Société

Vivement lundi: la rentrée

Temps de lecture : 2 min

Nouvelle année, nouveau départ, mais avec un look qui laisse souvent songeur.

J'ai toujours l'illusion que si nos cheveux sont différents, nos vies suivront le même mouvement. | Louison
J'ai toujours l'illusion que si nos cheveux sont différents, nos vies suivront le même mouvement. | Louison

Chaque samedi, Louison chronique un objet ou un événement de notre quotidien.

Pendant très longtemps, la rentrée fut dans mon esprit associée aux catalogues de papier glacé des chaînes de supermarchés de la région, coincés par kilos dans la boîte aux lettres de ma maison de vacances dans le Var.

Pendant très longtemps, se préparer à la rentrée consistait à cocher dans lesdits catalogues toutes les fournitures de classe qui feraient de moi une bonne élève. Un Stabilo rose effaçable? Voilà ce qu'il me faut pour être la meilleure en classe de maths cette année. Des ciseaux crantés? Voilà ce qu'il me manquait pour définitivement maîtriser toutes les vicissitudes du commentaire composé. Étrangement, je n'ai jamais eu l'idée de plutôt éplucher des livres ou des cahiers de vacances à la place de ces catalogues de grande distribution, et du coup, spoiler: j'étais une quiche à l'école.

Mais une quiche avec une machine à faire les étiquettes et un stylo couleur des mers du Sud, oui celui-là même qui ne pouvait évidemment jamais s'effacer, mais faisait ressembler n'importe quelle dictée à une carte postale envoyée de Tahiti. À croire que l'ensemble de mes professeurs n'avait ni Miles ni envie de voyage, car ce stylo ne m'a jamais valu la moindre bonne note.

Des rentrées échevelées

Pendant très longtemps, la rentrée fut aussi associée dans mon cervelet à une scène plus traumatique que celle de la douche dans Psychose. Assise sur une chaise pliante Ikea au milieu du salon, des feuilles de papier journal coincées en dessous, une serviette éponge tenue par une pince à linge autour de la nuque, et mon frère sur le canapé en face, me regardant avec empathie, pour ne pas dire pitié. En fond sonore, une émission du dimanche soir, mais pas «7 sur 7», car à l'époque, Anne Sinclair avait déjà rangé ses pulls en mohair au vestiaire. Et puis ma mère, une paire de ciseaux, même pas crantés, à la main.

Jusqu'au mois de septembre 1998, et pas un jour de plus, ma mère a eu le droit de me couper les cheveux. Droit qu'elle a donc perdu en cette veille de rentrée en classe de quatrième. Il existe encore quelques photos d'identité faites à cette période. Les nuits de Lune rouge, je les sors de leur boîte pour éloigner les mauvais esprits. Ça marche encore mieux que la sauge et le chamanisme, ou les livres de Marlène Schiappa.

Chaque année depuis la quatrième, je continue de me faire couper les cheveux, car comme beaucoup de gens, j'ai toujours l'illusion que si nos cheveux sont différents, nos vies suivront le même mouvement. Spoiler encore: c'est comme avec le stylo bleu des mers du Sud, c'est plutôt bancal comme projet.

Mais désormais, je fais confiance à un homme chauve dont c'est le métier, et je vois ma mère après. D'ailleurs je termine ces lignes quelques minutes avant d'aller chez le coiffeur, et plus j'y pense, plus je me dis que si ça se trouve, Michel Houellebecq vend autant de livres car il les écrit avec un stylo couleur des mers du Sud.

Ou que, peut-être, il fait toujours cette tête de trois pieds de long car sa mère continue de lui couper les cheveux. Même après la quatrième.

Allez, vivement lundi.

Vivement lundi
Vivement lundi: le train

Épisode 2

Vivement lundi: le train

Vivement lundi: la mort

Épisode 3

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