Société

Vivement lundi: la mort

Temps de lecture : 2 min

Si au moins celles et ceux qui ne sont plus là pouvaient la jouer profil bas. Mais c'est tout le contraire: plus ils sont absents et plus ils nous manquent.

Les morts, sous prétexte de ne plus être vivants, se désolidarisent totalement du quotidien. | Louison
Les morts, sous prétexte de ne plus être vivants, se désolidarisent totalement du quotidien. | Louison

Chaque samedi, Louison chronique un objet ou un événement de notre quotidien.

«Qu'est-ce que j'peux faire, ch'ais pas quoi faire.» Apparemment, à cette interrogation existentiallo–flemmarde, beaucoup de nonagénaires se sont dit ces derniers temps: «Tiens, et si je mourais?» Bah ouais c'est vrai, arrive un âge où les occasions de faire quelque chose pour la première fois ne sont pas si fréquentes et franchement, je comprends très bien qu'entre le trépas et s'inscrire sur TikTok, le choix soit vite fait.

Mais tout de même, la mort ça craint. Pire, la mort c'est dégueulasse. Mais qu'est-ce que c'est, «dégueulasse»? Bah demandez à Jean Seberg. Ah bah non, elle est morte. Bah demandez à Belmondo alors. Non plus? C'est un complot ma parole.

Voilà, c'est ça, la mort, c'est un complot.

Un complot particulièrement fourbe, puisqu'il peut toucher n'importe qui à n'importe quel moment. Genre même la reine d'Angleterre peut casser sa pipe d'altesse royale juste avant l'heure de l'apéro, alors qu'elle allait très bien au petit déj'. Bon elle allait sûrement pas très bien le matin de sa mort, mais nous on ne savait pas et on a pu déguster nos trois bols de Chocapic peinards. Pareil pour William Klein ou Jean-Luc Godard, avant d'être morts ils étaient parfaitement en vie.

Complot, je vous dis.

Complot qui commence très tôt dans la vie d'ailleurs. Ton poisson rouge par exemple, il allait super bien le matin quand t'es parti à l'école et comme par hasard quand tu rentres, le soir, il a décidé de changer de vie, il a choisi la pas-vie et la réincarnation en bloc cuvette WC, sans préavis sans même un petit mot pour te prévenir. Complot. Pareil pour ton hamster, ta gerbille, ton chinchilla, ton furet, ton cochon d'Inde, ton lapin nain. Je vous rassure, un jour j'ai décidé d'arrêter de fréquenter des rongeurs pour me consacrer pleinement aux plantes grasses. Avec un résultat assez mitigé, mais c'est une autre histoire.

La pire catégorie de population

Bref, la mort, ça craint.

Quand j'étais petite, la mort ça perturbait les programmes de la télévision. Franchement, qui ose mourir pendant un épisode de Princesse Sarah? Bah Pierre Bérégovoy. Qui ose passer l'arme à gauche un dernier jour de vacances? Bah la princesse de Galles. (Celle du siècle dernier hein, Kate Middleton va très bien, et dans le doute je vais aller l'emballer dans du papier bulle pour m'en assurer.) Bref, la mort est un putain de scandale, mais c'est rien ou non rien, genre poil-de-fesses-de-cacahuète-naine-rien, à côté des morts eux-mêmes.

Alors là pardon, mais on est tout de même sur la pire catégorie de population. À côté, les gens qui téléphonent avec le haut-parleur dans les transports en commun sont dignes d'être chevaliers grands-croix de la Légion d'honneur, ou de pouvoir barboter tous les matins dans une pataugeoire pleine de loutres (oui, chacun son idée de ce qui peut être l'aboutissement d'une vie).

Bref, les morts, qu'ils soient des vieux connus ou des jeunes inconnus, sont à l'humanité ce que le côté bleu des gommes est aux trousses: parfaitement inutiles et franchement décevants. Les morts, sous prétexte de ne plus être vivants, se désolidarisent totalement du quotidien. Avez-vous déjà vu un mort répondre à un texto? Jamais. Venir dîner? Prendre l'apéro? Un brunch? Une collation? Une biscotte au-dessus de l'évier? Non plus. Même la reine d'Angleterre va s'asseoir sur les RSVP maintenant que son âme a rendu les clés du Airbnb de son corps.

Si au moins celles et ceux qui ne sont plus là pouvaient la jouer profil bas. Mais c'est tout le contraire: plus ils sont absents et plus ils manquent.

Aucun savoir-vivre, juste de savoir mourir.

Complot, je vous dis.

Vivement lundi.

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