Société

Vivement lundi: la corrida

Temps de lecture : 2 min

Est-ce que ce monde est sérieux? Non, toujours pas en fait.

Je l'ai appris bien tard: le taureau n'a aucune chance, sauf coup de bol, de survivre. | Louison
Je l'ai appris bien tard: le taureau n'a aucune chance, sauf coup de bol, de survivre. | Louison

Chaque samedi, Louison chronique un objet ou un événement de notre quotidien.

Pour un rendu optimal, cette chronique a été entièrement écrite en écoutant la merveilleuse chanson de Francis Cabrel, «La Corrida». Depuis, je parle avec un accent chantant et j'ai la moustache qui pousse, mais aucun regret.

C'est vrai quoi, est-ce que ce monde est sérieux? Pas celui où des députés finissent par remplacer un texte de loi pour interdire, enfin, la corrida, par un autre qui permet aux soignants non vaccinés de se remettre tranquillou dans le secteur médical, non, ça je crois que plus rien ne m'étonne dans ce monde-là.

Je vous rappelle qu'il a fallu une loi pour interdire le broyage des poussins, donc les taureaux avec leur pique à brochette pour cervicales vont devoir attendre un peu. On leur aurait enfoncé des cintres, peut-être qu'ils auraient eu une chance d'être inscrits dans la constitution, mais avec quelque chose de si charmant et pittoresque que des banderillas, que voulez-vous. Faut dire que ça sonne comme tapas, pas comme des armes de torture aussi. On est en macronie, les mots ont un sens, mais surtout, les marques font le boulot pour vous.

Est-ce que ce monde est sérieux? Non, toujours pas en fait. Et le monde justement, il est plus attaché aux traditions qu'au bon sens et à l'empathie. Gaver des oies parquées par douze au mètre carré? C'est si bon sur un pain grillé aux figues avec une larme de Sauternes. Laisser de majestueux mammifères marins, plus intelligents qu'un spectateur de C8 et capables de la plus grande empathie (eux) croupir dans 20 mètres cubes d'eau, de chlore, de larmes et de pisse? Oui mais les gosses sont contents, ils ont pu voir en vrai l'orque qu'ils avaient sur le porte-clés de l'antivol de leur trottinette.

Et puis, la corrida.

Enlevez le toast au sauternes, buvez tout le chlore, là il n'est même pas question de faire un repas de fête ou d'amuser les gosses. Encore que, je l'écris un peu fébrilement, mais on m'a emmenée voir une corrida quand j'avais 9 ans et je crois sincèrement que les adultes que j'ai accompagnés ce jour-là ont cru bien faire en me laissant assister à un spectacle plein de sang et de mise à mort. Je crois que j'aurais préféré aller voir Chantal Goya en vrai plutôt qu'un tableau de Goya en vrai, mais c'était il y a presque trente ans alors c'est un peu tard pour le trait d'esprit.

Je me souviens qu'il y a eu plusieurs taureaux dans l'arène cet après-midi-là, dont un marron qui a été gracié. Je me souviens que je ne mangeais pas beaucoup de viande déjà à l'époque et que j'ai continué ainsi. Je me souviens que les costumes étaient jolis et les gens avaient l'air heureux et je me souviens surtout que pendant longtemps, j'ai défendu moi aussi cette tradition en avançant l'argument implacable comme un picador: «Attends, c'est un combat à égalité.»

J'avais tort. Bordel, que j'avais tort. Je l'ai appris bien tard, pas trop tard, mais pas loin. Le taureau n'a aucune chance, sauf coup de bol, de survivre. Il a en tout cas 100% de chances de souffrir, parce que la virilité des hommes est fragile comme leur justaucorps rose brodé d'or, ou comme une conviction politique.

Est-ce que ce monde est sérieux? Définitivement pas, et un jour, nous comprendrons que c'est nous les taureaux dans l'arène.

Olé.

Et vivement lundi.

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