Santé

Pourquoi certaines personnes sont-elles allergiques au pollen?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #52] Une histoire de système immunitaire (un peu trop) prêt à en découdre, de prédisposition génétique et d'une bonne dose d'éternuements.

On estime qu'environ 20% de la population est aujourd'hui allergique au pollen. | Polina Tankilevitch via Pexels
On estime qu'environ 20% de la population est aujourd'hui allergique au pollen. | Polina Tankilevitch via Pexels

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Chaque année c'est la même rengaine. Début avril, alors que les températures s'adoucissent, on pointe de plus en plus le bout de son nez dehors. Problème, ce dernier se met à couler, à démanger. Les yeux rougissent. La gorge gratte. En un rien de temps, on se retrouve comme submergé par cette satanée allergie qu'on ne connaît que trop bien. Oui, pas de doute possible: le pollen est bel et bien de retour.

Mais alors qu'on se met à éternuer sans répit, notre entourage, quant à lui, est parfois complètement insensible à ces microscopiques grains de pollen qui balayent le ciel. Pire, on passe pour un pestiféré qui relâche un peu partout ses miasmes avec fracas. Et on a beau tenir pour responsable cette foutue pollinisation, il reste difficile de convaincre les non allergiques, notamment en période de regain de Covid. L'occasion pour nous de répondre une bonne fois pour toute à cette question printanière: pourquoi seulement certaines personnes sont-elles allergiques au pollen?

Système immunitaire en surchauffe

Avant de pester contre ce pollen qui vous mène la vie dure, sachez que ce dernier est aussi indispensable qu'innocent. Le rôle premier de ces petits gamètes mâles –sortes de spermatozoïdes version florale– est d'aller se poser sur un pistil femelle pour le féconder, pas de finir au fond de vos narines. Et quand bien même, ce n'est pas vraiment lui qu'il faudrait blâmer. Le coupable n'est autre que votre système immunitaire, qui réagit un tantinet trop face à ces petit grains qu'il pense nocifs.

Notre système immunitaire est notre protecteur quotidien. Son job: reconnaître les corps étrangers comme les bactéries ou les virus. Une fois ces derniers détectés, il produit des molécules capables de traquer et détruire ces intrus. Dans la majorité des cas, tout fonctionne assez bien. Mais la machine s'enraye parfois.

L'allergie est justement un exemple de dérèglement du système immunitaire. Ce dernier surréagit face à une substance a priori inoffensive, appelée allergène. Dans le cas d'une personne allergique au pollen, les allergènes sont justement ces petits grains provenant de la pollinisation de certaines espèces végétales.

En contact avec les grains de pollen, le système immunitaire de la plupart de la population se met à fabriquer un type bien précis d'anticorps pour les neutraliser: des IgG. Rien de plus, rien de moins. Mais chez les personnes allergiques, c'est la débandade. Le système immunitaire panique. Il se sent agressé et répond en force en fabriquant des IgE, un autre type d'anticorps. «Prends ça le pollen», pourrait-il pouffer. Sauf que ces anticorps n'agissent pas de la même façon. Ils viennent se coller à une certaine variété de globules blancs qui, en réponse, libèrent de l'histamine, la substance responsable des symptômes de l'allergie, explique Science et Vie. Une réaction excessive, dont les allergiques se passeraient bien volontiers.

«Mais pourquoi moi», me direz-vous? Si vous êtes allergique, cela vient peut-être de votre famille. Certaines personnes ont en effet une prédisposition génétique à développer des manifestations d'hypersensibilité, comme le rhume des foins, l'urticaire, l'asthme ou encore l'allergie au pollen.

Si un ou les deux parents présentent une allergie par exemple, leur enfant sera bien plus à même de devenir allergique à son tour. Car oui, on ne naît pas allergique, mais on le devient. Et cela peut se manifester à n'importe quel âge! Il n'est jamais trop tard pour rejoindre la team des allergiques aux pollens. Et plus le temps passe, plus cette communauté d'éternueurs s'agrandit.

Réchauffement climatique

Vous avez bien lu, le nombre de personnes souffrant d'allergie aux pollens est en constante augmentation, et pourrait même atteindre prochainement des sommets. Alors qu'aujourd'hui environ 20% de la population est concernée, on risque de dénombrer pas moins de 50% d'allergiques au pollen d'ici 2050. Une véritable explosion liée à un phénomène tristement célèbre: le changement climatique.

Ce dernier vient en fait perturber les saisons de pollinisation. Avec l'augmentation des températures, les saisons polliniques sont de plus en plus précoces et s'allongent dans le temps, au grand dam des allergiques. Pire encore, l'effet de serre a tendance à faire pousser davantage les plantes, ce qui augmente aussi l'intensité des périodes polliniques. Et pour couronner le tout, la concentration des plantes en protéines allergisantes s'accroît, rendant le pollen de plus en plus agressif. Que des bonnes nouvelles, en somme.

Comment faire, dès lors, pour se prémunir du pollen? Vous pouvez toujours adopter quelques gestes simples, comme aérer votre domicile, porter des lunettes ou conduire les fenêtres fermées par exemple. Éviter également les efforts physiques s'il fait chaud et les pics de pollution. Cette dernière peut en effet fragiliser le pollen qui, avec le vent, se retrouve désintégré en de très petites particules, facilitant son entrée dans les voies respiratoires.

Un rendez-vous chez l'allergologue peut aussi vous permettre de cibler votre allergie pour mieux la contrer. Il pourra également vous indiquer des traitements médicamenteux locaux pour soigner non pas la cause, mais les symptômes de cette allergie.

La solution la plus radicale reste cependant une désensibilisation: un traitement d'environ trois ans qui vise à guérir la cause de l'allergie. Les patients se voient administrer sous forme de comprimés à placer sous la langue, de gouttes ou d'injection, des petites doses de l'allergène coupable. L'objectif? Habituer l'organisme à se confronter à cet allergène qu'il redoute tant. Un traitement long et qui impose un suivi médical régulier, mais qui soulage les personnes aux symptômes les plus graves. De quoi passer cette foutue période de pollinisation dans de meilleures conditions.

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