Monde / Société

Le 11 juin 1985 avait lieu le plus grand échange d'espions de la Guerre froide

Temps de lecture : 2 min

À midi, il y a tout juste trente ans, sur le pont Glienicke, à Potsdam, ont été échangés vingt-cinq agents de la CIA contre quatre espions du KGB.

Affiche sur le pont Glienicke | -jkb- via Wikimedia Commons License by
Affiche sur le pont Glienicke | -jkb- via Wikimedia Commons License by

Vingt-cinq agents de la CIA contre quatre espions de l'Est: voilà le compromis auquel étaient parvenus les services secrets et les représentants des ministères des Affaires étrangères de la RDA et des États-Unis après des années de pourparlers, rappelle l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Ce fut, après l'échange de l'aviateur américain Francis Gary Powers contre l'espion du KGB William Fischer en 1962, le deuxième échange d'agents qui eut lieu sur le fameux Glienicker Brücke, pont d'acier situé sur la frontière entre les deux Allemagnes à Potsdam, au sud de Berlin.

Cet échange historique, minutieusement chorégraphié et immortalisé par la chaîne de télévision ouest-allemande ARD, se déroula le 11 juin 1985 à midi. Côté est, les agents recrutés par la CIA et faits prisionniers par Moscou attendaient dans un bus qui avait été affrété le matin même depuis la prison de Karl-Marx-Stadt, entourés d'une foule d'agents des services secrets, de gardes-frontières et de fonctionnaires.

À midi pile, le convoi américain, constitué de limousines et de minibus, se présenta de l'autre côté du pont. Comme l'avait noté quelques jours plus tôt dans un rapport confidentiel l'avocat est-allemand Wolfgang Vogel, figure-clef des négociations, les Américains voulaient mettre en scène «une sorte de show avec beaucoup de gens et de voitures».

Négociations

Les négociations s'étaient éternisées au sujet du dissident russe Natan Sharansky, emprisonné en 1977 par l'URSS et accusé d'espionnage pour le compte de la CIA:

«Le cas Sharansky semblait insoluble. Moscou exigeait l'aveu du gouvernement américain que le dissident russe avait été un espion de la CIA. Le président Jimmy Carter refusait d'échanger le défenseur des droits civiques comme s'il s'était agi d'un espion.»

C'est pour cette raison que Natan Sharansky ne fut pas emmené sur le Glienicker Brücke ce jour-là. Les 25 agents qui attendaient sur l'autre rive étaient des Allemands de l'Est et des Polonais qui avaient été approchés par la CIA et avaient essentiellement pour mission d'espionner les sites militaires et les installations radars de la RDA. L'un d'eux, Eberhard Fätkenheuer, aujourd'hui âgé de 71 ans, se souvient de sa libération dans les colonnes du tabloïd berlinois BZ:

«Quand nous avons marché en file indienne sur le pont et dépassé la ligne blanche, ce fut clair pour moi: je me trouvais à l'Ouest, du côté de la liberté.»

Compromis

Les 25 agents qui furent échangés ce jour-là (à l'exception de deux d'entre eux, qui firent le choix de rester sur le sol de la RDA) étant de simples citoyens ayant reçu une formation sommaire pour espionner pour le compte de la CIA, les Américains refusèrent de se livrer à un échange homme pour homme, concédant seulement à livrer les quatre anciens agents du bloc soviétique Marian Zacharsk, Penju Kostadinov, Alfred Zehe et Alice Michelson.

Le défenseur des droits civiques Natan Sharansky ne traversa le pont que l'année suivante, le 11 février 1986, à la faveur de l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir:

«L'Est et l'Ouest trouvèrent un petit compromis: le dissident Sharansky, l'un des quatre prisonniers de l'Est qui furent échangés contre cinq prisonniers de l'Ouest, ne fut pas obligé de traverser le pont en compagnie des anciens espions mais pu les devancer seul.»

On peut en effet le voir avancer seul sur ces célèbres images tournées par la télévision ouest-allemande lors de l'échange, exhumées par la station de radio berlinoise RBB.

Newsletters

En Syrie, l'hiver sonne le début de la culture des roses de Damas

En Syrie, l'hiver sonne le début de la culture des roses de Damas

Présidentielle 2024: les Démocrates soutiennent tous Joe Biden, mais...

Présidentielle 2024: les Démocrates soutiennent tous Joe Biden, mais...

L'actuel président, renforcé par les bonnes performances de son camp, aurait la légitimité pour briguer un second mandat. Derrière lui, le parti semble faire bloc, mais la question de son âge devrait surgir tôt ou tard.

En images, les gestes de protestation lors de la Coupe du monde au Qatar

En images, les gestes de protestation lors de la Coupe du monde au Qatar

La Coupe du monde de football au Qatar déchaîne les polémiques depuis son attribution. Parmi elles, celle liée aux droits humains, bafoués au sein de l'émirat, et en particulier à l'homosexualité, illégale dans le pays. Mais au sein des stades ...

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio