Le Quartet tunisien, lauréat du prix Nobel de la paix 2015, a donné sa première conférence de presse mondiale ce jeudi 15 octobre. L’évènement avait lieu au siège de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), à Paris. Dans la cour intérieure du bâtiment, une plaque commémorative ornait un mur et laissait transparaître la venue de la prestigieuse délégation: «Place Mohamed Bouazizi. En hommage au peuple tunisien et à sa révolution de janvier 2011», pouvait-on y lire.
Ce n’est pas hasard si les membres du Quartet, composé de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et de l’Ordre national des avocats, se sont réunis dans la capitale française pour leur première déclaration commune depuis l'attribution officielle du prix le 9 octobre.
[Direct Vidéo] Conf de presse avec le Quartet tunisien, prix Nobel de la paix : https://t.co/LYpYr0dTwA #Tunisie pic.twitter.com/pW8M6VVFiN
— FIDH (@fidh_fr) 15 Octobre 2015
Avec Shirin Ebadi en 2003
Tout au long du dialogue national mené par le Quartet, qui a vu le jour au moment où la révolution menaçait de sombrer dans le chaos à l’automne 2013, la FIDH a soutenu sa branche locale, la Ligue tunisienne des droits de l’homme. La «feuille de route» arrachée par le Quartet aux différents partis politiques a débouché à l’adoption d’une Constitution progressiste fin janvier 2014.
La FIDH offre de la visibilité. On fait notre possible pour que nos partenaires puissent travailler correctement
Karim Lahidji
La FIDH a été à ce titre associée au prix Nobel de la paix 2015. Une distinction qui n’est pas une première. L’organisation, qui rassemble 178 fédérations locales à travers le globe, avait déjà accompagné une lauréate: Shirin Ebadi, première femme à devenir juge en Iran en 1974 et récompensée par le Nobel de la paix en 2003 pour avoir défendu les droits des femmes au sein de la société iranienne. Shirin Ebadi était à l’époque la présidente de Defenders of Human Rights Center, une organisation des droits de l’homme basée à Téhéran et membre de la FIDH.
Mettre en lumière les fédérations locales
En Tunisie, l’engagement de la FIDH a été important. Lors de la conférence de presse donnée à Paris, Karim Lahidji, le directeur iranien de l’organisation, a rappelé qu’il s’était déplacé quatre fois en deux ans dans le pays pour soutenir la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), et par ricochet le Quartet tunisien.
«Avec lui, on a visité des prisonniers politiques et on a pu obtenir une rencontre avec le ministre de la Justice, nous confie Abdessatar Ben Moussa, le président de la LTDH. En l’absence de la FIDH, tout cela est plus difficile.»
On retrouve le même discours dans la bouche de Karim Lahidji, qui nous a livré ses sentiments sur la question.
«Le soutien d’une grande organisation internationale, notre appui dans une enquête, ce sont des choses qui comptent. La FIDH offre de la visibilité. On a un statut consultatif auprès de l’ONU. On fait notre possible pour que nos partenaires puissent travailler correctement.»
Dans un communiqué récent, la FIDH dénonçait par exemple l’impunité dont bénéficient les meurtriers de Chokri Belaïd, opposant de gauche tunisien assassiné devant son domicile le 6 février 2013, dont la disparition avait contribué à rendre le contexte politique explosif.
«En 2013, nous étions très mobilisés et très inquiets de la situation. Quand un opposant politique est assassiné, on se demande si la Tunisie ne va pas exploser», ajoute Karim Lahidji.
LA FIDH offre également une «aide technique», explique un membre du staff. «On apporte aux ligues nationales notre savoir-faire juridique et notre expérience. Plus généralement, on est là pour mettre en lumière les combats des fédérations membres.»
On ne peut pas dire qu’ils aient obtenu le Nobel grâce à nous, ça serait mensonger
Un membre du staff
Le Quartet, une œuvre collective
Dans ce discours, cependant, aucune volonté de tirer de tirer la couverture à soi concernant l’attribution du prix Nobel de la paix au Quartet tunisien. «On ne peut pas dire qu’ils aient obtenu le Nobel grâce à nous, ça serait mensonger», confie le membre du staff. Une affirmation qu'a plusieurs fois répété Karim Lahidji jeudi 15 octobre.
Un sentiment partagé par les représentants du Quartet qui lors de leur conférence de presse commune ont longuement insisté sur le caractère collectif de ce prix Nobel.
«Le Quartet aurait pû être composé de trois ou cinq organisations, cela n’aurait rien changé. Il y a de nombreuses organisations militantes en Tunisie. Pendant le dialogue national on se téléphonait souvent entre nous pour dire à l’autre: “Tu me représentes ici et moi je te représenterai ensuite là-bas”», souligne Fadel Mahfoudh, président de l’Ordre national des avocats de Tunisie.
Des tensions ont pourtant traversé le Quartet, comme on le rappelait dans un article, et ses représentants le reconnaissent. «Mais on a tenu», disent-ils.
Le mot de la fin est pour Samir Majoul, vice-président de l’Utica:
«On a imaginé cette organisation (le Quartet) qui a endossé ses responsablités. Nous avons été soutenu par la communauté internationale, tout en traversant des moments très difficiles. Mais on a tenu et ce prix Nobel appartient au peuple tunisien.»