Sports

Le combat des fans de gymnastique féminine contre les clichés sexistes

Temps de lecture : 2 min

Rassemblée autour de sites internet, de podcasts et de blogs, la communauté gymternet tente d’en finir avec le traitement misogyne des médias sportifs traditionnels.

Entraînement de la gymnaste Vasiliki Millousi à Londres en 2012. | Vasiliki Millousi via Flickr CC License by
Entraînement de la gymnaste Vasiliki Millousi à Londres en 2012. | Vasiliki Millousi via Flickr CC License by

Jeux olympiques de Pékin, 2008. La compétition de gymnastique vient de démarrer. L’une des athlètes s’apprête à s’élancer devant le jury, quand soudain elle se blesse. C’est alors qu’Al Trautwig, un consultant de la chaîne de télévision américaine NBC, compare cette mésaventure à celle d’une femme «en pleurs dans sa robe de mariée juste avant d’aller à l’autel».

Ce genre de propos de mauvais goût, voire nauséabonds, voilà ce à quoi une communauté de passionnées tente de mettre fin depuis 2012, rapporte New Republic. «Nous voulions que la gymnastique soit traitée comme un sport normal», explique la créatrice du désormais célèbre podcast GymCastic, un rendez-vous hebdomadaire concocté par une bibliothécaire quadragénaire, Jessica O’Beirne.

«Hey NBCSports, pouvez-vous dire à Al Trautwig d’être moins gênant et sexiste et raciste durant la retransmission de la gymnastique? Ce serait super.»

Lancé juste après les JO de Londres, GymCastic est au cœur du gymternet, le nom donné à la sphère 2.0 de promotion de la gymnastique féminine. Cette nébuleuse, aujourd’hui réputée dans le milieu sportif, est née en réaction au traitement médiatique traditionnel de la gymnastique féminine, où l’archaïsme n’est jamais loin du sexisme. «Un homme ou un adolescent qui concourt avec une blessure est vu comme un héros, explique Jessica O’Beirne. Pendant ce temps, une femme ne se sent pas capable de dire aux journalistes: “Merde à la fin. Mon pied me fait souffrir. Je vais faire comme je le sens pendant la compétition. Si je dois boiter ou ramper jusqu’à ma chambre d’hôtel, c’est ce que je ferai.”»

Cette misogynie, les commentateurs sportifs en ont conscience, comme l’a admis celui de la NBC Tim Dagett lors de la première émission de GymCastic: «NBC est une énorme entreprise, il y a du business derrière tout ça, donc ils essaient de faire de l’argent.» Voilà pourquoi la chaîne mise sur «les histoires les plus dramatiques possibles [...], car c’est ce que le téléspectateur veut voir». Une méthode qui ressemble sensiblement à celle du duo français Nelson Monfort-Philippe Candeloro lors des retransmissions de patinage artistique.

La communauté ne perd pourtant pas espoir. D’autant que les choses s’améliorent, la fondatrice de The Gymternet —le «New York Times du monde de la gymnastique», selon New Republic– a été recruté par NBC pour couvrir sur internet les compétitions de gymnastique des Jeux olympiques de Rio (5 -21 août 2016). À coup sûr, on y parlera de sportives et plus de «divas».

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