Monde

#pasmachancelière: des Allemands contestent la décision de Merkel dans l'affaire Böhmermann

Temps de lecture : 2 min

Après plusieurs jours de tractations, Angela Merkel a donné, vendredi 15 avril, son feu vert à la justice allemande pour poursuivre en justice Jan Böhmermann à la demande du gouvernement turc. L'animateur de l'émission satirique «Neo Magazin Royale» devra répondre d'«insulte à un représentant d'un État étranger» (un délit passible en Allemagne d'une amende et de jusqu'à trois ans de prison) devant le parquet de Mayence, la ville où se trouve le siège de son employeur, la chaîne de télévision publique allemande ZDF.

Le 31 mars, l'humoriste avait récité à l'antenne un poème dans lequel il insultait le président turc Reycep Tayyip Erdogan, le décrivant entre autres comme «préférant baiser des chèvres et oppresser des minorités» et «piétiner les Kurdes, frapper les chrétiens tout en regardant des pornos pédophiles». Ce ramassis de vulgarités se voulait un exercice de style sur la liberté d'expression, un catalogue d'exemples de propos répréhensibles selon le code pénal allemand. Jan Böhmermann voulait ainsi apporter son soutien à ses confrères de l'émission humoristique «Extra 3» de la chaîne de télévision NDR, qui avait diffusé à la mi-mars une vidéo satirique qui critiquait la dérive autoritaire du président turc sur la mélodie d'un vieux tube de Nena. Le clip avait déclenché les foudres du président turc, qui avait fait convoquer l'ambassadeur d'Allemagne à Ankara pour lui demander des explications. Depuis lors, les relations diplomatiques entre l'Allemagne et la Turquie sont sous haute tension.

La décision de la chancelière allemande provoque un tollé en Allemagne, à la fois au sein de sa coalition gouvernementale et de l'opinion publique, rapporte le quotidien Die Welt, qui l'accusent de faire une grave entorse à la liberté d'expression et de plier face aux tentatives d'intimidation du président turc, en position de force depuis l'accord de renvoi des réfugiés en Turquie. Sa décision surprend d'autant plus que lors de sa brève allocution, Angela Merkel a précisé que ledit paragraphe du code pénal allemand était «superflu» et qu'il serait donc supprimé d'ici à 2018, souligne l'hebdomadaire Der Spiegel.

Depuis vendredi, commentaires affligés, caricatures et détournements s'amoncellent donc sur Twitter, principalement sous le hashtag #nichtmeinekanzlerin («pas ma chancelière»):

«Un jour sombre pour la liberté artistique, de la presse et d'opinion»

Jan Böhmermann, quant à lui, a annoncé via Facebook qu'il allait faire une pause, rapporte Der Spiegel. Sans renoncer à son humour habituel, précisant qu'il irait «se faire expliquer à nouveau cette histoire de liberté de presse et artistique en Corée du Nord, [...] avant d'aller avec [s]on Segway sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle durant quelques jours, en quête de [s]oi.»

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