Après 192 heures de monologue continu, l’obstruction parlementaire désormais détentrice du record de durée a été abandonnée. Ce procédé consiste à monopoliser la parole jusqu’à la fin du temps alloué, de manière à ce qu’aucun vote ne puisse être tenu.
Au parlement sud-coréen, trente-huit députés se sont ainsi succédé dès le 23 février au micro pour former un discours global de 192 heures sans discontinuer, soit huit jours complets. Les parlementaires sud-coréens battent un record jusque-là détenu par un député canadien, qui avait gardé la parole durant cinquante-huit heures de suite.
Leur but était de retarder le plus possible une loi sur le renseignement proposée par le parti conservateur au pouvoir, Saenuri. Le parti principal d’opposition, Minjoo, considère en effet cette loi comme liberticide. D’autres partis minoritaires ont rejoint cette initiative.
Extraits de «1984»
Pour meubler leurs monologues, les députés du parti d’opposition ont tour à tour lu des passages du roman 1984, de George Orwell (qui traite, faut-il le rappeler, de la société de surveillance), de longs articles académiques et des commentaires internet, rapporte la BBC. La plupart des législateurs qui se relayaient le micro portaient des baskets afin de ne pas avoir trop mal aux pieds à force de rester debout.
Le leader du parti d’opposition, Lee Jong-Kul, a terminé cette monopolisation de la parole sur un discours de plus de douze heures, dans lequel il a précise que les «députés ne peuvent pas passer de temps dans leur circonscription parce qu’ils sont mobilisés par l’obstruction». Après avoir abandonné, il a fait part de son désarroi, rapporte The Times of India: «Nous sommes désolés. Nous avons tout fait pour empêcher l’approbation du projet de loi) mais cela n’a pas suffi.»
Loi liberticide
Cette loi dénoncée par le parti d’opposition autorise le Service national du renseignement coréen (NIS) à collecter tout un ensemble de données personnelles, dont les relevés téléphoniques des personnes soupçonnées de représenter une menace pour la sécurité.
«Non seulement cette loi donne au NIS le pouvoir sans précédent et illimité d’espionner chacun des aspects de notre vie à notre insu, mais elle viole aussi la liberté d’expression», a déclaré lundi 29 février une des membres de Minjoo, Hong Jong-Haak, durant un discours de cinq heures.
Pour le parti au pouvoir, la nouvelle législation est nécessaire pour lutter contre les menaces terroristes croissantes, y compris nord-coréennes. Selon sa présidente, Park Geun-Hye, cette démarche d’obstruction des députés n’était «rien d’autre qu’un manquement à leur devoir».
Les électeurs sud-coréens pourront tenter d’influer sur le cours des événements: les prochaines élections parlementaires auront lieu en avril 2016.