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L'homme qui a créé son propre pays n'a plus le droit d'y mettre les pieds

Temps de lecture : 2 min

En 2015, un entrepreneur tchèque annonçait la naissance de Liberland, une micro-nation ultralibérale dans les Balkans. Un an plus tard, le projet est au point mort.

Une projection du Liberland réalisée dans le cadre du concours «Liberland’s Architectural Competition»  I  Liberland Press
Une projection du Liberland réalisée dans le cadre du concours «Liberland’s Architectural Competition» I Liberland Press

Le Liberland se présente comme le «pays le plus libre du monde», même s'il n'en est pas véritablement un. Cette micro-nation plantée sur le Danube, à la frontière entre la Croatie et la Serbie, se veut une utopie libertarienne, débarrassée du contrôle de l'État sur les armes à feu, l'impôt, et même des lois en général.

Né officiellement en 2015 sous l'impulsion de l'entrepreneur tchèque Vit Jedlicka, le pays est situé sur une terra nullius («une terre sans maître»), une langue de terre jamais revendiquée ni par la Croatie, ni par la Serbie, et fruit d'un imbroglio juridique et diplomatique depuis la dislocation de la Yougoslavie, dans les années 1990. L'idée, à terme, serait de transformer ce bout de terre en un «Hong-Kong des Balkans».

«No man's Land»

Mais, plus d'un an après, la situation a évolué et ne joue plus vraiment en faveur du président autoproclamé, Vit Jedlicka. Alors que la micro-nation attend patiemment une reconnaissance diplomatique, les artisans du projet se heurtent à la réticence croate de voir un tel État prendre forme à sa frontière.

Pour l'heure, le Liberland reste un no man's land. Nul n'est autorisé à y mettre les pieds, pas même Vit Jedlicka. La police croate, déployée tout autour du territoire en question, s'est vue donner l'ordre d'arrêter quiconque tenterait de s'en approcher, explique le BBC Magazine. En mai 2015, le président du Liberland, lui-même, a été arrêté après avoir tenté de rejoindre le territoire depuis la Croatie.

«Alors que la Croatie ne semble pas vouloir de ce territoire, elle ne semble pas non plus avoir vraiment envie de voir une utopie libertarienne autorisant le port d'arme sur le pas de sa porte. [Les autorités croates] arrêtent et délivrent des amendes à tous ceux qui tentent de s'y rendre à pied ou par le fleuve», relate BBC Magazine.

Faire vivre l'utopie

Tout avait pourtant bien commencé. En autorisant l'établissement de son «camp de base» sur son propre territoire, la Serbie voisine semblait recevoir ce projet avec certaine bienveillance, rapportait Le Monde. Avec un demi-million de demandes de citoyenneté et l'ébauche de sa propre constitution, la République libre du Liberland pouvait donc, à juste titre, se vanter de débuts réussis.

En attendant de pouvoir y retourner, Vit Jedlicka ne relâche pas ses efforts, poursuit la BBC. Il parcourt les conférences libertariennes à travers le monde, il multiplie les rencontres avec des représentants et ministres étrangers et s'attache à faire vivre le pays sur les réseaux sociaux. Comme pour se persuader que le Liberland n'est pas qu'un fantasme, la micro-nation a organisé, en mai 2016, un concours et a invité plusieurs architectes à imaginer leur Liberland.

Pour Vit Jedlicka, tous ces efforts en valent la peine. Un pays comme le Liberland pourrait, par exemple, venir en aide à la situation économique fragile des Balkans. Mais, il reste bien conscient d'une chose: si la Croatie et la Serbie venaient à résoudre leur querelle territoriale, le Liberland et ses potentiels habitants seront contraints de faire leurs valises ou, tout au moins, renoncer à leur utopie politique et idéologique.

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