Sciences / Santé

Les humains ont-ils atteint leur taille maximale?

Temps de lecture : 3 min

Les habitants des pays développés semblent avoir touché le plafond.

Gulliver et les Lilliputiens | Jean-Georges Vibert via Wikimedia CC License by
Gulliver et les Lilliputiens | Jean-Georges Vibert via Wikimedia CC License by

Notre société accorde une place privilégiée à la taille: plus on est grand, mieux on est payé, plus on est perçu comme séduisant et mieux on voit la scène dans les salles de concert bondés. Par conséquent, une nouvelle recherche indiquant que nous avons peut-être atteint notre taille maximum a de quoi être un tantinet dérangeante.

L'étude en question compile les données de plus de 1.000 articles remontant à 1896. Les analyses révèlent que dans de nombreux pays –notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon–, l’augmentation tendancielle de la taille s’est soit mise à beaucoup ralentir, soit à carrément stagner. En d’autres termes, dans certains de ces pays, il se peut que nous ayons atteint notre hauteur maximale.

Aux États-Unis, la stature des femmes semble avoir culminé en 1988, lorsqu’elles ont atteint la taille maximale moyenne de 1m63. Leurs homologues masculins ont atteint la leur un tout petit peu plus tard, en 1996, à 1m76.

Sommes-nous condamnés au déclin?

Chez nous, aux États-Unis, la taille moyenne des habitants n’a baissé que de 0,01 à 0,05 centimètres, ce qui représente une différence négligeable. Et dans de nombreux autres pays elle continue d’augmenter –notamment en Amérique Latine, où la stature moyenne poursuit une tendance à la hausse qui s’est accélérée ces dernières années (bien sûr ils sont encore plus petits que nous en moyenne, mais ils nous rattrapent).

Ce plafond statural semble varier en fonction des pays. Chaque nationalité, même celles qui semblent avoir atteint un seuil indépassable, a une taille maximale qui lui est propre. Si les hommes des pays scandinaves paraissent approcher une taille maximale légèrement supérieure à 1m80, les Japonais culminent à près de 10cm de moins et leur taille s’est mise à stagner dans les années 1960, soit parmi les premières de toutes les nationalités étudiées.

Qu’est-ce qui explique les différences? À l’échelle de la population, les tailles moyennes ont sans doute augmenté grâce à des facteurs environnementaux non liés à la génétique, comme la taille de la mère, la nutrition et l’accès aux soins de santé. Il n’est par conséquent pas franchement surprenant que l'atlas des tailles humaines semble corrélé assez étroitement à celui du produit intérieur brut –des revenus plus élevés facilitent l’accès à une nourriture de meilleure qualité et à des soins de santé plus performants, ce qui rend une population en meilleure santé et, à terme, plus grande.

Une plus haute taille est associée à une plus grande longévité, à de moindres risques liés à la grossesse et aux maladies cardiovasculaires et respiratoires

Ces découvertes indiquent entre autres choses qu’il existe peut-être un point de convergence, une limite de la taille humaine sous ces conditions désirables—une asymptote biologique.

État de santé général

Il est un peu curieux que les auteurs de l’article suggèrent que le ralentissement de notre taux de croissance soit une crise de santé publique en lui-même. «Une plus haute taille est associée à une plus grande longévité, à de moindres risques liés à la grossesse et aux maladies cardiovasculaires et respiratoires», écrivent ses auteurs. La corrélation est peut-être réelle mais cela ne veut pas dire qu’il y ait un lien de causalité.

Une croissance exponentielle de la taille, par exemple, ne conduirait pas à une réduction exponentielle des risques de maladies cardiovasculaires. Le fait que les auteurs ne proposent aucune modification des politiques publiques pour changer cette soi-disant crise est d’ailleurs parlant. Le ralentissement de la croissance n’est en réalité pas une crise, parce qu’il ne cause pas les problèmes corrélés à une moins grande taille. En fait, un troisième facteur entre en jeu –la santé générale– qui, lorsqu’il est positif, contribue à la fois à une augmentation de la taille et à une meilleure santé.

Par exemple, ailleurs dans l’article les auteurs écrivent: «Ces gains (de taille) peuvent expliquer en partie pourquoi les femmes au Japon et en Corée du Sud ont respectivement atteint le 1er et le 4e rang d’espérance de vie mondial.» Mais les femmes de ces pays vivent longtemps non pas parce quelles sont devenues plus grandes. Elles vivent probablement plus longtemps pour la même raison qui fait qu’elles sont plus grandes aujourd’hui, c’est-à-dire qu’elles jouissent d’une meilleure santé générale.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on en vient aux bénéfices sociaux induits par une plus grande taille, celle-ci est toute relative. Que nous ayons atteint notre pic ou que nous l’ayons dépassé, il y aura toujours un fossé opposant les grands qui en profitent et les petits qui en pâtissent.

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