En quelques années, le succès des plateformes de streaming audio (Spotify, Deezer, Apple Music et, plus récemment Tidal) ou vidéo (YouTube, Dailymotion, Vevo) ont bouleversé l'industrie musicale. Et, désormais, les seules ventes physiques de disques, de vinyles et les téléchargements payants ne suffisent plus à évaluer, de manière fiable et précise, le succès d'un album.
Pour remédier à ce biais statistique, la RIAA, une structure qui rassemble les principales maisons de disques américaines, a décidé de faire évoluer sa méthode de calcul afin de mieux décompter le nombre de ventes d'un album. Désormais, les vues et écoutes sur les plateformes légales de streaming sont prises en compte dans la certification d'un disque (disque d'or, disque de platine...). Depuis le 1er février 2016, 1.500 écoutes en ligne équivalent donc à un album vendu ou dix titres achetés. Jusque-là, depuis 2013, la RIAA ne prenait en compte les écoutes en ligne uniquement pour la certification des singles.
Les distinctions honorifiques d'albums s'appuient désormais sur trois critères: les ventes physiques, les téléchargements payants et leur popularité sur les plateformes légales de streaming. La méthode de calcul s'appuiera sur les données de sites comme Spotify, Apple Music, Vevo ou YouTube. Ce changement radical, bien que décrié par certains professionnels de la musique, a le mérite prendre en compte les évolutions d'un marché en pleine mutation. Avant la RIAA, c'est le Billboard qui avait pris la décision d'inclure les chiffres du streaming dans son classement annuel.
Dix-sept nouveaux albums certifiés
Au total, dix-sept albums sortis en 2015 ont obtenu une reconnaissance (or ou platine), probablement aidés par cette nouvelle méthodologie. C'est notamment le cas de An Awesome Wave d'Alt-J, Beauty Behind the Madness de The Weeknd ou To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar, propulsé au rang d'album de platine. «La RIAA a aussi accordé le statut d’album de platine à ANTI, l’album de Rihanna sorti cette semaine et qui été téléchargé plus d’un million de fois (gratuitement) en deux jours et écouté plus de 14 millions de fois», ajoute Télérama. En ce qui concerne le marché français, cette méthode de calcul reste à l'étude, précise le magazine, mais devrait arriver au cours de l'année 2016.
À Slate.fr, l'entrée en vigueur de ce nouveau réglement aux États-Unis nous a inspirés. Pour bien se rendre compte de son influence sur les statistiques de ventes de disques, nous avons converti le nombre de vues ou d'écoutes de plusieurs chansons en nombre d'exemplaires vendus. À titre d'exemple, «Lean On» de Major Lazer, le titre le plus écouté sur Spotify en 2015, représente à lui seul 3.600.000 albums vendus.
Faute de données précises sur le nombre d'écoutes de chansons hébergées sur la plateforme Spotify, voici plusieurs simulations opérées à partir des chaînes officielles d'artistes ou de maisons de disques sur YouTube*:
«Gangnam Style» de Psy: 1.673.798 albums
«Blank Space» de Taylor Swift: 963.483 albums
«Dragostea Din Tei» de O-Zone: 317.309 albums
«Thriller» de Michael Jackson: 198.838 albums
«Somewhere over the Rainbow» d'Israel Kamakawiwoʻole: 120.522 albums
«Never Gonna Give You Up» de Rick Astley: 117.266 albums
«Le Monde ou Rien» de PNL: 16.017 albums
«Hey Oh» de Tragédie: 4 152 albums
«Marly-Gomont» de Kamini: 664 albums
*La collecte des chiffres a été réalisée le 3 février 2016 sur YouTube.