Politique / Société

La semaine imaginaire de Napoléon Bonaparte

Temps de lecture : 4 min

J'avais pas connu autant de gloire depuis la dernière année des N pour baptiser les animaux.

C'est décidé, cette année, c'est mon année. La Commune attendra encore quelques décades. | Louison
C'est décidé, cette année, c'est mon année. La Commune attendra encore quelques décades. | Louison

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 3 mai

Paraît qu'on a les fans qu'on mérite. Moi jusqu'à présent, mon plus grand admirateur, c'était un grand truc bouclé, croisement improbable entre Michel Polnareff et le dernier client de n'importe quel bar de n'importe quelle ville de France le 19 mai au soir. N'allez pas me demander son nom, je n'en ai aucune idée et il m'a fallu déjà pas mal d'énergie pour retenir le nom de ce chanteur cul nu, né 123 ans après ma mort. Enfin tout ça pour dire que cette sombre période est désormais terminée et que cette semaine, le président de mon fan-club est aussi celui de la France.

Et permettez-moi d'en être fier, parce que ça faisait bien longtemps que je n'avais pas vu un élu de la Ve République en chair et en masque. Je me sens comme ces gens qui font une mauvaise manipulation Netflix et passent de la saison 1 à 6 de House Of Cards et ne comprennent plus rien à l'intrigue, même si je n'ai aucune idée de ce que ça veut bien pouvoir dire, étant donné que moi le soir pour m'endormir je me refais la bataille de Waterloo en spectacle d'ombres chinoises avec mes orteils. Et permettez-moi de vous dire que c'est tout aussi pénible que la version originale.

Mardi 4 mai

Donc c'est décidé, cette année, c'est mon année. La Commune attendra encore quelques décades. Cette semaine, c'est ma semaine. C'est Emmanuel Macron qui l'a dit. J'avais pas connu autant de gloire depuis la dernière fois où c'était l'année des N pour les animaux et où une légion de canidés à la truffe plus ou moins écrasée et au regard guettant le Canigou s'étaient retrouvés baptisés comme moi. Il n'était pas rare, ces années-là, de voir un Napoléon se laisser renifler le derrière, un peu comme quand un président renifle un électorat bien à droite, comme ça, juste pour s'informer. Cela dit, on se moque des chiens et on prend l'air dégoûté, mais c'est en passant ses journées le nez dans les odeurs de crottes variées qu'on peut en apprendre beaucoup sur nos contemporains, sur leurs peurs, du noir et des Noirs, par exemple. Sinon comment expliquer que CNews soit désormais la première chaîne d'informations en continu en France?

Car oui, parmi les célébrations plus ou moins festives de la semaine, on constate qu'on est passé du génial «Téléchat» dans les années 1980 à téléchiottes dans les années 2020. J'ai bien fait de mourir y a deux siècles, le concept de progrès m'échappe, définitivement.

Mercredi 5 mai

On dit de moi que je n'étais pas un grand féministe sous prétexte que dans le code Napoléonien, la femme avait environ autant de droits et de liberté qu'il y a de cheveux sur le crâne de Jean Castex ou de valeurs de gauche présentes dans les cheveux de Marlène Schiappa. Oui, je sais, j'ai toujours eu une tendance à monter sur mes grands cheveux. Alors certes, je reste persuadé que ces étranges créatures que sont les femmes sont un peu comme des cages en bois sculptées pleines de perruches bariolées. C'est joli, ça égaye pas mal la pièce, mais on va pas non plus se trimbaler partout avec. Cela dit, quand je vois que 200 ans après ma mort, les concepts de «nom de jeune fille» et de «nom d'épouse» sont restés, je rigole doucement dans mon bicorne. Visiblement je n'étais pas le dernier des antiféministes. En revanche, un mot nouveau sur un concept ancien qui me donne envie de fuir à Sainte-Hélène, à Saint-Tropez ou même à Saint-Maclou, c'est le féminicide. Surtout quand c'est le trente-neuvième depuis le début de l'année.

Jeudi 6 mai

On dit aussi de moi que je n'étais pas d'une nature très calme et que les scènes des batailles que j'ai menées avaient de faux airs de vidéos pirates de L214. Alors oui, navré les loulous, mais en effet de mon temps on ne pouvait pas conquérir l'Europe en mangeant des légumineuses et en pensant à bien respirer par le nombril en faisant le chien tête en bas. Fallait un peu donner de sa personne. Aujourd'hui, pour laisser son empreinte en Europe, il suffit de ne pas éternuer dans son coude, c'est beaucoup plus simple. Heureusement il reste quelques batailles bien saignantes servies avec des frites, comme en ce moment du côté de ma voisine géographique: la région PACA. Je peux vous dire que c'est pas autour de la Méditerranée qu'on est du genre à tortiller des fesses pour savoir s'il faut ou non interdire l'écriture inclusive et le point médian à l'école. Là-bas, le seul point qui compte, c'est celui que fait ta boule de pétanque si tu l'as bien collée au cochonnet. Ou celui que marque un ancien champion de motocross en quittant son parti et en transformant les élections régionales en daube provençale.

Vendredi 7 mai

N'empêche, quelle semaine d'anniversaires en tout genre! Hier par exemple, on célébrait les 165 ans d'un homme qui, toute sa vie aura eu des problèmes avec sa mère et plus fort encore avec celles des autres. On s'est raté de quelques dizaines d'années avec Sigmund Freud, et finalement ce n'est pas plus mal.

Je peux vous assurer que ça m'aurait fort déplu d'aller m'allonger deux ou trois fois par semaine sur un divan qui gratte. Tout ça pour m'entendre dire par un Autrichien que mon envie de conquérir le monde était probablement dû à un sevrage du sein maternel trop abrupt ayant entrainé un retard de croissance et donc un stade anal un peu verrouillé. Je ne me suis pas autoproclamé empereur pour qu'on vienne me parler de mon caca. Sinon j'aurais fait comme tout le monde et je me serais fait inviter chez Hanouna. Demain, nouvelle célébration avec le 76e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quand on regarde le terrible bilan trois quarts de siècle plus tard et le retour du fachisme en Europe, on se dit que Sigmund était peut-être pas ce que l'Autriche pouvait faire de pire, et que les autoproclamés feraient bien de tous s'exiler.

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