Monde / Culture

Le mépris des fans de Trump envers le «man bun» n’est pas anecdotique

Temps de lecture : 2 min

Les piques en apparence gratuites contre une coupe de cheveu peuvent incarner une certaine vision de la société.

La présentatrice radio Laura Ingraham, le 20 juillet 2016 lors de la Convention nationale républicaine à Cleveland, dans l’Ohio, a dit que la candidature de Clinton était aussi ridicule que les skinny jeans ou les chignons pour homme | Chip Somodevilla/Getty Images/AFP
La présentatrice radio Laura Ingraham, le 20 juillet 2016 lors de la Convention nationale républicaine à Cleveland, dans l’Ohio, a dit que la candidature de Clinton était aussi ridicule que les skinny jeans ou les chignons pour homme | Chip Somodevilla/Getty Images/AFP

Lors de la deuxième journée de la Convention des Républicains américains, qui rassemble les délégués du parti qui choisissent leur candidat à l’élection présidentielle, la présentatrice de radio conservatrice Laura Ingraham a utilisé pendant son discours des comparaisons étonnantes pour disqualifier Hillary Clinton, à qui la base républicaine voue une haine tenace. Pour bien montrer à quel point la candidature de Clinton était inopportune, la présentatrice a évoqué à son propos «une blague cruelle, comme les skinny jeans pour les hommes ou les chignons pour homme, ou quelque chose dans le genre».

Il n’est pas innocent que la comparaison ait été faite après un discours énergique qui s’est concentré sur des thèmes politiques des années 1970, extrêmement polarisants comme l’avortement, l’incendie de drapeau ou le rôle des fonctionnaires fédéraux. Derrière cette «guerre déclarée aux hipsters» qui portent des chignons (appelés «man bun») ou des jeans serrés dont s’amuse le site Mashable, il y a peut-être l’indice que les ressorts du soutien à Trump sont à trouver du côté de l’antagonisme entre des classes sociales dont les modes de vie et les valeurs n’ont plus rien de commun.

Comme l’expliquait récemment le politologue Mark Lilla dans l’hebdomadaire Le Un, les électeurs de Trump veulent se distinguer des «hommes politiques [qui] viennent des classes supérieures et bourgeoises bohèmes», qui «boivent du vin et non de la bière, ont d’autres habitudes alimentaires»:

«Il y a une nouvelle fierté de la classe populaire blanche à être plus “vraie” et vertueuse que les élites qui ne font pas un travail honnête, mentent, imposent leurs valeurs à tous et considèrent moralement méprisables ceux qui ne sont pas d’accord avec elles et n’ont pas les mêmes facilités à s’exprimer.»

Les piques en apparence gratuites ou anecdotiques contre une coupe de cheveu discutable ou des pantalons ajustés peuvent donc incarner plus généralement la vision de la société de l’élite libérale américaine que rejettent les soutiens de Trump, dont un certain adoucissement des critères de masculinité, un peu comme les cheveux longs en leur temps.

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