Société

«Elle m'a dit qu'elle allait le tuer»

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 1] Le 4 novembre 2018, un corps démembré est retrouvé dans la Seine. Les enquêteurs ne tardent pas à l'identifier et à tenir une piste: il s'agit de Sliman Amara, et sa meurtrière ne serait autre que sa compagne, Céline Vasselin.

Comment imaginer cette jeune femme blonde de 31 ans, esthéticienne à domicile à la voix fluette et mère d'un petit garçon de 3 ans et demi, commettre un acte aussi abominable? | Jeanne Paravert
Comment imaginer cette jeune femme blonde de 31 ans, esthéticienne à domicile à la voix fluette et mère d'un petit garçon de 3 ans et demi, commettre un acte aussi abominable? | Jeanne Paravert

Quand les policiers du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen sonnent à la porte de sa maison du Petit-Quevilly, Céline Vasselin pense: «Ah, déjà.»

Nous sommes le 8 novembre 2018. Quatre jours plus tôt, un corps a été retrouvé dans les eaux de la Seine, emballé dans une bâche bleue entourée d'adhésif gris, nu, décapité, sans main ni pied. Dans ces conditions, identifier la victime aurait certes pu prendre du temps. Mais Céline Vasselin ignorait que son conjoint, Sliman Amara, était fiché au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) –pour des faits remontant à près d'une dizaine d'années, «outrage à agent» et «menace de commettre un délit». Grâce à l'ADN, aux fichiers de police et à la téléphonie mobile, les enquêteurs avaient trouvé un nom et une adresse. Ils étaient rapidement remontés jusqu'à elle.

Dans son bureau, le major Patrick Fayeulle annonce à Céline Vasselin qu'il la place en garde à vue pour homicide volontaire. Elle reste mutique. Un doute s'empare de lui. Les premiers éléments de l'enquête –la téléphonie et l'absence de déclaration de disparition de son conjoint– pointent vers Céline Vasselin. Mais comment imaginer cette jeune femme blonde de 31 ans, esthéticienne à domicile à la voix fluette et mère d'un petit garçon de 3 ans et demi, commettre un acte aussi abominable?

«Quand il est tout seul, il est malheureux»

Tout le monde savait que ça tournerait mal. «Mais pas comme ça...», souffle une amie de Céline Vasselin à la barre. Face à la cour, Jacques Vasselin, le père de Céline, énonce: «J'aimerais bien revenir en arrière.»

«J'étais voulue, mes parents s'aimaient très fort. Ils se sont mariés et ont divorcé quand j'avais 2 ans», raconte Céline Vasselin. Jacques rencontre Josette dans un bar où elle fait des ménages. Mais après la naissance de leur fille unique, Jacques perd son travail. Il peine à remettre le pied à l'étrier. «Et de fil en aiguille, je suis tombé dans l'alcool» reconnaît-il. Céline n'a gardé qu'une seule trace de ce passé en mémoire. Un soir où son père était rentré saoul à la maison, sa mère et elle s'étaient alors cachées dans la chambre. Sa mère a rapidement quitté Jacques. «J'étais un père absent», admet-il.

Un temps, il est SDF. Lors des récréations, il se rend à l'école de sa fille pour la voir de loin. Lui ne veut «surtout pas» qu'elle l'aperçoive. Peu à peu, il retrouve du travail dans la restauration. Il dort à l'hôtel. En l'apprenant, Josette, désormais son ex-femme, lui rend visite avec Céline. Elle a alors 7 ans et est d'une timidité presque maladive. Son père, Jacques, essaie de rattraper le temps perdu. Céline est «un ange». En 2001, il se remarie –Céline est la témoin de son épouse au mariage– et travaille en tant qu'artisan dans le bâtiment. Il aide financièrement sa fille pendant ses études.

Un jour de 2007, Céline lui rend visite et lui annonce: «J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.» La bonne est qu'elle a rencontré un homme.

Après un CAP Esthétique, Céline est embauchée dans un institut de beauté à Saint-Étienne-du-Rouvray, une commune de la métropole de Rouen. Elle a 20 ans. En rentrant du travail à pied, une voiture s'arrête sur la route pour la laisse traverser. Elle fait un signe de remerciement, levant à peine les yeux. La voiture fait demi-tour. À bord, l'homme lui sourit. Il lui tend un petit papier avec son nom et son numéro de téléphone. Elle le glisse dans la poche de son blouson et s'en va.

Les semaines suivantes, elle recroise l'homme plusieurs fois au volant de sa voiture. Ils discutent. «C'est un bel homme», pense Céline. En voulant nettoyer sa veste, elle retombe sur le petit bout de papier au fond de la poche: «Slim». Elle appelle le numéro. «Il était très très content, ça m'a surprise», raconte Céline Vasselin. Ils s'embrassent au bout de quatre jours. S'installent ensemble au bout de quatre mois.

La mauvaise nouvelle, prévient Céline, est que Sliman Amara est «un Algérien qui ne travaille pas».

Jacques Vasselin secoue la tête: «Ça aurait été un Italien, j'aurais dit “Italien... C'est surtout qu'il ne travaille pas.” Il a pas de logement, il trouve une fille comme ça sur le trottoir...»

Inès*, la sœur aînée de Sliman Amara, se souvient de l'enfant «gai, joyeux et espiègle» qu'était son frère. Un soir, il l'appelle. Malgré les 1.000 kilomètres qui les séparent, elle le sent au son de sa voix: «Oh toi... Tu as rencontré quelqu'un.» Elle sourit. Sliman est le petit dernier de la famille Amara. Son grand frère témoigne: «Quand il est tout seul, il est malheureux.»

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«Sliman, on ne lui donne pas d'ordre»

Dès les premiers mois de leur relation, Sliman Amara parle d'enfant à Céline Vasselin. Elle ne se sent «pas du tout prête». Céline qualifie la première année avec Sliman de «magique». Avec sa mère, avec son précédent compagnon, elle était jusqu'alors «maternante» et ce rôle de maman la lassait: «Je voulais être femme et là, j'avais en face de moi un homme.»

Sliman va la chercher au travail, l'emmène à Honfleur le week-end, paye le restaurant et lui offre des robes. Les tâches ménagères sont réalisées à parts égales. Le prince charmant existe, se dit-elle. Sarah, la petite cousine de Sliman, voit en ce «beau couple» une forme de «modèle»: Sliman appelle Céline «ma puce», «ma femme», lui fait «de très beaux cadeaux pour son anniversaire» et est «très tactile» avec elle, là où elle est plus pudique. «Tu vois, elle est un peu plus jeune que moi mais si tu savais... Ça fait du bien d'être avec quelqu'un de normal. Elle est calme, elle est tranquille, elle fait pas ces choses de filles cancanières. Elle est reposante, ça fait du bien à la tête», confie Sliman à sa sœur Inès. Ils ont quatorze ans de différence.

Trois années passent. Au cours d'un séjour dans le sud de la France, chez Inès, Céline apprend que Sliman a une petite fille. Elle lui demande s'il ne va pas la voir, il répond simplement que non.

En 2012, Sliman cherche et visite un bien immobilier pour s'installer. Le couple achète une maison au Petit-Quevilly. Ou presque: en réalité, c'est Céline Vasselin qui l'achète avec sa mère. Sliman Amara donne 9.000 euros d'apport et n'apparaît sur aucun papier. «C'est lui qui voulait ça, dit Céline. Pour avoir droit au RSA. Avec le recul, je pense qu'il était très stressé par rapport à l'argent... Mais il faisait rien pour en avoir à côté non plus.»

Sliman Amara ne travaille toujours pas. Bon bricoleur, il achète de temps à autre des voitures qu'il retape et revend sur Leboncoin. Il s'investit autrement dans la maison: il s'occupe des travaux, cherche les artisans et supervise le chantier. Jacques, le père de Céline, participe aussi à la rénovation et l'agrandissement de l'habitation durant deux ans: «Je le faisais gratuitement, c'est normal.» Cela l'avait surpris, la manière dont son beau-fils parlait aux ouvriers: «Je ne sais pas si c'était le fait de les payer ou quoi... Il les menaçait.» Il se rappelle que Sliman était «très maniaque»: «Il voulait la plus belle cuisine, la plus belle salle de bains...» Mais il ne comprend pas trop son attitude.

En 2014, Céline tombe enceinte. Une grossesse désirée. C'est un petit garçon. «J'ai eu l'impression de vivre les choses seule, raconte-t-elle. Il m'a accompagnée à la maternité. Le travail a duré quatre jours. Lui, ça le saoulait. Il me disait: “Ça me saoule d'être là, je rentre à la maison”.» Quand on demande à Céline Vasselin si elle pense que Sliman Amara était heureux à la naissance de son fils, elle se pince les lèvres. Elle ne saurait dire. Il était présent à l'accouchement. Il est resté à ses côtés. Il n'a pas voulu reconnaître l'enfant. C'est elle qui a couru au service d'état civil de la mairie, pendant que lui gardait le petit à la maternité. Il lui a donné son premier bain. Il lui a changé la couche. Mais une fois à la maison, s'occuper du bébé ne l'intéressait plus. «Et il ne voulait pas l'entendre pleurer, note Céline. Fallait pas qu'il pleure.»

Josette, la mère de Céline, a une maladie du foie. Elle supporte de moins en moins la solitude. Il est prévu qu'elle aille vivre dans la maison de Petit-Quevilly. Inès, la sœur aînée de Sliman, trouve l'idée «inquiétante» et alerte son frère: «Tu vas pas te mettre la belle-mère dans les pattes! Elle va avoir un regard sur tout.» De fait, elle est exigeante «quant aux finitions des travaux» et veut que «tout soit nickel le plus vite possible». Sliman est agacé. «Sliman, on ne lui donne pas d'ordre. On ne lui dit pas ce qu'il a à faire», explique Céline. Mais ce qui a tout compliqué, c'est l'alcool.

«À partir du moment où j'ai accepté la première crise...»

Quand ils étaient encore jeune couple, il y avait eu une scène où Sliman avait tout renversé. Il buvait des coups avec son ami dans le salon de l'appartement, et Céline avait naïvement proposé à l'ami de le raccompagner si besoin. «Je ne sais pas ce que Sliman a cru, se souvient Céline, mais tout y est passé. Les verres, la table, “pétasse, sale pute”.» Peut-être avait-il cru qu'elle poussait son ami vers la porte. Elle en était restée abasourdie. L'ami en question avait traîné Sliman dehors pour le calmer, et seule chez elle, Céline avait pensé: «Est-ce que je mets ses affaires dans un sac poubelle et je le mets dehors?» Sliman était rentré. Il s'était excusé. Son ami avait juré: «T'inquiète, c'était qu'une fois.»

«C'est progressif, narre Céline. Au départ, il buvait les week-ends. Pas forcément énormément. Quand il rentrait éméché, peu importe l'heure, je m'occupais de lui. Je lui cuisinais des pâtes.» D'un coup, elle tombe en sanglots: «J'étais très amoureuse. Je l'aimais énormément. J'acceptais, c'était pas régulier. Mais à partir du moment où j'ai accepté la première crise...»

Céline Vasselin a beaucoup d'amies. «Peut-être le fait que je suis fille unique... L'amitié pour moi, c'est sacré», expose-t-elle. Il y a Pauline*, Alexandra, Valérie, Lydie*, et Isabelle. Isabelle est enregistrée sous le nom «grande sœur» dans le répertoire de son téléphone. «C'était mon esthéticienne. Après, elle m'a dit qu'elle se mettait à son compte, relate Isabelle. Elle était tellement gentille, douce... Mon mari et mon fils étaient partis toute la journée, quand elle venait c'était un moment de douceur.» Un jour, ils lui proposent de venir en vacances à la montagne avec eux. Isabelle est malade, elle ne peut pas skier. Céline en est touchée «et de là, les liens se sont resserrés», se remémore Isabelle.

Elle a vu quelques fois Sliman, lors d'un bowling, puis pour un week-end dans le Calvados: «On avait passé un super moment.» Avec elle, Sliman «a toujours été gentil et agréable.» Mais après la naissance de leur garçon, il arrive que Céline apparaisse à sa porte «les yeux enflés» par les larmes. Elle lui dit: «J'ai passé une soirée horrible» ou «Il a bu, il m'a fait vivre une nuit d'enfer». Un jour où elles discutent au téléphone, Isabelle entend «un gros boum», suivi d'un hurlement de Céline: «Ça va pas, non?» Sliman vient de jeter la chaise haute de leur fils. «Il n'avait pas de patience», confirmera Josette aux enquêteurs.

Il donne des coups dans les murs, dans les portes, casse la vaisselle, la poubelle, la hotte de la cuisine. Josette prévient Céline que «ce n'est pas normal qu'il casse tout comme ça». «Comment on va faire pour remplacer ces objets?» Pendant les crises, rapporte Céline, sa mère s'enferme dans sa chambre. À ses amies, Céline parle des accès de colère de Sliman. «Elle m'a raconté quelque chose qui m'a marquée... témoigne Pauline. Qu'il l'avait menacée, qu'il avait balancé l'ordinateur par la fenêtre et dit que si elle partait, il la brûlerait elle, sa mère, et [leur fils] dans la maison.»

Début 2018, Josette fait ses valises. «Je faisais des lasagnes, elle est entrée en furie dans la cuisine, raconte Céline, et elle a pété les plombs: “C'est bon, j'en peux plus, j'en ai marre. Je pars”.»

«Il a essayé de le croquer à la gorge»

Sliman boit «du Ricard, de la bière, du vin». Son voisin l'entend hurler des insultes. Quand il lui demande ce qui se passe, Sliman lui explique s'agacer quand il n'arrive pas à bricoler correctement. Invitée à un anniversaire par Céline, Pauline se souvient d'une autre scène: «Sliman a voulu aller chercher des cigarettes. Céline ne voulait pas qu'il prenne la voiture parce qu'il avait bu. Il s'est mis en colère, à crier des insultes. Mon frère a voulu intervenir pour calmer la situation. C'était plus le même. J'ai eu très peur, parce qu'il a attrapé mon frère. Et il a essayé de le croquer à la gorge.» Lasse, Céline avait alors tendu les clés à Sliman en lui disant d'aller chercher ses cigarettes. «Quand il est parti, elle nous a expliqué que c'était souvent comme ça, qu'il fallait qu'on l'aide.»

Il y a de nombreuses mains tendues. Pauline lui propose de venir chez eux. Céline refuse. Pauline la voit de moins en moins souriante: «La petite étincelle qu'elle avait... Elle était en train de s'éteindre», regrette-t-elle.

«Je la savais fatiguée, relate Sarah, la cousine de Sliman Amara. Avec son travail, le bébé, c'est vrai que je la trouvais moins coquette.» Céline Vasselin a quitté l'institut de beauté et est devenue esthéticienne à domicile. Sarah poursuit: «Un jour, elle m'a confié, à la maison, pendant une séance de manucure, qu'elle avait reçu une gifle de la part de mon cousin qu'elle trouvait injustifiée. J'avais été –je ne vous le cache pas– déçue. Mais il n'y a pas eu d'autres confidences par la suite.»

Isabelle raconte: «Elle m'a dit une fois que Sliman avait tiré les cheveux de [leur fils] et l'avait traité de bâtard.» Puis: «Elle l'appelait “le diable”.» En audition, Sarah indique à son tour: «Elle me disait que quand il buvait, le démon sortait de lui, son regard changeait, un regard noir.»

«Je voulais que ça s'arrête», pleure Céline dans le box des accusés. À une période qu'elle situe entre mai et juin 2018, elle décide de lui annoncer. Elle veut que «tout soit clair» par rapport à la maison, à leur fils de 3 ans et demi, elle veut «bien faire les choses», ce qui ne signifie pas le mettre dehors, mais qu'ils se séparent. Elle ne pense plus qu'à ça.

«Il ne me laissera jamais tranquille»

Un midi, Céline Vasselin rentre pour déjeuner: «Je pense qu'il l'a senti, déclare-t-elle. Il me connaissait par cœur. Il a senti quelque chose. On se prend un peu le bec mais j'arrive pas à lui dire, ça sort pas.» L'après-midi, cela tourne dans sa tête, elle se répète: «Allez Céline faut y aller, faut que ça s'arrête, parle-lui.» Quand elle rentre en fin de journée, «ça sort d'un coup». Sliman est dehors, dans le jardin, et elle est dans la maison. «Et là, wow, changement de visage, yeux noirs», décrit-elle. Il lui attrape le cou, elle enlève sa main, «en panique». Elle attrape son téléphone posé sur un meuble du salon, il le lui arrache des mains, veut le casser, et finalement le lui confisque. Il fouille dans son sac à la recherche des clés, ferme les volets, ferme la porte à double tour. La priorité, se dit-elle à cet instant, est que leur fils soit dans une pièce et Sliman dans une autre. Sur la table, elle aperçoit un couteau.

À la barre, Jacques, son père, soupire et se gratte la tête: «Elle est venue me voir et m'a dit qu'il l'avait traînée par les cheveux, avec un couteau sous la gorge.» Il peine à réprimer les sanglots qui montent dans sa gorge: «Céline ne voulait pas que j'intervienne, elle m'a dit: “Non, non, il va brûler la maison.” Depuis ce jour-là, j'en ai plus entendu parler.»

Parfois, Céline Vasselin dit que ce jour de printemps 2018, Sliman Amara s'est avancé vers elle avec le couteau. D'autres fois, qu'il le lui a mis sous la gorge. Mais à chaque fois, elle explique que Sliman a lâché la lame quand elle lui a crié le nom de leur fils, et quand elle l'a supplié de ne pas lui faire de mal devant lui.

Elle raconte la scène à son amie Isabelle et son mari Ludovic. Immédiatement, Ludovic intime: «Faut aller à la police.» Céline secoue la tête. Ce serait pire, assure-t-elle. Les représailles seraient terribles. Sliman Amara l'a déjà menacée de prendre leur fils et de l'emmener loin d'elle: «Il ne me laissera jamais tranquille», jure-t-elle. Isabelle et son mari lui suggèrent d'aller voir un avocat, elle répond ne pas avoir les moyens; ils lui parlent plus précisément des permanences, gratuites, elle ne veut pas; ils lui proposent de venir dormir chez eux, elle argue: «Non, Sliman sait où vous habitez, je ne veux pas qu'il vous fasse du mal.»

Céline Vasselin le dira devant le psychologue rencontré en détention, et elle le répétera devant la cour d'assises de la Seine-Maritime: «Ce jour-là, j'ai complètement vrillé dans ma tête. J'étais en danger de mort. [...] Dans ma tête, c'est une conviction. Il ne me laissera jamais.»

Au mois de juillet 2018, Céline et Sliman partent deux semaines en vacances avec Jacques et sa femme. «Au début, c'était bien, et puis il a changé d'attitude la dernière semaine, relate Jacques. Il n'était jamais content.» Dans un restaurant en bord de mer, Sliman Amara fait un scandale car «la viande n'est pas assez grosse». Jacques Vasselin se rappelle: «Il s'est mis dans un état second. Le patron est venu me voir pour me dire que ce n'était pas bien de faire ça devant tout le monde.»

Au retour des vacances, Céline Vasselin pense à se suicider. «Je voulais mourir, sanglote-t-elle, un mouchoir chiffonné entre ses doigts. J'étais dans la voiture. Je roule et j'accélère, j'accélère, je suis à 180, je me dis juste un coup de volant et c'est fini. Je suis à deux secondes de le faire.» Alors, elle pense à son fils.

Les idées noires sont projetées sur l'autre. Un après-midi, Céline Vasselin passe chercher sa mère en voiture pour aller au supermarché. Le petit garçon pleure sur le siège auto à l'arrière.

Après plusieurs heures d'interrogatoire, l'enquêteur du SRPJ de Rouen demande à Josette Vasselin: que lui a dit sa fille dans la voiture cet après-midi-là?

– Elle m'a dit qu'elle allait le tuer. Oh... C'est dur à dire...
– Prenez votre temps
.

Les mots ont du mal à sortir de sa bouche. Elle répète: «C'est vide dans ma tête.» Josette se souvient juste de ce qu'elle a pensé dans la voiture: «Elle est malheureuse. C'est pas une vie», et de cette phrase que Céline murmurait tout bas: «C'est lui ou moi.»


*Le prénom a été changé.

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