard

Vincent Manilève, mis à jour le 14.03.2017 à 14 h 02

Le leader néerlandais du Parti pour la liberté a fait de son aversion pour la religion son arme. Il est le grand favori des legislatives de ce mercredi.

Geert Wilders, le 13 mars 2017, lors d'un débat télévisé. YVES HERMAN / POOL / AFP

Geert Wilders, le 13 mars 2017, lors d'un débat télévisé. YVES HERMAN / POOL / AFP

Ces derniers jours, toute l'Europe suit avec un regard inquiet ce qui va se passer aux Pays-Bas. À la veille des élections législatives, une crinière blonde (une autre) est en tête de la course pour le pouvoir: celle de Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté, un mouvement d'extrême droite.

Au cœur de son discours qui en séduit tant, on retrouve un même axe d'attaque qu'en France, l'islam, qu'il présente comme la menace ultime contre les Pays-Bas et l'Europe.

«Il veut “dé-islamiser” les Pays-bas, interdire l'entrée sur le territoire aux immigrés et réfugiés musulmans», explique The Nation.

Le manifeste du candidat, une simple page A4 comme le note le Guardian, présente la religion comme totalitaire et prévoit également de fermer toutes les mosquées et écoles islamiques et d'interdire tout simplement le Coran.

Imposer sa narration

Début mars, le magazine New Statesman racontait que cette aversion a pris forme très jeune lorsqu'il a décidé d'aller travailler dans une ferme communale en Israël plutôt que d'étudier à l'université. Une aversion qu'il transforme en combat en rejoignant en 1988 le Parti pour la liberté et quand il est élu à la Chambre des représentants dix ans plus tard. «Presque immédiatement il a commencé à alerté le Parlement néerlandais sur les dangers de l’extrémisme islamique posés en Europe.» Les meurtres de Pim Fortuyn et de Theo Van Gogh, deux farouches opposants à l'islam, en 2001 et 2004, ne feront qu'appuyer le message de Wilders, lui aussi menacé de mort par des extrémistes islamistes: l'islam est meurtrier.

Epaulé par l'ancien journaliste Martin Bosma, le leader d'extrême droite impose sa narration: les immigrés musulmans ont pour objectif selon lui de transformer les Pays-Bas en nation islamique, et ce en misant sur la complaisance de la gauche. Cette idéologie sera retranscrite dans un court-métrage appelé Fitna, diffusé pour la première fois en 2008, et poursuivi pour incitation à la haine raciale et à la discrimination.

Koen Vossen, universitaire spécialisé de l'université de Nijmegen, a très bien résumé la situation à The Nation:

«Pour citer le théoricien Ernesto Laclau, Wilders et Bosma ont réussi à établir une “chaîne d'équivalence” entre l'islam et la gauche, comme des forces opposées aux intérêts du peuple.»

Peu de chances d'avoir une majorité pour gouverner

Par la suite, on verra Geert Wilders s'opposer à la construction d'un centre communautaire musulman près de l'ancien site du World Trade Center en 2010, lancer un site anti-immigrants en 2012 ou diffuser des caricatures de Mahomet à la télévision après l'attentat de Charlie Hebdo en 2015. Et bien évidemment, il a applaudi Donald Trump quand ce dernier a mis en place son «Muslim Ban». Cette omniprésence médiatique et politique a entraîné aux Pays-Bas un regain de violences et de discriminations à l'égard des musulmans.

Si Wilders défend les droits des femmes et des homosexuels, c'est pour s'en servir comme d'une arme contre l'islam. En juin dernier, il affirmait au micro de Buzzfeed News, après la tuerie d'Orlando: «La liberté que les homosexuels devraient avoir, à savoir s'embrasser, se marier, avoir des enfants, est exactement ce que l'islam combat.» Dans un récent article, le site américain expliquait ainsi en quoi cette posture politique servait son discours anti-islam. Tofik Dibi, ancien membre du Parlement, estime ainsi que «de tous les tests, celui sur les droits des homosexuels est celui qui est le plus utilisé car ils savent que c'est la chose la plus difficile au sein de ces communautés. […] Les droits LGBT sont utilisés comme une arme».

Les opposants se rassurent en expliquant que, s'il remporte l'élection, Wilders n'aura pas assez de parlementaires pour gouverner. Les instituts de sondage, rappelle The Nation, estiment que le leader pourrait rassembler 20% des votes, soit trente députés sur 150 au Parlement. Mais en 2017, qui a encore envie de se fier au sondage? 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte