Culture / Société

Les victimes de catastrophe sont montrées du doigt depuis Pompéi

Temps de lecture : 2 min

Courroux divin, Karma, vie dissolue, tout est bon pour reprocher aux défunts l'événement qui les a tués.

Les ruines de Pompéi Glen scarborough via Flickr CC License by
Les ruines de Pompéi Glen scarborough via Flickr CC License by

«Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient.» Cette réflexion risque toujours de rejaillir ici ou là au sujet des victimes d’une grande catastrophe. Cette tournure d’esprit, assez peu bienveillante et rationnelle, provient du jugement de la société après la destruction volcanique de Pompéi, selon cet article de The Atlantic.

En 79 après Jésus-Christ, alors que Titus vient d’accéder à la dignité impériale à Rome, le Vésuve se met à vomir lave et nuages toxiques. Ce volcan de Campanie qu’on croyait éteint souffle alors la vie de 25.000 personnes en quelques instants. Vient alors l’heure de spéculations sans fin sur la signification de la disparition des victimes. La postérité chrétienne a bien souvent dressé la comparaison entre les malheurs soudains de Pompéi et la condamnation divine de Sodome et Gomorrhe, cités elles aussi détruites «par une pluie de souffre et le feu» dans la Bible. D’après ce rapprochement, Pompéi, païenne et identifiée aux mœurs dissolues des élites romaines, aurait elle-même encouru le courroux qui l’a ravagé. Un roman écrit par Edward Bulwer-Lytton en 1834, Les derniers jours de Pompéi, met en avant la corruption morale des habitants de la ville, explique l’article.

Vengeance

Ce besoin de justifier l’inexplicable, de trouver un motif permettant de se rassurer en cherchant une logique cachée derrière l’absurde a toujours cours aujourd’hui. En 2011, des internautes américains ont cru bon de se sentir vengés de Pearl Harbor par le tsunami qui a frappé le Japon en 2011.

Certains intellectuels ont très tôt dénoncé ces raisonnements cyniques. Ainsi, en 1755, un tremblement de terre accompagné d’un raz-de-marée avait emporté des dizaines de milliers de vies humaines et 85% de la ville de Lisbonne, au grand effroi de l’Europe. Quelques mois plus tard, Voltaire s’exclame dans un poème consacré à ces événements:

«Direz-vous, en voyant cet amas de victimes:
“Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes?”»

Pour une fois moins lyrique que lui, Rousseau lui répond dans une lettre en faisant dériver la catastrophe humaine de Lisbonne de son urbanisme fautif:

«Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez par exemple que la nature n’avait pas rassemblé là vingt-mille maisons de six à sept étages et que, si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également et plus légèrement logés, le dégât eût été bien moindre et peut-être nul.»

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