Culture

Comment s'amusait-on au Moyen Âge?

Temps de lecture : 3 min

[L'Explication #92] Plutôt bien, mais ça ne plaisait pas à tout le monde.

Scène du film Les Visiteurs. | Capture d'écran Gagtiger via YouTube
 
Scène du film Les Visiteurs. | Capture d'écran Gagtiger via YouTube  

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

La première chose qui nous vient à l'esprit quand on évoque le Moyen Âge, c'est surtout des personnes à l'odeur fétide et aux dents pourries qui s'entretuaient dans des batailles sanglantes pour quelques châteaux et princesses. Une description simplifiée, somme toute véridique, mais qui compose un bien triste et morose portrait de cette époque. Car avant de se fendre en deux à coup d'épées tranchantes, on se fendait aussi la poire.

Oui, de Clovis à Saint-Louis, en passant par Charles V, on savait s'amuser, faire la teuf entre demoiselles et damoiseaux jusqu'au bout de la nuit, notamment grâce à des jeux divers et variés. Des jeux qui sont un véritable miroir de la société d'alors.

Des jeux pour en découdre

Festins, danses endiablées, soirées de débauche... le Moyen Âge c'est aussi ça. Particulièrement représentés dans les contes et les films, les tournois faisaient notamment partie des grandes festivités de l'époque. Pour assister à la succession de joutes, duels équestres où chacun tente de désarçonner son adversaire, les spectateurs se blottissaient dans des hourds. Rires et cris d'encouragement allaient bon train. L'occasion également de faire la cour à quelques dames et champions.

Si les spectateurs passaient du bon temps au milieu du fracas des lances et des boucliers brisés avec violence, tout le monde ne pouvait pas participer aux réjouissances. De nombreux jeux et sports violents servaient en fait à la préparation militaire des chevaliers et étaient interdits aux simples paysans. La fauconnerie et la chasse médiévale étaient de cette trempe-là.

Les jeux d'adresse étaient aussi particulièrement prisés. Le tir à l'arc ou encore la quintaine, dont l'objectif était de renverser un gros mannequin à l'aide de lances et en cinq essais maximum, servaient autant de divertissements que d'entraînement pour un jour en découdre sur un champ de bataille.

Avoir des gros bras et une grosse épée c'est bien, mais savoir se servir de sa tête l'est tout autant. Un jeu vint alors s'ajouter à la formation dans l'art de la guerre des chevaliers: les échecs. Ce jeu né en Asie gagne l'Occident grâce aux croisades et au commerce, et après quelques modifications (exit le vizir, bienvenue à la reine), il se répand dans les strates les plus élevées de la société, des rois à la bourgeoisie, en passant par la noblesse. Et pour cause: il est un véritable reflet de la société.

Tout le Moyen Âge ou presque est là, sur ce plateau, à travers ces pions parfois décorés avec finesse. La présence d'une hiérarchie claire semblable à la société médiévale, la désignation d'un vainqueur et d'un vaincu, la puissance de déplacement de certaines pièces nobles par rapport aux autres... bref, du Moyen Âge à l'état brut.

Dés, hasard et Église

Les membres du petit peuple n'étaient pas en reste pour autant. Certes, ils n'avaient pas de pièces d'échecs serties de diamants, mais ils pouvaient compter sur des morceaux d'os pour fabriquer des dés, voire des patins à glace pour l'hiver. ​On se tournait également vers les estomacs d'animaux ou le cuir rembourré de tissus pour fabriquer la balle nécessaire au jeu de paume, l'ancêtre du tennis. Apparu au XIe siècle, il se répand petit à petit dans toutes les catégories de la société. ​

Les jeux de table étaient également très prisés, comme la mérelle, présente dans les tavernes ou chez les particuliers. Ce jeu, mélange de stratégie et de hasard, consistait à lancer des dés, puis à déplacer des pions en suivant un parcours sur un plateau. Une sorte de jeu de l'oie version Jacquouille la Fripouille.

Les jeux de cartes sont arrivés plus tardivement en Europe occidentale, avant de susciter un vrai engouement au cours du XIVe siècle. Autrefois rares et coûteux, ils se démocratisent progressivement grâce à l'imprimerie, jusqu'à faire de l'ombre aux célèbres dés. Tous les deux ont notamment un point commun: le hasard.

Les jeux de hasard étaient clairement les plus appréciés. S'y risquer, c'est entrevoir la fortune, ou vider complètement sa bourse. Théoriquement interdits, les paris d'argent et les jeux de hasard fleurissent pourtant dans les bas-fonds. Pourquoi une telle réglementation? Tout simplement parce que l'Église voyait d'un mauvais œil pareille débauche. D'un très mauvais œil même.

Ce type de jeu était ni plus ni moins considéré comme l'œuvre du diable. Pour les instances religieuses, il favoriserait l'avarice, la colère, et serait propice aux jurons et aux blasphèmes. Un dangereux cocktail qui n'a pas sa place chez un bon chrétien. Aucune loi ou menace divine ne réussira pourtant à entraver leur pratique.

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